Contenu du sommaire : Médicaments et société

Revue Annales. Histoire, Sciences Sociales Mir@bel
Numéro voL. 62, no 2, avril 2007
Titre du numéro Médicaments et société
Texte intégral en ligne Accessible sur l'internet
  • Médicaments et société. Enjeux contemporains

    • Introduction - Philippe Urfalino p. 269-272 accès libre
    • Expertise scientifique et intérêts nationaux : L'évaluation européenne des médicaments 1965-2000 - Boris Hauray, Philippe Urfalino p. 273-298 accès libre avec résumé
      La délivrance d'une autorisation de mise sur le marché (AMM) est le dispositif central par lequel les autorités publiques contrôlent la sécurité et l'efficacité des médicaments. Or, du milieu des années 1960 à la création en 1995 d'une Agence européenne des médicaments, les conditions d'exercice de ce contrôle public ont radicalement changé. Alors que l'évaluation des médicaments était conduite au niveau national, elle est aujourd'hui largement européenne. Cet article montre que rendre compte de cette évolution nécessite d'analyser trois phénomènes étroitement liés : l'accroissement de l'interdépendance des entités nationales; l'émergence d'une expertise scientifique propre à l'évaluation des médicaments et la transformation de son articulation avec la représentation nationale; l'autonomisation de l'AMM et l'absorption de la décision par l'évaluation scientifique.
    • Savoir thérapeutique et logique commerciale : Le cas de l'AZT - Sébastien Dalgalarrondo p. 299-326 accès libre avec résumé
      Le développement de nouveaux médicaments nécessite la coopération d'acteurs aux intérêts parfois divergents. La recherche clinique est de ce fait un lieu d'observation privilégié de l'articulation entre connaissance et intérêts dans le domaine de la médecine. Notre texte s'appuie sur l'étude monographique d'une controverse opposant un laboratoire pharmaceutique à des cliniciens quant aux sens thérapeutiques qu'il convenait de donner aux résultats d'un essai majeur dans l'histoire des médicaments contre le virus du sida.
    • L'impuissance et son traitement : Comment le médicament modifie la définition de la maladie - Emmanuelle Bonetti p. 327-351 accès libre avec résumé
      Le cas du traitement de l'impuissance permet d'analyser l'impact du médicament sur la maladie à laquelle il est destiné. Cette entreprise exige dans un premier temps une définition du concept de maladie. Nous montrons alors que le médicament exerce un effet direct sur la connaissance du mécanisme pathologique. Cet impact, d'ordre cognitif, est ensuite replacé dans le contexte de la recherche sur l'impuissance. Le désintérêt initial, tant de la communauté médicale que de l'industrie pharmaceutique, est en effet transformé par les connaissances acquises grâce à la découverte de la papavérine, une molécule qui, injectée dans le sexe, induit une érection. Ce médicament implique alors une nouvelle catégorie d'acteurs, les urologues, dont l'engagement dans le traitement de l'impuissance affaiblit l'emprise de la sexologie. Mais l'évolution de la définition de l'impuissance est aussi fortement liée au cadre réglementaire qui guide la mise sur le marché des médicaments. En conclusion, notre lecture de cette histoire souligne les limites des réflexions basées sur le modèle de la médicalisation.
  • Étrangers et citoyens

    • À qui appartiennent les biens qui n'appartiennent à personne ? : Citoyenneté et droit d'aubaine à l'époque moderne - Simona Cerutti p. 355-383 accès libre avec résumé
      En des temps récents, le droit d'aubaine ? soit le droit des souverains français de saisir les propriétés des étrangers décédés dans leurs territoires sans héritiers légitimes ? a été interprété comme le symbole d'une irréductible originalité de l'État français concernant le thème de la naturalité. Celle-ci tiendrait, d'une part, à une incapacité successorale des personnes provenant de l'extérieur, ainsi qu'à la première de ses conséquences : le fait que, en France, seul le souverain serait en mesure de transformer un étranger en un de ses sujets, à travers l'attribution de lettres de naturalité qui lui permettront de disposer de ses propres biens. En s'appuyant sur des sources concernant ce même droit d'aubaine qui était aussi en vigueur dans l'État savoyard, cet article voudrait montrer que d'autres interprétations de ce droit, différentes, sont possibles, qui ne relèvent pas tant de la diversité des terrains d'enquête que du choix des sources ainsi que de leur interprétation. Plusieurs centaines de procédures suscitées par les prétendues saisies des biens des étrangers montrent que, loin d'être l'expression d'une volonté punitive ou xénophobe, l'intervention des fonctionnaires royaux répondait à une demande sociale de mise en ordre de la succession douteuse, exprimée avant tout par les créanciers de l'héritage. En outre, c'était la nécessité de protéger les propriétés « n'appartenant à personne » de prises de possession illégitimes qui déterminait l'extrême urgence de l'intervention royale. À travers l'aubaine, nous sommes ainsi introduits à la complexité de la culture propriétaire de l'Ancien Régime; à sa capacité de construire des relations de parentèle et, finalement, de construire « l'étranger » ou bien « le citoyen ». L'irréductible originalité de l'État français s'estompe ainsi, et la voie s'ouvre à de possibles comparaisons.
  • Figures du rituel (XIIe - XIIIe S.)

    • Le son et ses sens : L'Ordo ad consecrandum et coronandum regem(v. 1250) - Eduardo Henrik Aubert p. 387-411 accès libre avec résumé
      Cet article examine le fameux ordo du sacre royal réalisé vers 1250 en France, au temps de Louis IX (Paris, BNF, ms Latin 1246), un document complexe où plusieurs langages (texte, images, chants notés) sont mis en rapport, en se posant la question de savoir quelle est la place du son dans la cérémonie du sacre royal telle qu'elle est présentée dans ce manuscrit. Moyennant une comparaison avec ses sources textuelles directes, on insiste sur le fait que ce document donne un très grand poids à tout ce qui relève du registre sonore dans le sacre qu'il décrit et que cette attention n'est pas arbitraire, mais correspond à l'utilisation du son comme un des principaux véhicules du sens de la cérémonie. Il se dégage de l'analyse que l'on a affaire à un vrai « système sonore », dans la mesure où les références au son constituent un ensemble structuré et cohérent, très articulé à l'organisation du temps de la cérémonie, et au moyen duquel la place de chaque événement dans l'ensemble de la cérémonie pourrait être très concrètement perçue par l'oreille.
    • Les trois doigts d'Adam : Liturgie et métaphore visuelle au monastère de San Juan de la Peña - Hilário Franco Júnior p. 413-439 accès libre avec résumé
      Un des chapiteaux du cloître aragonais de San Juan de la Peña montre un détail surprenant, sans équivalent dans l'iconographie médiévale et pourtant jamais étudié, peut-être parce qu'il a été vu comme un simple produit de l'imagination arbitraire de l'artiste. Adam, après avoir ingéré le fruit défendu, pose sa main droite entre sa gorge et sa poitrine pour indiquer qu'il restait étouffé par le péché et qu'il s'en repentait, et il fait ce geste avec seulement les trois premiers doigts de la main. Pourquoi ? C'est ce à quoi le présent essai tente de répondre.
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