| Titre | Captivité, migration et construction étatique : Économie du travail transfrontalier dans la Zomia sous la dynastie Ming | |
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| Auteur | Siyen Fei, Antoine Heudre | |
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Revue | Annales. Histoire, Sciences Sociales |
| Numéro | vol. 80, no 3, juillet-septembre 2025 Évergétisme et capital social / Travailleurs, migrations et cultures | |
| Rubrique / Thématique | Travailleurs, migrations et cultures |
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| Page | 585-624 | |
| Résumé |
Ce sont la captivité, la migration et les marchés du travail, plutôt que les missions « civilisatrices » ou l'évitement anarchiste de l'État, qui définirent la frontière du sud-ouest de l'empire des Ming. Revenant sur la thèse de James C. Scott sur la Zomia, cet article montre que les communautés des hautes terres n'ont pas simplement fui l'État ; elles lui firent concurrence en acquérant des personnes, de la main-d'œuvre et des compétences. Obtenus par la capture forcée, le recrutement ciblé ou la défection volontaire, certains de ces nouveaux arrivants étaient recherchés pour leur travail manuel, d'autres pour leurs capacités militaires ou reproductives, ou encore pour leurs connaissances dans l'art de gouverner. Pour illustrer cette économie du travail, le présent article s'appuie sur deux études de cas. Le Duzhang, d'abord acéphale, construisit un régime grâce à des raids de grande ampleur menés au cours du xvie siècle, absorbant des captifs han et non han, et des transfuges qui lui apportèrent de la légitimité et des compétences. Bozhou, entité longtemps gouvernée par des fonctionnaires natifs (tusi), attira des migrants et des conseillers volontaires han et non han. Les Ming répliquèrent non seulement par la guerre, mais aussi par le droit, utilisant la loi comme une arme pour affaiblir la politique des Bozhou avant le conflit décisif de 1599-1600 qui se conclut par leur « barbarisation ». De l'autre côté de la frontière, des mercenaires miao utilisaient leur bravoure militaire pour obtenir des ressources précieuses auprès du plus offrant, telles que des terres, des femmes ou de l'argent. Il en résulta un champ politique hybride, marqué par la confusion entre coercition et consentement, par l'accroissement des migrations et par une lutte farouche entre régimes rivaux – impérial et indigène – pour le contrôle de la main-d'œuvre. L'expansion impériale des Ming apparaît non pas comme l'aboutissement d'une véritable conquête, mais comme une réaction pragmatique et improvisée à la compétition acharnée pour la main-d'œuvre qui se jouait à ses marges. Source : Éditeur (via Cairn.info) |
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| Résumé anglais |
Captivity, migration, and labor markets—rather than “civilizing” missions or anarchic state evasion—defined the southwest frontier of the Ming Empire. Reframing James Scott's Zomia thesis, this article shows that communities in the inhospitable highlands did not simply flee the Ming state; they competed with it by acquiring people, labor, and expertise. Obtained via forceful capture, targeted recruitment, or voluntary defection, some newcomers were valuable for their manual labor, others for their military or reproductive capacities or knowledge of statecraft. This article uses two case studies to illustrate this labor economy. Duzhang, initially acephalous, turned to regime-building through large-scale raiding in the sixteenth century, absorbing Han and non-Han captives and defectors who supplied it with skills and legitimacy. Bozhou, long ruled by tributary chieftains (tusi), drew willing Han migrants and advisers; the Ming countered not just with arms but with litigation, weaponizing law to fracture the Bozhou polity before the decisive war of 1599–1600 that ended with its “barbarization.” Across the frontier, Miao mercenaries leveraged their military prowess to secure valuable resources like land, women, and silver from the highest bidders. The result was a hybrid political field where coercion and consent were blurred, migration surged, and rival regimes—imperial and indigenous—vied fiercely for control of human labor. Ming imperial expansion emerges not as an inevitable conquest but as a pragmatic, improvised, and contingent reaction to relentless competition for labor at its margins. Source : Éditeur (via Cairn.info) |
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| Article en ligne | https://shs.cairn.info/revue-annales-histoire-sciences-sociales-2025-3-page-585?lang=fr (accès réservé) |


