Contenu du sommaire : Politiques publiques et acteurs transnationaux
| Revue |
Politiques et management public |
|---|---|
| Numéro | Vol. 37, no 1, janvier-mars 2020 |
| Titre du numéro | Politiques publiques et acteurs transnationaux |
| Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
- INTRODUCTION. Politiques publiques et acteurs transnationaux - Florian FAVREAU p. 5

- Les politiques publiques à l'épreuve d'une justice devenue transnationale - Florian FAVREAU p. 15
Le droit positif permet largement aux entreprises transnationales d'échapper aux règles étatiques, de créer leurs propres règles, et d'influencer de façon déterminante les politiques publiques dans de nombreux domaines. Le déploiement de cette souveraineté privée s'accompagne d'une réorganisation de la justice. L'action en justice, qui constituait déjà un moyen d'influencer les politiques publiques, devient l'action transnationale, c'est-à-dire un outil de choix des règles de droit, des juridictions et des autorités compétentes. Ce phénomène, que nous décrivons ici comme un phénomène juridique, peut faire l'objet de plusieurs lectures, à la fois complémentaires et concurrentes. Outil de gestion des biens communs et nouvel espace public influençant les politiques publiques, l'action – devenue transnationale – peut aussi être présentée comme un outil néo-féodal de gestion des conflits entre puissances économiques. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésPositive law largely allows transnational companies to avoid state rules and create their own, and decisively influence public policies in many sectors. The implementation of this private sovereignty comes with a reorganization of justice. Legal proceedings, which were already a means of influencing public policies, become transnational action, namely a tool for choosing rules of law, jurisdictions, and competent authorities. This phenomenon, described here as a judicial phenomenon, may be the object of various readings which can be complementary and conflicting at the same time. A tool of common goods management and a new public space influencing public policies, action – that has become transnational – may also be presented as a neo-feudal tool for conflict management between economic powers. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Les ambiguïtés d'une gestion transnationale des ressources naturelles : l'exemple de l'industrie forestière chilienne - Marine BASTIÈGE p. 39
Les politiques publiques de gestion des ressources naturelles tendent à devenir transnationales, comme en témoigne l'exemple de la gestion forestière. Dans ce cadre, les Etats ont souhaité que les entreprises, les organisations internationales et les organisations non-gouvernementales créent un ensemble de normes et de procédures, ensuite rendues obligatoires par des lois et des contrats. La comptabilité, les travaux des économistes intégrant les principes dégagés par les écologues et des physiciens et le management public permettent de penser ce que pourrait être une gestion forestière soutenable mais ne traitent que superficiellement de la nature transnationale des politiques mises en œuvre dans ce domaine. Cet article se propose de confronter ces apports théoriques classiques aux pratiques transnationalisées. Il en ressort, d'une part, que les apports théoriques mis en avant sont pertinents pour penser une gestion devenue transnationale et que, d'autre part, le caractère participatif de ces méthodes transnationales n'est pas encore abordé de façon satisfaisante. Ce dernier aspect pose de nombreuses questions, dans le cadre d'une gestion dont l'objectif serait la soutenabilité. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésNatural resource management public policies tend to become transnational, as evidenced by the example of forest management. In this regard, States have requested that companies, international organizations, and non-governmental organizations create a set of norms and procedures, to later be made mandatory through laws and contracts. Accounting, public management and works from economists incorporating principles drawn up by ecologists and physicists, form a picture of what could be a sustainable forest management, but only superficially describe the transnational nature of the policies implemented in this field. The aim of this article is to check these classic theoretical inputs against transnationalized practices. It brings to light, on the one hand, that the featured theoretical inputs are suitable for envisioning a management that has become transnational, and on the other hand, that the participative nature of these transnational practices has yet to be approached in a satisfactory manner. This last point brings many questions out, in the context of a management aiming at sustainability. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Le principe de participation en droit économique - Florian FAVREAU, Gilles LHUILIER p. 63
Expression d'un droit politique inhérent au droit international dès son origine, le principe de participation – selon lequel le public doit être informé et doit participer aux décisions qui le concernent – s'applique largement aux décisions économiques. L'évolution de la notion de « public », avec la reconnaissance des Organisations de la société civile (OSC), et le développement actuel de procédures tenant compte du devoir de vigilance (Due diligence), d'une part, et du consentement libre préalable et éclairé (CLPE), d'autre part, redéfinissent progressivement le principe de participation en droit économique. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésAn expression of a political right inherent to international law since its origins, the principle of participation – according to which the public must be informed and participate in the making of decisions affecting them– largely applies to economic decisions. The evolution of the concept of “public”, with the recognition of Civil Society Organizations (CSO), and with the current development of procedures accounting for due diligence on the one hand, and free, prior and informed consent (FPIC) on the other hand, have progressively been redefining the principle of participation in economic law. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - L'influence des acteurs transnationaux sur les politiques de développement Chronique de conflits économiques au Chili et en territoire mapuche - Marine BASTIÈGE, Blaise PANTEL p. 81
Les politiques publiques émanent-elles nécessairement de l'État – seule organisation susceptible d'utiliser des moyens d'action régaliens ? Apparemment, de nombreuses politiques publiques émanent d'acteurs non étatiques. Ces acteurs transnationaux (marchands, entrepreneurs, universitaires, religieux, autochtones, écologistes, militants etc.) proposent parfois une vision de l'intérêt public qu'il est possible d'opposer à l'intérêt national que l'État semble représenter. Ces acteurs transnationaux peuvent être identifiés par leurs méthodes et les mécanismes d'apprentissage qu'ils utilisent. Le cas des politiques publiques de développement, au Chili, est un exemple de ce phénomène. Effectivement, depuis la seconde guerre mondiale, les politiques de développement, dans ce pays, sont largement le fruit du travail de groupes d'universitaires appartenant à la Commission économique des Nations unies pour l'Amérique latine ; de groupes d'économistes et d'industriels liés à l'école de Chicago ; voire, plus récemment, de mouvements sociaux et autochtones. Ces acteurs transnationaux n'imposent toutefois les politiques publiques qu'ils définissent que dans la mesure où ils se font les relais d'organisations publiques internationales ou d'États tiers. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésDo public policies necessarily emanate from the State – the only organization liable to use sovereign means of action? It appears that many public policies emanate from actors outside of the State. These transnational actors (traders, entrepreneurs, academics, religious figures, local population, activists…) sometimes – although not invariably– provide a vision of the public interest that might be viewed as contradicting the national interest the State seems to represent. These transnational actors may be identified through their practices, and the learning processes they use. The case of Chili's public policies is an example of this phenomenon. Indeed, since World War II, this country's development policies have mostly been carried by the efforts of groups of academics, who are members of the United Nations Economic Commission for Latin America; of groups of economists and industrialists tied to the Chicago school; more recently, even of local populations. However, these transnational actors assert the public policies they define only to the extent of their working as relays for international public organizations or third-party countries. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - La méthode de la Licence Sociale et Environnementale d'Opérer (SDLO) : le cas de la participation des populations locales au projet « Montagne d'or » en Guyane - Gilles LHUILIER, Camille THIBAULT p. 103
La participation transnationale est au cœur de la notion de licence sociale et environnementale d'opérer qui oblige un opérateur minier à obtenir l'autorisation d'opérer de l'État (la licence légale) mais aussi en pratique de consulter les populations locales pour qu'ils acceptent le projet (Licence dite Sociale et Environnementale d'Opérer ou Sustainable Development License to Operate - SDLO). Désormais, cette simple pratique de participation est plus importante que le droit : parfois la licence légale est subordonnée à cette pratique de participation ; parfois la licence légale est accordée mais l'absence de licence sociale met tout de même fin au projet minier. Bien que l'importance de la licence sociale face consensus tant chez les opérateurs miniers que les chercheurs ou ONG, peu de travaux sont consacrés aux modalités pratiques de la participation des populations locales. Le cas du refus par l'État —et par la population locale— d'accorder à la Compagnie Minière Montagne d'Or le droit d'exploitation d'un gisement minier en Guyane permet de rendre compte d'une méthode qui peut être préconisée aux opérateurs pour obtenir une telle participation des populations. Cette méthode permet de déterminer précisément les préoccupations de chaque acteur dans une dynamique inclusive pour que chaque question soulevée trouve une solution concrète lors de l'élaboration du projet. Une fois déterminées les questions que pose la population en suivant une méthode issue de « l'analyse des controverses », il reste encore à l'opérateur minier à prendre au sérieux ces questions pour co-construire le projet minier en puisant dans les best practices de l'industrie minière, ce qui n'a pas été le cas en l'espèce. Cette méthode est à la fois expérimentale, collaborative et reproductible. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésTransnational participation is central to the notion of social and sustainable development license to operate which requires that a mine operator not only obtains a State's license to operate (legal license), but also in practice, consults with the local populations in order for them to accept the project (Social License to Operate, or Sustainable Development License to Operate -SDLO). Nowadays, this mere participation practice is more crucial than the law: sometimes, the legal license is subordinate to this participation practice; at other times, the legal license is granted, but the lack of a social license still puts a stop to the mining project. Although not only mine operators, but researchers and NGOs as well, agree on the importance of the social license, there are only few research works dedicated to the practical means of local population participation. The case of the state's – and the local population's – refusal to grant the Montagne d'Or Mining Company the exploitation rights of a mineral deposit in French Guiana, enables the description of a method that may be recommended to the operators, in order to gain such a participation from the population. This method allows the concerns of each actor to be precisely determined in an inclusive dynamic, in order to find a practical solution to each question raised during the project's development. Once the concerns of the population have been determined by following a method stemming from “controversy analysis”, the mine operator must still take these concerns into serious consideration in order to co-develop the mining project by drawing from the best practices of the mining industry, which had not been the case in this instance. This method is experimental, collaborative, and reproducible all at once. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés - Un nouveau droit entre le régalien et le transnational : le droit climatique - Christian HUGLO p. 129
En droit, évoquer le transnational, c'est souligner la perte de monopole de l'État, sur la scène internationale et l'importance prise par la société civile. L'évolution du droit de l'environnement illustre particulièrement ce point. En n'assumant pas ses responsabilités dans le domaine climatique, l'État a effectivement conduit la société civile à créer le droit dont l'humanité a besoin. D'une part, les circonstances particulières créées par le réchauffement climatique et, d'autre part, la défaillance du droit international public et des droits étatiques ont rendu ce droit transnational nécessaire. Cependant, les actions en justice ne permettent pas, à elles seules, d'aboutir à l'affirmation d'un nouvel état du droit mondial, malgré l'intérêt d'initiatives de la société civile telles que la création d'une Déclaration universelle des droits et des devoirs de l'humanité ou la création du Tribunal Monsanto. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservésIn law, discussing the “transnational” means highlighting the State's loss of monopoly at the international level, as well as the rising importance of civil society. The evolution of environmental law in particular, illustrates this point. In failing to take on its responsibilities regarding climate, the State has in fact driven civil society to develop the law that answers humanity's needs. The specific circumstances caused by global warming on the one hand, and the failings of both international and national public law on the other hand, have created the necessity for this transnational law. However, legal proceedings cannot on their own result in the assertion of a new state of being for global law, despite the inherent value of civil society initiatives, such as the writing of a Universal Declaration on the Rights of Humanity, or the creation of the Monsanto Tribunal. © 2020 IDMP/Lavoisier SAS. Tous droits réservés


