Contenu du sommaire : Gouverner les métropoles ?
Revue |
EcoRev' : revue critique d'écologie politique ![]() |
---|---|
Numéro | no 57, 2025 |
Titre du numéro | Gouverner les métropoles ? |
Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
- Éditorial - p. 3-5
Classiques
- Pour une ville du « faire ensemble » - p. 7
- L'évolution des villes - Élisée Reclus p. 9-13
- Nomades en prison : Réflexions sur la post-métropole - Massimo Cacciari p. 15-19
- Pour une ville du « faire ensemble » - p. 7
Dossier
- La cohabitation comme pratique démocratique - Michel Lussault p. 21-39 Nous n'échapperons pas, humains et non-humains, à notre destin de vivre partout dans le monde sur une Terre complètement urbanisée, dégradée et violentée par le néolibéralisme. Pour Michel Lussault, il n'y a plus rien à espérer des pouvoirs institués et de leur cortège d'affidés (urbanistes, architectes, designers, etc.) toujours prompts à dessiner et faire la promotion d'espaces de vie déshumanisés et fonctionnels, tournés vers l'efficacité et la rentabilité économique. Portée par un système spatial de « géopouvoirs », la gouvernance est incapable de sortir de ces logiques pour prendre en charge nos vulnérabilités. Seule une « démocratie pratique », fondée sur les valeurs du « géo-care » pourrait changer nos manières de cohabiter, entre humains et avec les non-humains, pour une vie urbaine, écologique et démocratique.
- El Alto, une métropole andine bolivienne : L'urbanisation des villes latino-américaines - Ana-Luna Py p. 41-54 Les Métropoles ont une histoire. Celles du Sud global, en particulier El Alto sur les hauteurs de l'Alti- plano en Bolivie, portent l'empreinte des conquêtes coloniales. Passant de 10 000 habitants en 1940 à 1,5 millions aujourd'hui, El Alto est le théâtre et l'enjeu d'une lutte d'occupation de l'espace public qui marque une forme originale de résistance de la population rurale et indigène au pouvoir politique de l'élite blanche. L'architecture, le commerce de rue, la culture plus en général, joints aux comités de quartier, sont mobilisés pour forger une identité politique et donner corps à un acteur collectif avec lequel les autorités locales et l'État bolivien doivent composer. Dans le Sud global, les luttes urbaines pour la création et le contrôle de nouveaux espaces de socialisation sont des expériences riches d'enseignement. Elles nous invitent à penser que les dimensions démocratique et territoriale de la gouvernance métropolitaine ne sont peut-être pas qu'une utopie.
- Des métropoles ingouvernables ? : Réflexions pour une planification écosociale de l'espace - Maxime Geny p. 55-74 Alors que la notion de planification est au cœur de nombreuses discussions sur la possibilité d'une bifurcation écologique et sociale, elle semble encore avoir mauvaise presse dès lors que l'on s'intéresse à la gouvernance ou à l'aménagement du territoire. Fortement associé à l'urbanisme fonctionnaliste du Mouvement Moderne, le principe d'une planification est à la fois rejeté par un régime urbain néolibéral qui s'est largement transformé à partir des années 1970 et délaissé par les discours anti-urbains qui préfèrent mettre en avant des expériences hétérotopiques. Pourtant, formuler les hypothèses principales d'une planification écosociale de l'espace est l'occasion à la fois de mieux comprendre la gouvernance néolibérale de l'urbain, et d'approfondir les hypothèses énoncées par les courants de la décroissance urbaine.
- Gouverner les territoires au prisme du métabolisme territorial - Aristide Athanassiadis p. 75-90 Les métropoles ne tiennent pas debout toutes seules. Portées depuis toujours par des infrastructures matérielles et immatérielles, elles sont irriguées massivement par des flux (de ressources, de personnes, de capitaux, d'information, etc.) dont la fréquence et la densité conduisent à l'épuisement des personnes, des ressources disponibles et menacent les écosystèmes locaux et globaux. Pour Aristide Athanassiadis, les conditions d'une gouvernance soutenable passent par une cartographie de ces flux d'échanges et d'interactions qui fondent le métabolisme des métropoles. L'histoire enseigne que la relation entre pression anthropique sur les milieux et transitions systémiques ne va pas de soi. Ces transitions sont initiées, orchestrées et maintenues par un ensemble de parties prenantes qu'il serait nécessaire de réagencer pour répondre aux enjeux socio-écologiques de nos territoires.
- Vers une transition métropolitaine : Introduction de la notion d'impédimentologie - Lucas Verhelst p. 91-118 Comment gouverner les métropoles à l'heure de l'anthropocène ? Comment bifurquer pour amener ces « microsystèmes » à épouser un modèle de croissance et de développement sobre et autosuffisant, qui garantisse un habitat et un mode de vie soutenables ? Comment identifier localement les obstacles pertinents et y apporter des remèdes qui soient à la hauteur des enjeux ? Les dynamiques métropolitaines sont le plus souvent insaisissables car insérées à des degrés divers dans un ordre économique et politique mondial que l'on ne peut jamais anticiper et maîtriser totalement. Dans ce contexte, Lucas Verhelst nous invite à considérer une nouvelle approche : l'impédimentologie. Ce cadre d'analyse est destiné à mener des travaux de recherche-action visant à identifier des obstacles de divers ordres — politologiques, sociologiques, épistémologiques et neuropsychologiques — et à formuler des propositions très concrètes pour les dépasser. Cette démarche, pragmatique et pluridisciplinaire, est portée par la parution récente d'un ouvrage dirigé et coécrit par l'auteur de cet article, et postfacé par Arthur Keller : Manuel d'un monde en transition(s). 101 obstacles au changement, 101 pistes d'action . Afin de se montrer à la hauteur de leur nouveau statut, les très grandes agglomérations, à l'heure de l'Anthropocène, doivent désormais opérer leur mue. Il s'agirait de « transitionner » d'un statut de « grandes villes » dépourvues de tout dispositif de gouvernance adapté vers celui de métropoles disposant d'outils de gouvernance propres. Une tâche déjà énorme en soi, à laquelle s'ajoute une tâche plus grande encore et totalement indépendante des enjeux relatifs aux processus de métropolisation ; une tâche qui leur est pour ainsi dire « extérieure » et qui consiste en la remise en cause du principe même de métropole, du fait des dérives anthropiques en cours et à venir, et de l'anticipation de risques systémiques qui découle de celles-ci.
- La cohabitation comme pratique démocratique - Michel Lussault p. 21-39
Kit militant
- Vers les villes terrestres de demain : Un policy brief - Baptiste Lanaspeze, Paul-Hervé Lavessière p. 119-124 Coauteurs, avec l'urbaniste Marion Schnorf, de Villes terrestres. Petit manuel d'écologie urbaine, paru aux éditions Wildproject en 2024, Baptiste Lanaspeze et Paul-Hervé Lavessière formulent ici dans la langue technique d'un policy brief (note d'aide à la décision publique), la vision des villes écologiques de demain construite dans le proje « Villes terrestres », qui a donné lieu à la parution du livre.
- Vers les villes terrestres de demain : Un policy brief - Baptiste Lanaspeze, Paul-Hervé Lavessière p. 119-124
Pistes
- XR Nigeria. Lutte contre l'extractivisme dans le delta du Niger - Pasquale Menditto, Damien Almar p. 125-138 L'exploitation du pétrole au Nigeria, jusqu'à présent plus grand producteur africain, et sa gestion sous tutelle d'institutions internationales et financières néolibérales, a dès l'indépendance eu des conséquences politiques, sociales et environnementales catastrophiques. Dès les années 1990, des mouvements autochtones et écologistes se sont opposés à l'extractivisme, à la spoliation des populations et à la destruction de l'environnement, particulièrement du delta du Niger, selon des modalités différentes, de la lutte armée à des stratégies de désobéissance civile. L'activisme écologiste d'Extinction Rebellion (XR) Nigeria s'inscrit dans cette histoire fossile longue développant et adaptant ses outils militants aux singularités communautaires et aux spécificités politiques nigérianes.
- XR Nigeria. Lutte contre l'extractivisme dans le delta du Niger - Pasquale Menditto, Damien Almar p. 125-138
Rebonds
- Retour du Rojava : Une autre Syrie est possible - Jérôme Gleizes p. 139-151 Une délégation de la gauche française, sous la bannière du Nouveau Front Populaire, s'est rendue à Kobané en Syrie pour commémorer le 10e anniversaire de la libération de cette ville kurde, le 26 janvier 2015, des mains de l'État Islamique. Jérôme Gleizes qui en faisait partie, nous livre ici son témoignage avec un article, écrit fin février 2025, qui inaugure notre nouvelle rubrique « Rebonds ». Celle-ci viendra désormais compléter des approches développées dans nos précédents numéros. Cette première mouture propose de rebondir sur notre numéro 55, « Terres(s) en lutte » paru fin 2023.
- Retour du Rojava : Une autre Syrie est possible - Jérôme Gleizes p. 139-151
Lectures
- Les Êtres de la vigne : Enquête dans les mondes de la biodynamie, Jean Foyer, Éditions Wildproject, 2024, 304 p. - Valéry Rasplus p. 153-161
- La Nature contre le Capital, Moins ! La décroissance est une philosophie, Marx and the Anthropocene, Kōhei Saitō - Michael Löwy p. 163-170
- Parias. Hannah Ardent et la tribu en France (1922-1941) : Marina Touilliez, L'échappée, 2024, 512 p. - Stéphane Lavignotte p. 171-176
- Les droits de la Terre-Mère, Nature, Pachamama et buen vivir : Alfredo Gomez-Muller, Éditions Wildproject, 2024, 88 p. - Michael Löwy p. 177-178
- Les Êtres de la vigne : Enquête dans les mondes de la biodynamie, Jean Foyer, Éditions Wildproject, 2024, 304 p. - Valéry Rasplus p. 153-161