Contenu du sommaire : Violences criminelles et politiques en Amérique latine
| Revue |
Problèmes d'Amérique Latine |
|---|---|
| Numéro | no 130, 2024/4 |
| Titre du numéro | Violences criminelles et politiques en Amérique latine |
| Texte intégral en ligne | Accès réservé |
- Pages de début - p. 1-4

- Éditorial - Daniel Dory, Hervé Théry p. 5-6

Dossier. Violences criminelles et politiques en Amérique latine
- Présentation - Daniel Dory, Hervé Théry p. 7-8

- Violences criminelles et politiques en Amérique latine : vers de nouvelles interactions ? - Daniel Dory p. 9-20
Cet article se propose d'offrir une brève introduction générale à l'étude des relations entre violences criminelles et politiques en Amérique latine. Après une rapide révision de l'état de la question dans la littérature spécialisée, une approche du « laboratoire latino-américain » des violences est proposée, en distinguant les organisations structurées des entités criminelles évolutives. Enfin, les différentes manifestations du phénomène milicien sont évoquées.This article aims to provide a brief general introduction to the study of the relationship between criminal and political violence in Latin America. After a quick review of the state of the art in the specialized literature, an approach to the “Latin American laboratory” of violence is proposed, distinguishing between structured organizations and evolving criminal entities. Finally, the various manifestations of the militia phenomenon are discussed. - Colombie : genèse et développement d'une superpuissance de la cocaïne - Michel Gandilhon p. 21-42
La Colombie est devenue une superpuissance de la cocaïne. En 2023, avec près de 2700 tonnes de cocaïne pure produite, la production, qui a été multipliée par sept en une dizaine d'années, a atteint des niveaux inconnus auparavant. Cet article revient sur la genèse historique de cette situation et sur ses développements récents. Elle insiste notamment sur les facteurs structurels qui ont permis ces évolutions, à savoir la faiblesse historique d'un État peinant à contrôler son territoire et une question agraire plongeant la Colombie dans des cycles de violences armées récurrents. Ces deux facteurs combinés sont à l'origine d'une prolifération de groupes criminels que les accords de paix de 2016 n'ont pas réussi jusqu'à aujourd'hui à contenir.Colombia has become a cocaine superpower in just a few years. In 2023, with nearly 2,700 tons of pure cocaine produced, production has increased sevenfold in about a decade, reaching unprecedented levels. This study examines the historical origins of this situation and its recent developments. It particularly emphasizes the structural factors that have enabled these changes, namely the historical weakness of a state struggling to control its territory and an agrarian issue plunging Colombia into recurring cycles of armed violence. These two combined factors have led to the proliferation of criminal groups, which the 2016 peace accords have so far failed to contain. - Le Tren de Aragua - Serge Leteur p. 43-78
Le « Tren de Aragua » est une organisation criminelle vénézuélienne, née comme un gang de détenus dans la prison de Tocoron – état d'Aragua – qui, depuis cette base, a étendu ses opérations à d'autres régions du Venezuela. Puis, profitant de l'importante émigration vénézuélienne, a su s'installer dans d'autres pays d'Amérique Latine, et aux E.U. Cette méga-bande s'en en pris d'abord à la diaspora vénézuélienne, en rançonnant les émigrants, avant de s'attaquer au reste de la population. Elle se livre à la traite de personnes, le plus souvent à de fins de prostitution, à l'extorsion, et à divers trafics. Son extrême violence, et ses relations ambiguës avec le régime de Maduro ont conduit plusieurs pays, dont les U.E. à le considérer comme une organisation terroriste.The Tren de Aragua in a Venezuelan criminal organization, born as an inmates gang, in the Tocoron jail– in Aragua state- which, from there, extended to other parts of the country. Taking profit of the massive Venezuelan emigration, it settled in other countries in Latin America and in the USA. Initially it targeted its own, racketing the migrants, but then preyed on all the populations. It is mainly involved in human trafficking, extorsion, and other traffics such as weapons and drugs. Due to its extreme violence and its ambiguous relations with Maduro's regime, several countries, including the USA, declared it as a terrorist organization. - Cartes de l'(in)sécurité publique au Brésil - Hervé Théry p. 79-92
Le Mapa da Segurança Pública 2024 révèle 37 639 homicides au Brésil en 2023 (103/jour), surtout des hommes. Les États du Nordeste (Amapá, Pernambuco) ont les taux les plus élevés, tandis que São Paulo a le taux le plus bas. La violence s'est déplacée du Sudeste vers le Nordeste/Amazonie depuis les années 2000. Les victimes sont majoritairement jeunes, noires et peu éduquées. Le Brésil est 1er en nombre d'homicides mondialement, mais 20e en taux. Une action publique forte est nécessaire pour inverser cette tendance, comme pour les accidents de la route en France.The Mapa da Segurança Pública 2024 reveals 37,639 homicides in Brazil in 2023 (103 per day), mostly men. The states of the Northeast (Amapá, Pernambuco) have the highest rates, while São Paulo has the lowest. Violence has shifted from the Southeast to the Northeast/Amazon region since the 2000s. The victims are mostly young, black and poorly educated. Brazil ranks first in the world in terms of number of homicides, but 20th in terms of rate. Strong public action is needed to reverse this trend, as in the case of road accidents in France. - Amérique latine, stupéfiants et réaction de Washington, sous Donald Trump : où en sommes-nous, où allons-nous ? - Xavier Raufer p. 93-100
Le texte analyse la production et le trafic de stupéfiants en Amérique latine, notamment la cocaïne, dont la production a atteint 2 800 tonnes en 2022 (+20% sur 2021), avec une expansion vers l'Amérique centrale et le Mexique. Les cartels utilisent des submersibles et sous-marins pour le transport, rendant la lutte difficile. Au Mexique, les guerres entre cartels (comme Sinaloa et CJNG) ont causé des milliers de morts. Les drogues de synthèse, comme le fentanyl, gagnent en importance. Les États-Unis, sous Trump, ont militarisé la lutte antidrogue, mais cette approche est critiquée pour son inefficacité contre des réseaux criminels agiles et corrompus.This article analyses the production and trafficking of narcotics in Latin America, particularly cocaine, whose production reached 2,800 tons in 2022 (+20% on 2021), with expansion into Central America and Mexico. The cartels use submersibles and submarines for transport, making the fight difficult. In Mexico, wars between cartels (such as Sinaloa and CJNG) have caused thousands of deaths. Synthetic drugs, such as fentanyl, are gaining in importance. Under Trump, the United States has militarized the war on drugs, but this approach is criticized for its ineffectiveness against agile and corrupt criminal networks.
- Présentation - Daniel Dory, Hervé Théry p. 7-8
Varia
- Présentation - p. 101-102

- A Operação Acolhida e a espacialização da Migração Venezuelana no Brasil, 2010-2024 - Márcio de Oliveira p. 103-133
La diaspora vénézuélienne surprend à plus d'un titre. Dans un pays qui n'est pas en état de guerre civile ou contre un pays étranger, la plateforme R4V/OIM annonçait, la fin de 2024, le chiffre de 7,8 millions de migrants, dont 6,5 millions partis vers des pays de l'Amérique Latine et des Caraïbes, sur une population totale d'environ 28 millions d'habitants. Les principales destinées dans les Amériques, par l'ordre d'importance, étaient la Colombie, le Pérou et le Brésil, ces pays trois ayant accueilli environ 5 millions de Vénézuéliens. Dans le cas brésilien, il s'agit d'une migration très récente, la plus grande partie des migrants y étant arrivés depuis 2018. Malgré cela, des migrants Vénézuéliens se sont installés dans tous les États de la fédération où ils ont été acheminés par l'opération dite Operação Acolhida. Ils sont beaucoup mieux repartis sur l'ensemble du territoire, notamment lorsqu'on les compare aux migrants haïtiens. Cet article interroge ces faits, grâce à l'analyse de l'histoire de la migration et de la politique migratoire brésilienne, des documents officiels et des données disponibilisés par l'Observatório das Migrações Internacionais pour la période comprise entre 2010 et 2024. Sa conclusion est que l'accueil et la spatialisation des migrants vénézuélien au Brésil est le fruit d'un concours très particulier de circonstances et tend à se maintenir dans les années à venir.The Venezuelan diaspora is surprising in many ways. In a country that is not in a state of civil war or against a foreign country, the R4V/OIM platform announced, at the end of 2024, the figure of 7.8 million migrants, 6.5 of whom left for countries in Latin America and the Caribbean, out of a total population of around 28 million. The main destinations in the Americas, in order of importance, were Colombia, Peru and Brazil, these three countries having welcomed around 5 million Venezuelans. In the case of Brazil, this is a very recent migration, with the bulk of migrants having arrived in the country since 2018. Despite this, Venezuelan migrants have settled in all the states of the federation, to which they have been transported by the so-called Operação Acolhida. They are also much more distributed throughout the country, especially when compared with Haitian migrants. This article questions these facts, thanks to an analysis of the history of migration and Brazilian migration policy, official documents and data made available by the Observatório das Migrações Internacionais for the period between 2010 and 2024. It concludes that the reception and spatialization of Venezuelan migrants in Brazil is the result of a very special combination of circumstances and is set to continue in the years to come.
- Présentation - p. 101-102
- Pages de fin - p. 147-148



