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Titre La « religion » d'Antonio Gramsci
Auteur Marie Lucas
Mir@bel Revue Astérion
Numéro no 33, 2025 Gramsci et la pensée populaire
Résumé La religion, dans les écrits d'Antonio Gramsci, a été vue comme un modèle pour décrire le statut théorique de la « philosophie de la praxis ». Sa référence constante aux religions historiques a été parfois critiquée comme une remise en cause de la scientificité du marxisme. Cet article ne se propose pas d'épuiser la question religieuse, mais d'en aborder quelques occurrences dans les Cahiers de prison pour tenter l'ébauche d'une méthode philosophique de Gramsci : une méthode qui refuse les typologies fixes, les « outils » d'analyse, et engage plutôt à un dialogue dynamique entre pratiques et théories. La religion, par sa polysémie et son ambivalence, est le lieu par excellence de ce double mouvement : exploration de la multiplicité contradictoire de l'expérience et critique des catégories d'une part ; effort d'abstraction et d'unification plus concrète d'autre part. L'usage maîtrisé du comparatisme religieux, des analogies entre religion et politique, s'ancre chez Gramsci dans cette dialectique entre critique historique et synthèse conceptuelle. Cette dialectique s'explicite – c'est notre hypothèse – dans l'idée gramscienne de la religion comme langage : un langage rival, mais aussi tributaire d'autres langages (scientifiques, politiques, etc.). La laïcité pourrait ainsi être comprise chez Gramsci comme une traduction politique – et donc une critique immanente – du langage religieux.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais Religion, in the writings of Antonio Gramsci, has been seen as a model for describing the theoretical status of the “philosophy of praxis”. His constant reference to historical religions has sometimes been criticised as a challenge to the scientificity of Marxism. This article does not propose to exhaust the religious question, but rather to address a few instances of it in the Prison Notebooks in an attempt to sketch out Gramsci's philosophical method: a method that rejects fixed typologies and analytical “tools”, and instead engages in a dynamic dialogue between practices and theories. Religion, by virtue of its polysemy and ambivalence, is the locus par excellence of this dual movement: exploration of the contradictory multiplicity of experience and critique of categories on the one hand, an effort at abstraction and more concrete unification on the other. Gramsci's masterful use of religious comparatism and analogies between religion and politics is rooted in a dialectic between historical criticism and conceptual synthesis. Our hypothesis is that this dialectic is made explicit by Gramsci's idea of religion as a language: a language that competes with, but is also inspired by, other languages (scientific, political, etc.). The concept of secularism could thus be understood by Gramsci as a political translation, and therefore an immanent critique, of religious language.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/asterion/12375