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Titre Subalternes à l'écran : analyse intersectionnelle des travailleuses domestiques migrantes dans les films libanais
Auteur Carla Dreij
Mir@bel Revue Revue française des sciences de l'information et de la communication
Numéro no 31, 2026 L'intersectionnalité au croisement des regards
Rubrique / Thématique
Dossier
Résumé Cet article analyse les représentations de six travailleuses domestiques migrantes éthiopiennes dans cinq films de fiction libanais (Ok, Enough, Goodbye ; Le Déjeuner ; Capharnaüm ; Meheret ; Dirty Difficult Dangerous). Il pose une question centrale : Peut-on donner une voix à la subalterne sans la « ventriloquer » ? À partir d'une approche intersectionnelle croisant race, genre, classe et statut migratoire, l'analyse révèle la manière dont ces femmes racisées sont construites à l'écran. D'un côté, elles sont privées de voix, d'agentivité, incarnant des figures subalternes, victimisées ou réduites au silence ; d'un autre côté, certains films proposent des représentations où les TDM amorcent des formes de résistance, d'agentivité ou de subjectivité. En mobilisant les apports théoriques de Spivak, hooks et Hirschman, l'article met en lumière les tensions entre dénonciation et reproduction des rapports de pouvoir. Si les films se veulent critiques, la majorité reconduisent néanmoins des schémas d'effacement narratif et restent inscrits dans un régime de représentation asymétrique. Cette étude propose ainsi une réflexion sur les conditions d'une représentation véritablement décoloniale, audible, complexe et située, au-delà de la simple visibilité numérique dans le cinéma libanais.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais This article analyzes the representations of six Ethiopian migrant domestic workers in five Lebanese fiction films (Ok, Enough, Goodbye; Le Déjeuner; Capernaum; Meheret; Dirty Difficult Dangerous). It raises a central question: Can the subaltern be given a voice without being ventriloquized? Using an intersectional approach that crosses race, gender, class, and migratory status, the analysis reveals how these racialized women are constructed on screen. On the one hand, they are deprived of voice and agency, portrayed as subaltern, victimized or silenced figures; on the other hand, some films offer representations where these migrant domestic workers begin to express forms of resistance, agency, and subjectivity. Drawing on the theoretical contributions of Spivak, hooks, and Hirschman, the article highlights the tensions between critique and reproduction of power relations. While some films aim to be critical, most nonetheless perpetuate patterns of narrative erasure and remain embedded within an asymmetrical regime of representation. This study thus proposes a reflection on the conditions for truly decolonial, audible, complex, and situated representations, beyond mere digital visibility, in Lebanese cinema.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/rfsic/18138