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Titre On writing about illness in Kuwait. A discussion with Shahd Al Shammari
Auteur Marion Breteau
Mir@bel Revue L'année du Maghreb
Numéro no 29, 2023 Dossier : Intimités en tension
Rubrique / Thématique
Dossier : Intimités en tension
Page 23-37
Résumé À l'occasion de la sortie du dernier livre de Shahd Al Shammari, Head Above Water : Reflections on Illness (2022) au Koweït, Marion Breteau est allée à la rencontre de l'auteure afin de l'interviewer sur l'expérience de l'écriture de l'intime. L'autrice, professeure de littérature anglaise à la Gulf University for Science and Technology of Kuwait, a déjà signé plusieurs ouvrages de fiction et des travaux universitaires dans le domaine des disability studies et des études de genre. Dans cet entretien, elle revient sur son dernier ouvrage et l'expérience d'écriture auto-ethnographique dans une perspective féministe. L'intimité dont il est question dans Head Above Water est donc la sienne : en retraçant l'évolution de la sclérose en plaques dont elle souffre depuis l'âge de 18 ans, la narration a pour centralité la problématique du corps malade. Entre les mains des médecins, à travers les discours médicaux, entre les quatre murs des hôpitaux, Shahd Al Shammari explore les transformations de son corps adolescent, vit ses premières histoires d'amour, tout en faisant son entrée dans le monde universitaire. L'intime, via le corps, devient ainsi le véhicule de sa construction personnelle et de son identité de genre. Avec ce livre, Shahd Al Shammari met en lumière la tension entre intime et public par l'acte d'écrire. Cette tension est d'autant plus forte qu'au Koweït, cet acte peut fragiliser les auteurs locaux qui, comme elle, écrivent en anglais, un choix linguistique souvent perçu comme une menace à l'identité culturelle et linguistique du pays. Dès lors, écrire l'intime devient un acte politique. Cela peut aussi devenir une « politique de l'amour », lorsque l'expression de la douleur et de la colère est moins importante que de sensibiliser et inviter à la solidarité par l'écriture et l'enseignement. L'entretien revient d'abord sur le contexte de la pandémie du Covid-19 et la manière dont celui-ci a entraîné une remise en question de l'enseignement et de la recherche : dépossédés de leurs moyens de recherche et des salles de cours, beaucoup d'universitaires ont en effet eu à se réinventer. C'est le cas pour S. Al Shammari qui a pris cette occasion pour se pencher sur le projet de Head Above Water. L'entretien aborde ensuite les étapes de construction de la narration de l'ouvrage, puis sa réception auprès du public koweïtien. L'autrice discute son choix d'écrire en anglais ainsi que ses positionnements théoriques, fortement ancrés dans une perspective féministe littéraire. Compte tenu de la nature revendicative de l'approche auto-ethnographique, il a donc fait sens pour elle d'adopter cette méthodologie. L'entretien aborde également la réception de l'ouvrage dans le milieu de la recherche. L'auteure pointe la précarité des études sur le handicap qui, comme elle l'explique, témoigne d'une forme de validisme patriarcal universitaire. Cette critique permet enfin de souligner le rôle de l'enseignement dans la carrière académique. C'est grâce aux échanges en classe, et à la pratique de la transmission, que ce qui pourrait être rage se transforme en outil de cohésion et d'éveil, dans un contexte où l'égalité des chances est impactée par les rôles de genre et où le handicap « non-visible » est sous-estimé. À terme, les domaines éditoriaux et académiques se font les réceptacles de la construction de l'intime par l'expérience même de sa mise en mots. Bien que l'ouvrage soit la restitution d'un récit qui se déroule en majeure partie au Koweït, il n'en est pas moins un témoignage partagé, point d'honneur sur lequel l'autrice insiste, consciente du regard orientaliste dont son ouvrage fait l'objet.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais On the occasion of the release of Shahd Al Shammari's latest book, Head Above Water: Reflections on Illness (2022) in Kuwait, Marion Breteau went to meet the author to interview her about the experience of writing intimacy. Shahd Al Shammari, who is a professor of English literature at the Gulf University for Science and Technology of Kuwait, has already published several works of fiction and academic works in the field of disability studies and gender studies. In this interview, she discusses her latest book and the experience of autoethnographic writing from a feminist perspective. Intimacy, in Head Above Water, is thus her own: by tracing the evolution of multiple sclerosis she suffers from since the age of 18, the narrative has as its centrality the problematic of the sick body. In the hands of doctors, through medical discourses, between the four walls of hospitals, Shahd Al Shammari explores the transformations of her adolescent body, she experiences her first love stories, while taking her first steps into the academic world. The intimate, through the body, becomes the vehicle of her personal construction and her gender identity. With this book, she highlights the tension between intimacy and publicity through the act of writing. This tension is all the more acute because, in Kuwait, the act of writing can undermine local authors who, like her, write in English, a linguistic choice often perceived as a threat to the country's cultural and linguistic identity. From then on, writing the intimate becomes a political act. It can also become a “politics of love” when expressing pain and anger is less important than raising awareness and inviting to solidarity through writing and teaching. The interview first looks at the context of the Covid-19 pandemic and how it has led to a rethinking of teaching and research: stripped of their research resources and classrooms, many academics have indeed had to reinvent themselves. This is the case for S. Al Shammari who took this opportunity to look at the Head Above Water project. The interview goes on to discuss the stages of the book's narrative construction, and then its reception by the Kuwaiti public. The author discusses her choice to write in English as well as her theoretical positions, which are strongly rooted in a literary feminist perspective. Given the advocacy nature of the autoethnographic approach, it made sense for her to adopt this methodology. The interview also discusses the reception of the book in the research community. S. Al Shammari points to the scarcity of disability studies, which, as she explains, reflects a form of patriarchal academic ableism. Finally, this critique serves to highlight the role of teaching in her academic career. It is through classroom exchanges, and the practice of transmission, that what could be rage is transformed into a tool for cohesion and enlightenment, in a context where equal opportunity is impacted by gender roles and where "non-visible" disability is underestimated. Eventually, the editorial and academic fields become the receptacles of intimacy building through the very experience of putting it into words. Although the book is the restitution of a story that takes place mostly in Kuwait, it is nonetheless a shared testimony, a point of honor on which the author insists, aware of the orientalist gaze to which her work is subjected.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/anneemaghreb/11585