Sign@l - La réforme agraire mexicaine comme processus de frontière : Logiques d'autonomisation, ancrage de l'État et production institutionnelle dans la région des Tuxtlas

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La réforme agraire mexicaine comme processus de frontière : Logiques d'autonomisation, ancrage de l'État et production institutionnelle dans la région des Tuxtlas

Auteur Éric Léonard
Mir@bel Revue Autrepart
Numéro no 30, 2004 Gouverner les hommes et les ressources. Dynamiques de la frontière interne
Page 97-116
Résumé Entre 1920 et le début des années 1980, la réforme agraire mexicaine a conduit à la redistribution de près de la moitié des terres du pays. Elle a aussi été au centre du processus de construction et de reproduction du système politique et de l'ancrage de l'État en milieu rural: sa mise en œuvre a permis la constitution de nouvelles collectivités paysannes et une recomposition des territoires politiques au profit de catégories d'acteurs qui cherchaient à s'émanciper des anciennes structures politico-foncières représentées par la communauté indienne et l'hacienda. Cet article décrit la situation de co-production de la politique foncière, en prise avec les logiques d'autonomisation des acteurs locaux, et sous des formes qui évoquent le processus de frontière interne analysé par Kopytoff dans les contextes africains. Il propose également un élargissement de ce modèle en accordant une attention particulière au rôle joué par l'État et ses représentants dans le déroulement du processus. La réforme agraire mexicaine peut être lue en effet comme résultant de deux logiques de frontière superposées: de la part des acteurs ruraux, la recherche de «frontières interstitielles» pouvant supporter les dynamiques de scission travaillant les communautés paysannes; et de la part de l'État, la construction d'une «frontière politique interne» lui permettant de placer ces communautés dans sa sphère de contrôle. Ces deux logiques se sont renforcées mutuellement jusqu'à ce que l'épuisement des espaces à coloniser remette en question leurs complémentarités fonctionnelles.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais The Mexican agrarian reform between 1920 and the beginning of the 1980s led to the redistribution of nearly half the country's land. Such change was also at the core of the process of construction and propagation of the political system and the consolidation of the State's presence in the rural world. Its implementation paved the way for the establishment of new collective farming structures and a reconfiguration of political territories for the benefit of categories of actors seeking to free themselves from old political and land ownership structures represented by the Indian community and the hacienda system. This article describes the background to the co-production of the land-rights policy, closely linked to the logic of autonomisation of local actors, and realised in forms that recall the internal frontier process analysed by Kopytoff in African contexts. The paper suggests a widening of this model by focusing in particular on the role played by the State and its representatives during the course of the process. The agrarian reform in Mexico can be interpreted as resulting from two superimposed frontier logics. On the part of the rural actors, the search for “interstitial frontiers” capable of withstanding the divisive dynamics at work in farming communities; and for the State, the construction of an “internal political frontier” enabling it to draw these communities within its sphere of control. These two logics reinforce each other up to the point where depletion of spaces to colonize calls their functional complementarities into question.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=AUTR_030_0097