Contenu du sommaire : Les agents publics et la nouvelle ère de données : pouvoir et instruments dans l'action publique
| Revue |
Politiques et management public |
|---|---|
| Numéro | vol. 36, no 1, janvier-mars 2019 |
| Titre du numéro | Les agents publics et la nouvelle ère de données : pouvoir et instruments dans l'action publique |
| Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
- INTRODUCTION : Nouvelle ère des données et fonctionnaires intermédiaires - Muriel SACCO, Nathalie SCHIFFINO, Damien PIRON, Emmanuelle PERIN p. 5

- Innovation instrumentale et pluralisme cognitif : la réception du diagnostic de sécurité dans les organisations policières - Thierry DELPEUCH p. 9
L'article étudie la relation entre, d'une part, l'innovation en matière d'instruments d'action publique et, d'autre part, les matrices cognitives qui sous-tendent les manières de penser et d'agir dans un secteur d'action publique, ici celui de l'action policière (policing). En nous basant sur le cas des usages policiers du diagnostic de sécurité, nous montrons que la carrière d'un nouvel outil d'intelligence dépend, pour une bonne part, de la réception différentielle dont il fait l'objet de la part des différentes communautés cognitives qui composent l'univers professionnel du secteur. Cela signifie que l'innovation pénètre le secteur en empruntant les chemins de moindre résistance, c'est-à-dire en s'implantant d'abord dans les communautés de métier dont la matrice de cognitive de référence présente le plus d'affinités et le moins d'incompatibilités avec le nouvel instrument. Par la suite, l'innovation peut circuler vers des registres professionnels qui offrent un terreau moins favorable à son appropriation, mais c'est au prix de transformations substantielles de l'instrument et de ses usages. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésThis paper examines the relations between, on the one hand, innovation in policy instruments and, on the other hand, cognitive frames of stakeholders involved in policy making and policy implementation. We are basing our analysis on a review of what police science literature tells us about the use of a specific intelligence tool, namely public safety diagnosis, in the realm of policing. We show that the trajectory of this kind of policy innovation is heavily dependent on how the different cognitive communities of the policing profession make sense and take ownership of the new tool. We support the hypothesis that a new policy instrument finds its way into a policy sector by being adopted by the professional community whose cognitive frame has the most affinities and the less misfits with that instrument. After that, the innovation can spread to other communities in the policy sector, even if these communities have a poor goodness of fit with that innovation, but such policy transfers induce substantial transformations of the instrument and of its uses. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Les instruments de mesure de performance au service de l'action publique : une analyse comparée des dispositifs de régulation de la recherche universitaire dans les communautés belges - Catherine FALLON, Nathan CHARLIER p. 33
Les discours politiques contribuent à définir les conceptions légitimes et mobilisables pour justifier un certain exercice du pouvoir : c'est au niveau de leurs traductions pragmatiques au sein des dispositifs de gouvernement que se donne à lire une certaine « théorie de l'action » qui propose et légitime le problème politique à résoudre et les modalités d'intervention publique (Rose et Miller, 1992). Cet article mobilise une perspective constructiviste qui intègre les transformations de « l'être de l'État » et le « faire de l'État » dans le secteur de la politique universitaire : depuis 1988, les universités ont suivi des trajectoires très différentes dans les deux communautés, flamande et francophone, au point que le territoire belge présente aujourd'hui deux régimes politiques d'enseignement supérieur et de recherche. En analysant au plus près des acteurs quelques dispositifs récents en matière de gestion de la qualité universitaire et de régulation du financement public de la recherche, cette approche comparée contribue à mettre au jour les dynamiques spécifiques de normativité au cœur des dispositifs d'évaluation qui constituent des formes de gouvernementalité (Foucault, 1978) prenant appui sur l'engagement des acteurs concernés. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésPolitical discourses help to define the legitimate and mobilizable conceptions to justify a certain exercise of power: it is at the level of their pragmatic translations within the devices of government that a certain “theory of action” is read that proposes and legitimizes the political problem to be solved and the modalities of public intervention (Rose et Miller, 1992). This article mobilizes a constructivist perspective that integrates the transformations of the state and its modes of action in Belgium, in the field of science policy: since 1988, universities have followed very different paths in the two communities, Flemish and French-speaking, to the extent that the Belgian territory today presents two political regimes of higher education and research. By analyzing through the level of individual actors some recent mechanisms for the management of university quality and the régulation of public funding of research, this comparative approach helps to bring to light the specific dynamics of normativity at the heart of the evaluation mechanisms that constitute forms of governmentality (Foucault, 1978) based on the commitment of the actors concerned. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Les instruments comme politique : les usages quotidiens des procédures dans l'action éducative locale - Manon PESLE p. 55
La gouvernance locale à l'époque contemporaine est ici investiguée au sein d'une métropole chargée de la mise en œuvre de dispositifs socio-éducatifs pensés à l'échelle nationale. Sur la base d'une recherche ethnographique menée en immersion dans la métropole grenobloise, l'article explique comment des acteurs participent à procéduraliser l'action publique et à promouvoir une idéologie gestionnaire via des instruments d'action publique. L'article offre l'opportunité de penser l'étape de la mise en œuvre de la politique au niveau infranational comme un processus de politisation, sous l'effet des acteurs métropolitains et des usages qu'ils font des instruments d'action publique, mettant à distance tant les élus que les ressortissants. Il offre une perspective critique sur les outils de gestion et d'évaluation : tableaux de bord, gestion informatisée de données, dépersonnalisation de la gestion publique, pseudo-objectivité de l'information. Il montre enfin que les cadres administratifs intermédiaires sont des « policy makers », car ils participent au processus décisionnel au niveau de la mise en œuvre de l'action à l'aide d'un cadre procédural qu'ils ont pleinement participé à construire. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésUsing management tools, French metropolitan administration actors play a critical role in educational and social politics in poor suburbs. They implement policies thought by the governement without being in contact with recipient (children and parents) nor street-level workers, and even local politicians. They mainly use management tools that organize, command, coordinate and control activities. By doing so, they characterize representations of education at their level, as well as street-level workers' level. This article shows how managerialisation leads administrative actors to politicise the implementation stage of policies, despite the artificial objectivity of ERP system. The ethnographic fieldwork carried out during 3 years aimed at analysing administrative actors at work in a metropolitan administration. The study, focuses on an implementation policy, finally brings to light how middle manager are policy makers. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Les mutations de la gestion des mobilités aux frontières des États-Unis. Une analyse du programme « Global Entry » - Ariane Marie GALY p. 75
En nous fondant sur l'analyse de Global Entry - un programme de gestion automatisée des mobilités aux frontières aéroportuaires des États-Unis, cette contribution s'intéresse aux mutations de la gestion des mobilités aux frontières. Par l'adoption d'une démarche socio-historique adjointe à l'approche par les instruments, nous soulèverons que, si une certaine continuité dans le choix de l'instrument existe, l'enjeu que cet instrument est censé traiter connaît une mutation intimement liée à la refondation de l'agence des douanes et de la protection des frontières des États-Unis à la suite des évènements du 11 septembre 2001. L'étude de cette mutation met en lumière une redéfinition de la division du travail des officiers CBP dans leurs pratiques d'admission des voyageurs aux États-Unis. Enfin, la compréhension de ces mutations s'avère essentielle afin de rendre compte des rapports entretenus entre gouvernants et gouvernés ainsi qu'entre bureaucratie et bureaucrates en matière de processus décisionnel dans un secteur d'action publique caractérisé par l'opacité. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésBased on the analysis of the Global Entry - an automated mobility management program of the United States' air ports of entry, this contribution interests itself in the transformation of border mobility control. Adopting a socio-historic lens conjointly with the instrumentation approach to public policy, it is suggested that if a certain continuity in the choice of the instrument exists, the core objective of the instrument's implementation has shifted with the re-establishment of the United States' Customs and Border Protection agency in the aftermath of 9/11. The study of this shift brings into light a redefinition of the division of labor regarding border admission practices. Lastly, it is our understanding that these shifts are key to understand the relationships between the governing and the governed as well as between bureaucracy and bureaucrats with regards to the decisional process in public sectors characterized by opacity. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Les technologies de production automatisée de données comme instruments d'action publique : de la production des données aux effets sur les fonctionnaires intermédiaires - Muriel SACCO, Nathalie SCHIFFINO, Damien PIRON, Emmanuelle PERIN p. 93
Dans une perspective théorique et méta-analytique, cet article discute les transformations de l'action publique engendrées par la multiplication des types de données disponibles à l'ère des big data (statistiques, probantes, homogénéisées, etc.). L'article soutient que les outils de production de ces données constituent des instruments d'action publique à part entière, qui véhiculent une représentation particulière des problèmes à traiter et de la relation qui se noue entre gouvernants et gouvernés. Interrogeant les transformations concrètes que l'implémentation et l'usage des données et technologies impliquent pour les acteurs administratifs intermédiaires, l'article met en évidence plusieurs effets de ces technologies et des données qu'elles produisent sur l'action publique, tels que l'automatisation de la production de données et du travail administratif, qui transforme la nature de l'intervention humaine. Dans une perspective critique, il questionne le devenir du pouvoir discrétionnaire de ces fonctionnaires, le sens et le contenu de leur travail, ainsi que les mutations cognitives à l'œuvre. Cet article trace le cadre de recherches futures à mener sur la digitalisation de l'action publique. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésAdopting a theoretical and meta-analytic perspective, this article discusses the transformations of policy-making triggered by the various types of data available in the "big data" era (statistics, probative, homogenized, etc.). It argues that the tools used to produce these data constitute genuine policy instruments, which convey a specific representation of the problems to be dealt with and of the relationship between the rulers and the citizens. Questioning the concrete transformations that the implementation and use of such data and technologies entail for intermediate bureaucrats, the article highlights several effects they produce on public policy, such as the automation of data production and administrative work, which transforms the nature of human intervention. From a critical perspective, it addresses the future of these officials' discretionary power, the meaning and content of their work, as well as the cognitive mutations at work. To sum up, the paper provides a framework for future research on the digitalization of policy-making currently at play. © 2019 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés


