Contenu du sommaire : L'École de Pittsburgh face à Kant et Hegel
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Archives de philosophie |
|---|---|
| Numéro | Tome 89, no 1, janvier-mars 2026 |
| Titre du numéro | L'École de Pittsburgh face à Kant et Hegel |
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- Pages de début - p. 1-4

- Éditorial - p. 5-6

Dossier - L'École de Pittsburgh face à Kant et Hegel
- Avant-propos - Gilles Marmasse, Samuel Vitel p. 7-11

- Kant à Pittsburgh : Du tribunal de la raison au tribunal de l'expérience - Raphaël Ehrsam p. 13-32
J. McDowell peut à bon droit être présenté comme un héritier de Kant. Je montre ici comment sa critique du mythe du donné et sa conception de l'activité de connaître explorent le principe kantien selon lequel des intuitions sans concepts sont aveugles ainsi que l'idée kantienne de la rationalité comme exigence réflexive d'unification des règles de l'entendement. Je souligne simultanément plusieurs prises de distances et distorsions imposées par J. McDowell à la pensée de Kant (la désignation de l'expérience elle-même comme « tribunal » ; le rejet de la distinction entre phénomènes et choses en soi ; la théorie de la seconde nature).John Mc
Dowell can rightly be presented as an heir to Kant. In this paper, I show how both his critique of the myth of the given and his conception of the activity of knowing explore the Kantian principle that intuitions without concepts are blind, as well as the Kantian view of rationality as a reflexive unification of the rules of understanding. I simultaneously highlight several distortions that McDowell introduces into Kant's doctrine (i.e., conceiving of experience itself as a “tribunal”; refusing the distinction between appearances and things in themselves; advancing a theory of “second nature”). - La conception kantienne de l'expérience sensible : J. McDowell et Putnam, un héritage en partage ? - Juliette Courtillé p. 33-50
Nous nous proposons d'étudier, pour deux raisons, les affinités que J. McDowell et Putnam entretiennent avec la conception kantienne de l'expérience sensible. D'abord, Putnam (1994) ne se réclame pas de Kant mais de J. McDowell pour rendre compte de la relation entre l'esprit et le monde. L'héritage kantien de Putnam quant à la nature et au rôle épistémique de l'expérience sensible semble ainsi d'abord venir de J. McDowell. Partant, la critique plus tardive qu'il propose de la position de J. McDowell (2012, 2016) implique de s'interroger sur la résistance de la posture kantienne à cette dernière.In this article, we examine the conceptual and argumentative similarities between the views of John McDowell and Hilary Putnam and Kant's conception of sensory experience. There are two reasons for this focus of analysis: First, rather than directly invoking Kant, Putnam (1994) uses McDowell to explain the relationship between the mind and the world. Putnam's Kantian heritage regarding the nature and epistemic role of sensory experience therefore appears to stem primarily from McDowell. Second, Putnam's later criticisms of McDowell's position (2012, 2016) raise questions about how resilient the Kantian stance is in the face of such critique. - Conceptions du sens interne et de l'aperception chez Kant, Sellars, et dans l'École de Pittsburgh - James R. O'Shea, F. Perot p. 51
Ce que l'on appelle désormais l'« École de Pittsburgh » est en partie connu pour les différentes façons dont ses représentants ont adapté des idées centrales de Kant. Dans cet article, j'examine comment Sellars, R. Brandom et J. McDowell se sont approprié, chacun à leur manière, les conceptions kantiennes du « sens interne » et de l'« aperception ». Ce qui est frappant, c'est la divergence des perspectives philosophiques qui ont émergé de ce noyau commun d'idées, illustrée ici par le contraste entre les conceptions de Sellars sur le sens interne et l'aperception, et celles de R. Brandom et de J. McDowell.What is now known as the ‘Pittsburgh School' is partly known for the different ways in which its representatives adapted Kant's central ideas. In this article, I examine how Sellars, R. B. Brandom, and J. McDowell each appropriated Kantian conceptions of ‘inner sense' and ‘apperception' in their own way. What is striking is the divergence of philosophical perspectives that emerged from this common core of ideas, illustrated here by the contrast between Sellars' conceptions of internal sense and apperception and those of R. B. Brandom and J. McDowell. - Hegel au prisme du post-sellarsianisme : Genèse et enjeux conceptuels de la Hegel-Renaissance anglo-américaine - Luca Corti
Cet article retrace la genèse de la Hegel-Renaissance anglo-américaine en montrant comment un nouveau vocabulaire philosophique, issu du post-sellarsianisme, a rendu Hegel à nouveau intelligible. Il analyse la formation d'un noyau conceptuel commun centré sur la normativité, ainsi que les tensions théoriques et herméneutiques qu'il génère, notamment le rapport entre nature et norme.This article reconstructs the origins of the Anglo-American Hegel renaissance, showing how a post-Sellarsian conceptual vocabulary rendered Hegel newly intelligible. It identifies the shared normative core of these interpretations and analyzes the theoretical tensions they produce, especially the dualism between nature and norm, as well as the hermeneutic selectivity that characterizes this paradigm. - Hegel a-t-il soutenu la thèse du contenu conceptuel de la perception ? - Emmanuel Renault p. 73-89
Cet article se propose d'évaluer la validité de l'attribution à Hegel par J. McDowell de sa thèse du contenu conceptuel de la perception en commençant par rappeler le sens qu'il lui donne, et les raisons qu'il invoque pour cela. Hegel, quant à lui, distingue sensation, perception et intuition, et l'on soutient que sa conception du contenu non conceptuel de la sensation l'éloigne de J. McDowell. On examine également quelques arguments ayant été formulés pour l'en rapprocher. Il s'avère en définitive que Hegel ne soutient ni cette thèse mcdowellienne ni celle de la discontinuité entre cognition animale et cognition humaine dont elle est solidaire.This article aims to evaluate the validity of John Mc
Dowell's attribution of his thesis on the conceptual content of perception to Hegel, beginning by recalling the meaning of, and the reasons behind, McDowell's claim. Hegel, for his part, distinguishes sensation, perception, and intuition, and we argue that his conception of the non-conceptual content of sensation distances him from McDowell. We also examine some arguments that have been put forward to draw Hegel closer to McDowell's position. Ultimately, it appears that Hegel supports neither McDowell's thesis nor the related thesis of discontinuity between animal and human cognition. - L'autonomie de la raison chez Robert Brandom : un retour à l'idéalisme hégélien ? - Ferdinand Perot p. 91-108
Dans cet article, je montre que le pragmatisme de R. B. Brandom peut être considéré comme une réactualisation convaincante de l'idéalisme hégélien, et du principe de l'autonomie absolue de la raison sur lequel il est fondé. Dans sa conception pragmatique des normes conceptuelles, la raison est à la fois immanente aux contextes sociohistoriques de son institution, et transcendante vis-à-vis de ces mêmes contextes. Loin donc de réduire les normes de la rationalité à un ensemble de faits sociohistoriques donnés, l'ancrage social de la raison permet d'en garantir l'autonomie absolue.In this article, I argue that Robert B. Brandom's pragmatism can be seen as a convincing re-actualization of Hegelian idealism, and of the principle of the absolute autonomy of reason on which it is founded. In his pragmatic conception of conceptual norms, reason is both immanent to the socio-historical contexts of its institution and transcendent vis-à-vis these same contexts. Far from reducing the norms of rationality to a set of given socio-historical facts, I argue that the social anchoring of reason, on the contrary, guarantees its absolute autonomy. - La réhabilitation de l'idéalisme à Pittsburgh - Samuel Vitel p. 109-127
Cet article examine l'École de Pittsburgh, principalement représentée par les travaux de Robert Brandom et John McDowell, en soutenant que leurs projets philosophiques constituent collectivement une résurgence contemporaine de l'idéalisme postkantien, notamment dans sa version hégélienne. Contre le « mythe du donné », ils affirment que la véritable connaissance exige une médiation conceptuelle, tout en résistant au « scepticisme de la médiation », souvent présentée comme la conséquence d'une telle affirmation. L'idéalisme n'est plus vu comme antithétique au réalisme, mais représente ce qui peut rendre le réalisme intelligible.This article examines the « Pittsburgh School », primarily represented by the work of Robert Brandom and John McDowell, arguing that their philosophical endeavours constitute a contemporary resurgence of post-Kantian idealism, notably in its Hegelian form. Against the « myth of the Given », they affirm that genuine knowledge requires conceptual mediation but resist the « mediation scepticism » that is often taken to follow from such a position. Idealism is no longer seen as antithetical to realism but rather becomes that which makes the latter intelligible. - Faut-il actualiser les philosophies du passé ? : Quelques remarques à partir de l'interprétation de Hegel par R. Brandom - Gilles Marmasse p. 129-146
L'article examine les forces et les faiblesses de la lecture de Hegel par Robert Brandom. Élargissant le débat, il cherche à identifier les orientations respectives de la « lecture actualisante » et de la « reconstruction historique » des œuvres philosophiques du passé. L'hypothèse défendue est que la perspective actualisante tend à s'approprier les concepts anciens, en les traduisant dans sa propre culture. Et que la reconstruction historique cherche à prendre conscience de la distance qui sépare notre rationalité de celle qu'exprime l'œuvre étudiée. Deux perspectives qui, sans être incompatibles, sont clairement distinctes.This article examines the strengths and weaknesses of Robert Brandom's reading of Hegel. Broadening the debate, it seeks to identify the respective orientations of readings that actualize a work of the past and those that aim at a historical reconstruction of the latter. The hypothesis put forward is that the actualizing perspective tends to appropriate ancient concepts, translating them into its own cultural framework, whereas historical reconstruction seeks to highlight the distance between our rationality and that expressed in the work under study. Two perspectives that, while not incompatible, are clearly distinct.
- Avant-propos - Gilles Marmasse, Samuel Vitel p. 7-11
Note de lecture
- Articles et notes d'Éric Weil dans la revue Critique (1946-1971) : un pluralisme ouvert - Jean-Michel Buée p. 147-153

- Articles et notes d'Éric Weil dans la revue Critique (1946-1971) : un pluralisme ouvert - Jean-Michel Buée p. 147-153
Bulletin
- Pages de fin - p. 241



