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Titre La musique « répétitive » : une révolution conservatrice dans le monde musical savant américain ?
Auteur Laurent Denave
Mir@bel Revue Actes de la recherche en sciences sociales
Numéro no 206-207, mars 2015 La culture entre rationalisation et mondialisation
Page 90-99
Résumé La musique dite « répétitive » (dont les représentants les plus célèbres sont Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, John Adams et Laurie Anderson) est-elle un exemple de révolution conservatrice dans le monde musical ? Ce courant, qui émerge aux États-Unis à partir des années 1960, est en effet considéré comme « moderne » ou « d'avant-garde » alors qu'il semble pourtant marquer un retour au passé, tant au niveau des prises de position musicales (remise au goût du jour d'un style d'écriture traditionnel) qu'à celui des positions dans l'espace des compositeurs savants (renoncement à l'autonomie vis-à-vis notamment du « marché » de la musique). Pour savoir s'il s'agit bien d'une révolution conservatrice, nous rappelons tout d'abord les conditions standard de production de la musique moderne (ou d'avant-garde) aux États-Unis, depuis sa naissance au début du XXe siècle jusqu'aux années 1960. Nous montrons ensuite que ces conditions changent de façon remarquable pour les principaux tenants du courant répétitif. La dépendance à l'égard des institutions académiques et, surtout, des institutions commerciales devient forte alors qu'elle faisait auparavant l'objet d'un rejet par les compositeurs modernes. On pourrait ainsi considérer la musique répétitive comme une entreprise de réintégration d'une partie de la « musique nouvelle » dans l'ordre musical dominant (académique et commercial), réaction contre la modernité musicale et remise en cause de l'autonomie de la création musicale, autrement dit une révolution conservatrice dans le monde musical savant américain.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais Is so-called “repetitive” music (the most important exponents of which are Terry Riley, Steve Reich, Philip Glass, John Adams and Laurie Anderson) an example of conservative revolution in the musical world ? This trend, which emerges in the United States in the 1960s, is indeed considered “modern” or “avant-garde” even though it seems to characterize a return to the past, both as a musical statement (positive reevaluation of a traditional style of composition) and in terms of the positions of its practitioners in the space of high-brow composers (as they renounce their autonomy, in particular vis-à-vis the music market). In order to determine whether or not this is a case of conservative revolution, the article first goes over the standard conditions of production of modern (or avant-garde) music in the United States, from its beginning in the early 20th century to the late 1960s. It then goes on to suggest that these conditions change dramatically for the exponents of the repetitive trend. Their dependency vis-à-vis academic and, especially, commercial institutions becomes stronger, while it was previously rejected by modern composers. It is thus possible to consider repetitive music as a project seeking to bring some of the “new music” back into the fold of the dominant musical order (both academic and commercial), as a reaction against musical modernity, and as a challenge to the autonomy of musical creation – in other words as a conservative revolution in the world of highbrow American music.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=ARSS_206_0090