| Titre | Les futurs nucléaires, l'utopie et la stricte suffisance | |
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| Auteur | Benoît Pelopidas | |
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Revue | Futuribles |
| Numéro | no 470, janvier-février 2026 | |
| Page | 5-24 | |
| Résumé |
Le retour de la guerre sur le sol européen et l'indifférence manifestée par les États-Unis vis-à-vis de la protection de leurs Alliés ont considérablement modifié la donne sécuritaire en Europe de l'Ouest. Face à deux géants possédant les plus gros arsenaux nucléaires dans le monde, de plus en plus d'observateurs et d'acteurs politiques estiment qu'il faut renforcer substantiellement les capacités de défense européennes. En France, outre la possible relance du service militaire annoncée fin novembre 2025, l'outil de la dissuasion nucléaire est régulièrement mis en avant pour souligner l'importance stratégique de Paris sur l'échiquier mondial, et dans un contexte d'agressivité accrue de la part de Moscou, la propension est grande de vouloir accroître l'arsenal nucléaire national et de ne pas se laisser distancer dans la course aux armements.Ce serait là une grave erreur selon Benoît Pelopidas qui identifie et corrige, dans cet article, trois idées fausses mais communément acceptées aboutissant à cette évidence apparente : 1) les armes nucléaires seraient des protections alors qu'aucune n'est employable contre une attaque nucléaire ; 2) la taille actuelle des arsenaux nucléaires serait nécessaire à la dissuasion, ce qui est historiquement incorrect et néglige les possibilités émergentes de dissuasion conventionnelle ; et 3) disposer d'armes nucléaires serait bénéfique dans tous les futurs possibles : au contraire, dans certains c'est indifférent et dans d'autres, c'est nuisible ; l'arsenal jugé désirable dérive de paris subjectifs sur l'avenir qui doivent être explicités dans le débat stratégique. Après avoir précisé ces points, l'auteur invite la France et l'Europe à prendre en compte les multiples menaces auxquelles elles font face et à ne pas les traiter en silo, notamment du fait de l'empreinte carbone de la course aux armements et des effets de cette dernière sur la désirabilité des armes nucléaires. Il propose ainsi une redéfinition de la « stricte suffisance » comme critère de dimensionnement des infrastructures de défense nationale au-delà des seules forces nucléaires. Cette proposition pourrait guider l'action publique française et européenne, mais aussi leur action diplomatique vis-à-vis des États « dotés », avec le soutien de ceux qui se soucient des effets du changement climatique. S.D. Source : Éditeur (via Cairn.info) |
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| Résumé anglais |
The return of war to European soil, coupled with indifference on the part of the United States toward protecting its Allies, has considerably altered the security landscape in Western Europe. Confronted with two superpowers in possession of the world's largest nuclear arsenals, a growing number of observers and political actors believe Europe must substantially reinforce its defence capabilities. In France, nuclear deterrence is regularly advanced to highlight Paris's strategic importance on the global stage and, in a context of heightened aggressiveness from Moscow, in addition to the potential reintroduction of military service announced at the end of November 2025, there has emerged a marked inclination to expand the national nuclear arsenal, so as not to fall behind in the arms race.In the view of Benoît Pelopidas, there is nothing automatic or necessary in the need to increase the size of the nuclear arsenal or participate in the arms race. In this article, he identifies and rectifies three false, but commonly accepted notions which make such necessity of rearmament look obvious: (1) that these weapons provide protection, when ballistic missiles made such protection impossible over six decades ago; (2) that the size of existing nuclear arsenals is necessary for deterrence, which is historically incorrect and ignores the emergent deterrent potential of conventional weaponry; and (3) that the possession of nuclear weapons is beneficial in all possible futures: on the contrary, it is irrelevant in some and harmful in others. Thus, the type and level of nuclear armament that is deemed desirable stems from subjective bets on the future, which need to be made explicit in the strategic debate. After clarifying these three points, Pelopidas invites France and Europe to take the multiple threats they face into account instead of focusing on one only and not to address each in isolation. He argues that this is particularly important given the carbon footprint of the arms race and its effects on the perceived desirability of nuclear weapons. He therefore proposes a redefinition of ‘strict sufficiency' as a criterion for determining the appropriate dimensions of national defence infrastructures, beyond the singular focus on nuclear forces. This proposal could guide French and European public policy, as well as their diplomatic proposals to other nuclear-armed states, with the support of constituencies concerned about the effects of climate change. Source : Éditeur (via Cairn.info) |
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| Article en ligne | https://shs.cairn.info/revue-futuribles-2026-1-page-5?lang=fr (accès réservé) |


