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Titre Histoire des « mains servantes », de Cicéron à Arnobe
Auteur Sarah Rey
Mir@bel Revue Revue historique
Numéro no 707, juillet 2023
Page 435-461
Résumé Dans l'antiquité gréco-romaine, l'anatomie humaine a été longtemps admirée en tant que telle et les mains, en particulier, jugées dignes d'éloges. Elles sont apparues comme la marque distinctive d'une humanité considérée comme supérieure aux autres créatures. L'image efficace des mains servantes ( manus ministrae), conçue au ier siècle av. J.-C., a circulé pendant plus de trois cents ans. Elle constitue un héritage cicéronien : c'est dans le De natura deorum que Cicéron attribue à Balbus un long discours à la gloire de cette partie du corps qui reçoit l'empreinte du finalisme aristotélicien, tel qu'il s'est exprimé dans le livre IV du traité Des Parties des animaux. Le topos des « mains servantes » trouve des échos immédiats, puis renaît à des siècles de distance dans des textes chrétiens du début du ive siècle, à la fois chez Lactance, dans son traité L'ouvrage du dieu créateur, et chez Arnobe de Sicca, lequel propose dans son Contre les Gentils une bifurcation radicale : avec lui, les manus ministrae perdent de leur lustre et les bienfaits de la Création sont mis en question ; le rhéteur rejette toute forme d'anthropocentrisme. Dans cette entreprise de démolition se devinent les ambiguïtés de l'apologétique en tant que genre littéraire au croisement des traditions. Quelques décennies avant Jérôme, Arnobe semble se reprocher, par son goût pour les lettres et par sa formation même, d'être plus proche de Cicéron que du Christ.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais In Graeco-Roman antiquity, human anatomy was long admired, and the hands in particular were deemed worthy of praise. They appeared as the hallmark of a humanity considered superior to other creatures. The effective image of servant hands (manus ministrae ), conceived in the first century BC, circulated for over three hundred years. It is a Ciceronian legacy: it is in De natura deorum that Cicero attributes to Balbus a long speech in praise of this part of the body, which receives the imprint of Aristotelian finalism, as expressed in Book IV of the treatise On the Parts of Animals . The topos of the "servant hands" finds immediate echoes, and is then revived centuries later in Christian texts from the beginning of the fourth century, both in Lactantius, in his treatise De opificio Dei , and in Arnobius of Sicca, who proposes a radical bifurcation in his Adversus Nationes : with him, the manus ministrae are no longer glorified and all the Creation is queried; the rhetor rejects any form of anthropocentrism. The ambiguities of apologetics as a literary genre at the crossroads of traditions are revealed in this demolition. A few decades before Jerome, Arnobius seems to reproach himself, by his formation, for being closer to Cicero than to Christ.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=RHIS_233_0435 (accès réservé)