Contenu du sommaire : Police & démocratie
| Revue |
Cahiers d'histoire. Revue d'histoire critique |
|---|---|
| Numéro | no 162 - Janvier-février-mars 2025 |
| Titre du numéro | Police & démocratie |
| Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
- Le mot de la rédaction - Anne Jollet p. 5-10

DOSSIER
- Introduction. Police et État de droit : à la recherche d'un maintien de l'ordre démocratique - Grégoire Le Quang, Jeanne-Laure Le Quang p. 13-27
L'action policière, souvent placée sous les feux des projecteurs de l'actualité à l'occasion de faits de violence, est au cœur de nombreux débats qui agitent les sociétés démocratiques contemporaines. Si la question est éminemment politique, opposant les partisans autoproclamés de l'ordre aux militants qui dénoncent les entorses aux droits de l'homme, les sociologues pointent depuis de nombreuses années les dysfonctionnements et un rapport problématique de la police aux populations. L'objectif de ce numéro des Cahiers d'histoire est d'ouvrir le dialogue entre historiens et sociologues et de mener la réflexion sur les caractéristiques d'un ordre démocratique sur la longue durée, de la Révolution au 21e siècle.Police action, often in the spotlight when violence occurs, is at the heart of many debates in contemporary democratic societies. While the issue is highly political, opposing self-proclaimed supporters of order with activists who denounce violations of human rights, sociologists have for many years been pointing to malfunctions and a problematic relationship between the police and the public. The aim of this issue of Cahiers d'histoire is to open a dialogue between historians and sociologists, and to reflect on the characteristics of a democratic order over the long term, from the Revolution to the 21st century. - Ordre public ou ordre social et politique ? Les violences policières sous la monarchie constitutionnelle (1789-1792) - Déborah Cohen p. 29-48
Cet article se propose de réfléchir aux conséquences d'une définition de l'ordre public révolutionnaire qui ne repose pas sur des normes pensées en fonction des fins, mais qui rabat le juste sur le légal. Les forces de police qui ont en charge l'application de cet ordre peuvent faire tout ce qui est légal, sans que soit même exclue une violence contre les corps, puisqu'on invente alors la notion d'« homicide légal ». C'est un ordre qui, selon une logique sociale et politique, inclut (le peuple des bons citoyens, c'est-à-dire avant tout les citoyens propriétaires) et exclut (les rebelles et la « populace »). Les corps exclus sont susceptibles de subir la violence au nom de l'ordre. La démonstration s'appuie sur l'examen de plusieurs cas de violences policières entre 1789 et 1792.The purpose of this article is to consider the consequences of a definition of revolutionary public order that is not based on norms conceived in terms of justice, but which reduces the just to the legal. The police forces responsible for enforcing this order can do whatever is legal, without even excluding violence against bodies, which can be justified by the notion of ‘legal homicide'. It is an order which, according to a social and political logic, includes (the people of good citizens, i.e. above all the citizen-owners) and excludes (rebels and the ‘rabble'). Excluded bodies are liable to be subjected to violence in the name of order. The demonstration is based on an examination of several cases of police violence between 1789 and 1792.French Revolution ; public order ; police ; law ; violence ; citizenship - « Rapatrier » les colonisés : l'invention d'un outil du maintien de l'ordre colonial en France pendant l'entre-deux-guerres - Vincent Bollenot p. 49-69
Cet article montre comment, dans la seconde moitié des années 1920, des agents du ministère de l'Intérieur et du maintien de l'ordre en France en viennent à exercer une pression sur le ministère des Colonies afin de pouvoir utiliser le rapatriement de colonisés à des fins de répression politique. À travers l'étude des controverses entourant l'expulsion d'une vingtaine de révolutionnaires originaires de la Fédération coloniale d'Indochine, il s'agit de montrer la progressive institutionnalisation d'une pratique qui n'a pas de sens juridique et s'intègre au répertoire d'action policier sans base légale. En effet, quel que soit leur statut légal, les colonisés ne sont a priori pas expulsables de l'Hexagone, ce qui n'empêche pas cette pratique de s'imposer.This article demonstrates how, in the second half of the 1920s, agents of the Ministry of the Interior and law enforcement in France began to exert pressure on the Ministry of Colonies to use the repatriation of colonized individuals for political repression. Through the study of controversies surrounding the expulsion of about twenty revolutionaries from the colonial federation of Indochina, the aim is to show the gradual institutionalization of a practice that lacks legal basis and is incorporated into the police's repertoire of actions without legal foundation. Indeed, regardless of their legal status, colonized individuals are not legally subject to expulsion from mainland France, yet this practice nonetheless became established. - Après les avoir surveillés, comment faut-il les punir ? - Élie Teicher p. 71-93
À partir des années 1960 en Belgique, la gendarmerie adapte ses modes d'intervention face à des protestataires faisant usage d'un répertoire d'actions renouvelé. Elle met en œuvre des pratiques d'arrestations qui visent à éviter des confrontations massives. Ces opérations, qui reposent sur des critères fixés par les gendarmes, entravent la liberté de manifester. Elles jouent un rôle important dans le déplacement et l'invisibilisation de la violence d'État, mis en avant dans plusieurs travaux, d'autant plus que les arrestations sont nécessaires en vue d'éventuelles poursuites judiciaires. Cet article interroge le développement de ces techniques et leurs impacts sur les droits des manifestants. En étudiant des conceptions policières, il montre comment les arrestations occupent une nouvelle place dans le système coercitif. L'analyse concrète de la manifestation des sidérurgistes de mars 1982 démontre dans un second temps comment les arrestations participent à la mécanique des violences d'État en étant un des rouages permettant la sanction judiciaire.Starting in the 1960s, the Belgian gendarmerie renewed its crowd control interventions in response to new forms of protest and the evolving repertoire of actions by protesters. It initiated arrest practices aimed at avoiding massive confrontations. These operations, based on criteria set by the gendarmes, restricted the freedom to protest. They play an important role in the displacement and invisibilization of state violence highlighted by researchers. Moreover, arrests are necessary for potential judicial prosecutions. This article examines the development of these techniques and their effects on the rights of protesters. By studying police conceptions, it shows how arrests have taken on a new role in the coercive system. Then, based on the specific case of the steelworkers' demonstration in March 1982, the article examines how arrests contribute to the shift of state violence by being one of the cogs in the judicial sanction mechanism. - Race et violences policières aux États-Unis. Au-delà du réductionnisme racial - Olivier Maheo p. 95-121
Les discours sécuritaires, la police et le système judiciaire jouent un rôle central dans la recomposition du racisme, un racisme désormais « sans racistes », qui rejette la faute sur les victimes des discriminations. L'acharnement policier modèle profondément une société marquée par l'incarcération massive des jeunes Africains-Américains. Il participe d'un système qui perpétue le racisme, une société où le corps noir continue d'être représenté comme une menace. Cet article de synthèse s'appuie sur des données statistiques, des articles de presse et des sources secondaires pour montrer l'imbrication des questions policières avec les questions raciales, dans une société où les politiques de sécurité participent des processus de racialisation. Les violences policières ne sont pas simplement les symptômes de la persistance du racisme, mais des éléments essentiels de sa perpétuation. Cependant, lorsque le combat contre le racisme se limite à leur dénonciation, il risque d'isoler les Africains-Américains en masquant ce qui lie étroitement racisme et inégalités sociales.Security rhetoric, the police and the justice system play a central role in the reconfiguration of racism, a racism now “without racists”, which places the blame on the victims of discrimination. Police relentlessness is profoundly shaping a society marked by the mass incarceration of young African Americans. It's part of a system that perpetuates racism, a society where the black body continues to be to be represented as a threat. This synthesis article draws on statistical data, press articles and secondary sources to show how police issues are intertwined with racial issues, in a society where security policies are part of the racialization process. Police violence is not simply a symptom of persistent racism, but essential elements in its perpetuation. However, when the fight against racism is limited to the denunciation of this violence, it runs the risk of isolating African Americans by obscuring the close link between racism and social inequality. - Maintien de l'ordre et État de droit en question : regards croisés entre historien·nes et sociologues - Laurent Bonelli, Arnaud-Dominique Houte, Mathieu Rigouste, Sebastian Roché, Danielle Tartakowsky p. 123-148

- Introduction. Police et État de droit : à la recherche d'un maintien de l'ordre démocratique - Grégoire Le Quang, Jeanne-Laure Le Quang p. 13-27
CHANTIERS
- Du « broutchoutisme » au Front populaire : histoire de la CGTU dans le Pas-de-Calais - David Noël p. 151-168
La Confédération générale du travail unitaire (CGTU) est la principale organisation de la galaxie communiste. De 1922 à 1936, elle groupe plusieurs centaines de milliers de militants qui forment l'ossature du Parti communiste, qui fixe ses orientations et la dirige. L'imbrication du PCF et de la CGTU est particulièrement visible dans le département du Pas-de-Calais, où la CGTU apparaît comme l'héritière du syndicalisme révolutionnaire et entretient des relations conflictuelles avec la CGT confédérée et son syndicat des mineurs. Combatifs lors des mouvements de grève, attachés à l'antifascisme et fervents partisans de la réunification syndicale, les militants de la CGTU du Pas-de-Calais ont développé une culture syndicale originale, qui influencera la CGT réunifiée en 1936, puis, à la Libération, en 1945.The General Confederation of Unitary Labor (CGTU) is the main organization of the communist galaxy. From 1922 to 1936, it brought together several hundred thousand activists who formed the backbone of the Communist Party which set its orientations and directed it. The overlap of the PCF and the CGTU is particularly visible in the department of Pas-de-Calais where the CGTU appears to be the heir of revolutionary syndicalism and maintains conflictual relations with the confederated CGT and its miners' union.Combative during strike movements, attached to anti-fascism and fervent supporters of union reunification, the activists of the CGTU of Pas-de-Calais developed an original union culture which would influence the reunified CGT in 1936, then, at the Liberation, in 1945.
- Du « broutchoutisme » au Front populaire : histoire de la CGTU dans le Pas-de-Calais - David Noël p. 151-168
MÉTIERS
- Questions à Frédérick Genevée et Guillaume Hoibian, Histoire de l'UNEF, du « renouveau » à la « réunification » (1971-2001)
Dans cet entretien, Frédérick Genevée et Guillaume Hoibian nous livrent les motivations et la généalogie de l'ouvrage Histoire de l'UNEF qu'ils ont co-écrit. Ils nous expliquent à la fois le positionnement politique de cette organisation estudiantine, les tensions qui la traversent et ses liens de dépendance avec d'autres organisations durant les trente années de son existence. Ils nous font part aussi de son fonctionnement interne, de ses revendications spécifiques et des dynamiques locales. Ils nous montrent tout l'intérêt d'un tel projet éditorial pour éclairer l'histoire sociale et politique de cette période, qui vit de profonds bouleversements au sein du paysage syndical et politique.In this interview, Frédérick Genevée and Guillaume Hoibian share the motivations and genealogy of the book Histoire de l'UNEF they co-wrote. They explain the political positioning of this student organization, the tensions that run through it and its links with other organizations during the thirty years of its existence. They also tell us about its internal functioning, its specific demands and local dynamics. They show us the value of such an editorial project to shed light on the social and political history of this period which is experiencing profound changes in the trade union and political landscape.
- Questions à Frédérick Genevée et Guillaume Hoibian, Histoire de l'UNEF, du « renouveau » à la « réunification » (1971-2001)
DÉBATS
- La position d'outsider dans le champ académique. Faire l'histoire d'une nation qui n'est pas la sienne - Sonia Combe p. 187-197
Cet article traite, à partir d'exemples, de la difficulté à être reconnu·e à la fois dans son propre pays, où l'intérêt pour l'histoire d'un pays étranger est plus faible, et dans le pays dont on est un chercheur outsider, étant entendu que les historiens « indigènes » ont généralement tendance à penser avoir le monopole de leur histoire nationale. Pourtant, comme le montrent bien des avancées historiographiques, si le chercheur étranger ne voit pas forcément mieux, il voit différemment et se trouve de facto moins soumis à la pensée dominante, qu'elle provienne de l'espace public ou de la corporation historienne.This article uses examples to discuss the difficulty of gaining recognition both in one's own country, where interest in the history of a foreign country is lower, and in the country of which one is an outsider researcher, as “indigenous” historians generally tend to think they have a monopoly on their national history. And yet, as many historiographical advances have shown, while foreign researchers may not necessarily see things better, they do see things differently, and are de facto less influenced by the mainstream thinking, whether it comes from the public sphere or the historian's corporation.
- La position d'outsider dans le champ académique. Faire l'histoire d'une nation qui n'est pas la sienne - Sonia Combe p. 187-197
LIVRES LUS
- Régine Le Jan, Amis ou ennemis ? Émotions, relations, identités au Moyen Âge, - Axël Le Boulicaut

- Tamara Boussac, L'Affaire de Newburgh. Aux origines du nouveau conservatisme américain - Antoine Nséké Missé

- Jeanne Moisand, Se fédérer ou mourir. La commune de Carthagène et ses mondes (1873) - Benjamin Duinat

- Mathieu Marraud, Le Pouvoir marchand. Corps et corporatisme à Paris sous l'Ancien Régime - Julien Villain

- Chloé Maurel, Les Grands discours à l'ONU, de Harry Truman à Greta Thunberg - Thierry Pastorello

- Annick Lacroix, Un service pour quel public ? Postes et télécommunications dans l'Algérie colonisée (1830-1939) - Nessim Znaien

- Baptiste Bonnefoy, Au-delà de la couleur. Miliciens noirs et mulâtres de la Caraïbe - Jeronimo Bermudez

- Régine Le Jan, Amis ou ennemis ? Émotions, relations, identités au Moyen Âge, - Axël Le Boulicaut
UN CERTAIN REGARD
- Ni chaînes ni maîtres - Anne-Marie BIDAUD p. 229-232

- Ni chaînes ni maîtres - Anne-Marie BIDAUD p. 229-232
LES CAHIERS RECOMMANDENT...
- Les Cahiers recommandent… - Walid Cherqaoui, Frank Noulin, Jean-François Wagniart p. 233-243

- Les Cahiers recommandent… - Walid Cherqaoui, Frank Noulin, Jean-François Wagniart p. 233-243


