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Titre La formation étatique de l'espace savant.
Auteur Olivier Christin
Mir@bel Revue Actes de la recherche en sciences sociales
Numéro no 133, juin 2000 Science de l'Etat
Rubrique / Thématique
Science de l'Etat
Résumé La formation étatique de l'espace savant La fracture religieuse du XVIe siècle précipite les clercs dans une spirale controversiste sans précédent que favorisent l'apparition du livre, la constitution de vastes réseaux internationaux de solidarité religieuse et la formation d'Églises rivales qu'il faut organiser et doter de corps de doctrine précis et clairs. À première vue, ces confrontations intellectuelles semblent bien participer de ce que l'historiographie désigne sous le terme de « confessionnalisation » : délimitation stricte des frontières confessionnelles, subordination des savoirs à des enjeux partisans, mise en ordre des comportements et des croyances, confiscation des compétences religieuses par des professionnels du dogme. L'examen attentif des rencontres publiques entre orateurs catholiques et protestants au cours des très nombreux colloques, « disputes », « conférences » qui émaillent les XVIe-XVIIe siècles montrent cependant que derrière ce processus apparent se joue en fait l'invention, sous la protection de l'État, des règles modernes de la discussion et de la dissension savantes. Pour mettre fin aux guerres de religion, l'État oriente en effet le combat religieux vers des formes de confrontation nouvelles, qui renforcent le monopole des clercs sur les biens de Salut mais confortent avant tout sa propre fonction d'arbitre du bien commun et de garant de la paix civile.
Résumé anglais State formation of the learned space The religious break-up of the 16th century threw clerics into an unprecedented spiral of controversies favored by the appearance of the book, the constitution of far-flung international networks of religious solidarity and the formation of competing churches that needed to be organized and endowed with a corpus of detailed, clearly defined doctrine. At first glance, these intellectual confrontations would seem to partake of what historiography terms "confessionalization" : the strict delimitation of confessional boundaries, the subordination of knowledge to partisan interests, the ordering of behaviors and beliefs, the appropriation of religious competences by professional dogmatists. Yet close examination of the public encounters between Catholic and Protestant orators in the many colloquia, "disputations" and "conferences" that studded the 16th and 17th centuries shows that, behind these visible processes and under the protection of the State, were being invented the modern rules of learned discussion and dissent. In effect, in view of bringing the wars of religion to an end, the State oriented religious conflict towards new forms of confrontation, which reinforced the clerical monopoly on Redemption, but above all consolidated the State's own function as arbiter of the common good and custodian of the civil peace.
Article en ligne http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/arss_0335-5322_2000_num_133_1_2679