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Titre Interactions et transactions identitaires d'immigrés noirs dans l'espace public et les centres de santé au Maroc
Auteur Annélie Delescluse
Mir@bel Revue L'année du Maghreb
Numéro no 30, 2023 Dossier : L'ordre et la force
Rubrique / Thématique
Varia & Travaux en cours
Résumé La société marocaine est divisée sur le sort réservé aux migrants originaires d'Afrique centrale et de l'Ouest (dit subsahariens) pour qui le royaume chérifien est un pays de résidence à moyen ou à long terme. D'un côté, des mobilisations de la société civile en leur faveur et le lancement d'une nouvelle politique migratoire qui a propulsé le Maroc comme leader sur la question de la migration sur le continent africain et à l'international. De l'autre côté, des violences socio-raciales rencontrées dans la rue et au sein des équipements publics en raison de leur précarité administrative, sociale et économique, et des attitudes de rejet de la part d'une partie de la population marocaine. Comment est-ce que les migrants dits subsahariens se découvrent Noirs au Maroc et comment régissent t'ils face à cette réalité ? Sous quelle forme la xénophobie s'exprime-t-elle dans les relations sociales et quels sont ses effets dans la vie quotidienne et dans les parcours migratoires ? Quelles sont les réactions des migrants face à ces réalités et comment contournent-ils les gestes dépréciatifs ? Cet article traite d'abord des aléas du quotidien et des processus d'altérisation raciale rencontrés dans la rue et dans les transports en commun. L'article aborde ensuite l'épineuse question des interactions médicales entre le personnel de santé marocain et les patients subsahariens qui disent être victimes de racisme dans les soins. Nous verrons que la domination ressentie par ces derniers face au personnel médical, et face à la population marocaine de façon plus générale, déclenche et entretient également un ensemble de comportements crispés et de refus qui conduisent à des situations périlleuses, notamment lorsqu'ils abandonnent les soins prescrits au Maroc et rentrent dans leurs pays d'origine. L'article propose enfin d'examiner trois types de réactions possibles face à ces processus d'altérisation, la victimisation, le retournement du stigmate ou la racialisation en retour. À travers ces réactions, nous verrons que les immigrés africains au Maroc font preuve d'agentivité pour faire face aux différents aléas de leur quotidien même s'ils incorporent l'idée de race auxquels ils sont renvoyés. Les tactiques déployées permettent de réaliser des transactions ou des négociations afin de lutter face à leur identité qui est d'abord porteuse de différents stigmates. L'article se base sur une enquête ethnographique principalement réalisée à Rabat entre 2016 et 2020 durant laquelle j'ai suivi la vie quotidienne et ordinaire d'une cinquantaine d'hommes et de femmes originaires d'Afrique de l'Ouest (Côte d'Ivoire n= 28, Sénégal n= 17) et d'Afrique centrale (Cameroun n=7 République Démocratique du Congo et Congo, n=4), âgés de 25 à 35 ans. Arrivés au Maroc entre 2012 et 2014 (les trois quarts, par les aéroports), leurs profils (sportifs, pèlerins, commerçants, aventuriers…), motivations et statuts administratifs sont hétérogènes. Au moment de l'enquête, ils travaillent aux marges du salariat (BTP, lavage-auto, travail domestique, salariat agricole, commerce, cordonnerie) ou dans des centres d'appels de Rabat ou de Casablanca.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais Moroccan society is divided over the fate of migrants from Central and West Africa (known as sub-Saharans) for whom the Cherifian Kingdom is a medium or long-term country of residence. On the one hand, civil society mobilised on their behalf and a new migration policy was launched, propelling Morocco to the forefront of migration issues on the African continent and internationally. On the other hand, they experience socio-racial violence on the streets and in public facilities because of their precarious administrative, social and economic situation, and attitudes of rejection on the part of part of the Moroccan population. How do so-called sub-Saharan migrants discover that they are black in Morocco, and how do they deal with this reality? What form does xenophobia take in social relations, and what effects does it have on daily life and migration routes? How do migrants react to these realities, and how do they get round the depreciatory gestures? This article first looks at the vagaries of everyday life and the processes of racial otherness encountered in the street and on public transport. The article then looks at the thorny issue of medical interactions between Moroccan healthcare staff and sub-Saharan patients who claim to be victims of racism in healthcare. We will see that the domination felt by the latter towards medical staff, and towards the Moroccan population more generally, also triggers and sustains a set of tense behaviours and refusals that lead to perilous situations, particularly when they abandon the care prescribed in Morocco and return to their countries of origin. Finally, the article looks at three possible reactions to these processes of othering: victimisation, the reversal of stigma and racialisation in return. Through these reactions, we will see that African immigrants in Morocco demonstrate agentivity in coping with the various hazards of their daily lives, even if they incorporate the idea of race to which they are referred. The tactics they use enable them to carry out transactions or negotiations in order to deal with their identity, which is primarily the bearer of various stigmas. The article is based on an ethnographic study carried out mainly in Rabat between 2016 and 2020, during which I followed the daily and ordinary lives of around fifty men and women from West Africa (Côte d'Ivoire n= 28, Senegal n= 17) and Central Africa (Cameroon n=7 Democratic Republic of Congo and Congo, n=4), aged between 25 and 35. They arrived in Morocco between 2012 and 2014 (three quarters of them via the airports), and their profiles (sportsmen and women, pilgrims, traders, adventurers, etc.), motivations and administrative status were varied. At the time of the survey, they were working on the fringes of the salaried sector (building and civil engineering, car washing, domestic work, agricultural work, commerce, shoemaking) or in call centres in Rabat or Casablanca
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/anneemaghreb/12638