Contenu du sommaire : L'Atlantique français - Après la Shoah - Qu'est-ce que la Protohistoire ? - Conversions algériennes

Revue Annales. Histoire, Sciences Sociales Mir@bel
Numéro vol. 64, no 5, octobre 2009
Titre du numéro L'Atlantique français - Après la Shoah - Qu'est-ce que la Protohistoire ? - Conversions algériennes
Texte intégral en ligne Accessible sur l'internet
  • L'Atlantique français

    • « Les forcer à devenir Cytoyens » : État, Sauvages et citoyenneté en Nouvelle-France (XVIIe-XVIIIe siècle) - Gilles Havard p. 985-1018 accès libre avec résumé
      L'État royal français, en Nouvelle-France, est conduit à bricoler des formes nouvelles de souveraineté afin de définir officiellement le statut des Amérindiens. Tout en revendiquant avant tout sur ces derniers une allégeance de type féodal qui puise dans le langage international de la « protection », la monarchie est portée au XVIIe siècle par un optimisme assimilateur qui postule la rapide transformation des « Sauvages » : sur le plan culturel (« francisation ») comme juridique (naturalisation), cette imbrication constituant une innovation propre au système impérial français. Or il se pourrait que ce projet colonial ait subverti certains principes traditionnels de la monarchie d'Ancien Régime et participé à l'avènement d'un État plus unitaire et centralisé. Dans le laboratoire nord-américain, en effet, la royauté et ses représentants locaux n'ont pas seulement improvisé une réflexion originale sur la francité ; au cours du XVIIIe siècle, quand fut consacrée l'irréductibilité de la « sauvagerie » amérindienne, ils ont encore repensé le concept de citoyenneté, désormais plus solidaire de la culture.
    • Francité et situation coloniale : Nation, empire et race en Louisiane française (1699-1769) - Cécile Vidal p. 1019-1050 accès libre avec résumé
      À partir du cas louisianais, cet article cherche à démontrer que la formation de sociétés coloniales nouvelles aux Amériques, reposant sur l'esclavage ou le travail forcé, la constitution d'empires multiethniques et multiraciaux et les rivalités impériales qui ont accompagné ces phénomènes, ont contribué à faire de la nation un problème et une question. D'une part, le nombre de personnes pour lesquelles le fait d'avoir une identité nationale est devenu significatif s'en est trouvé accru. D'autre part, la définition donnée à la nation française, en opposition aux autres nations et en relation avec les différents groupes la composant, en a été modifiée. En questionnant les concepts d'empire colonial, de nation et d'identité, et en analysant les significations particulières que la francité prit dans le contexte louisianais, il s'agit de suggérer qu'il paraît difficile de continuer à penser la nation au XVIIIe siècle sans tenir compte des rapports complexes entre nation, empire et race.
  • Après la Shoah

    • La longue fréquentation des morts : À propos de Browning, Kershaw, Friedländer ? et Hilberg - Florent Brayard p. 1053-1090 accès libre avec résumé
      Au cours de ces dernières années sont parus trois ouvrages majeurs sur l'histoire de la persécution et de l'extermination des Juifs : Les origines de la solution finale de Christopher Browning, Les années d'extermination de Saul Friedländer et Hitler, the Germans and the final solution de Ian Kershaw. Cette coïncidence invite à se pencher à nouveau sur le parcours de ces trois historiens, dont les recherches au long cours ont joué un rôle majeur dans l'historiographie du génocide juif. Quelle avait été l'impulsion initiale qui les avait conduits à se lancer dans un chantier dont ils ignoraient qu'il durerait plusieurs décennies ? Quelle place cette intuition de départ avait-elle joué dans la conception générale de l'oeuvre ? Comment enfin avait-elle passé l'épreuve du temps ? C'est donc dans leur dynamique même que ces trois itinéraires seront étudiés, cependant qu'une autre question sera posée : comment passer trente ans à étudier un tel crime ? S'en trouve-t-on changé ? Ici, c'est chez Raul Hilberg que l'auteur cherchera des éléments de réponses.
    • La peur des Juifs ou des Juifs qui ont peur ? : Fear et les débats sur l'antisémitisme en Pologne - Audrey Kichelewski p. 1091-1104 accès libre avec résumé
      Le dernier ouvrage du sociologue américain Jan Gross est un essai d'interprétation historique des violences antijuives qui ont sévi en Pologne de 1944 à 1947. La publication de ce livre en polonais en 2008 a suscité un important débat tant sur le fond que sur la forme, atteignant l'espace public et même judiciaire. L'article revient d'abord sur les principaux motifs développés par J. Gross ? et en particulier sa thèse centrale : la peur des Polonais de devoir rendre des comptes de leur comportement durant la guerre serait le facteur essentiel pour comprendre les crimes commis contre les rescapés juifs. Il expose ensuite les enjeux méthodologiques du débat, portant sur le genre de l'ouvrage mais aussi sur son argumentation, opposant J. Gross aux tenants d'une interprétation mêlant facteurs sociologiques et conjoncturels. Il montre enfin que ces discussions touchent au coeur même de l'identité de la société polonaise, en analysant leurs dérives politico-judiciaires dans lesquelles la droite nationaliste accusa l'auteur d'outrage à la nation.
  • Qu'est-ce que la Protohistoire ?

    • Les paradoxes de la Protohistoire française - Anne Lehoërff p. 1107-1133 accès libre avec résumé
      Au XIXe siècle, alors que l'archéologie se constitue progressivement en un champ disciplinaire en Europe, la France choisit une voie particulière qui marque encore aujourd'hui les recherches et l'enseignement universitaire. Refusant la périodisation des trois âges mise au point en Scandinavie, elle milite pour une origine méditerranéenne de son histoire et associe l'archéologie à l'histoire de l'art. La Préhistoire trouve sa légitimité dans le cercle des naturalistes, qui reste néanmoins marginal dans les structures académiques liées au champ historique. Dans les années 1880, Gabriel de Mortillet propose une « Protohistoire » destinée à combler une lacune en termes de période. Pendant des décennies, cette « quatrième voie » chronologique n'a pas bénéficié d'un grand dynamisme en France et n'a reçu aucune reconnaissance, tandis que le reste de l'Europe faisait progresser la connaissance sur le Néolithique, l'âge du Bronze et l'âge du Fer. Dénoncé dès les années 1950, ce retard n'a commencé à être comblé qu'à partir de la fin des années 1960 en France. La question de la Protohistoire n'y est toujours pas réglée à l'aube du XXIe siècle alors que le reste de l'Europe, sans toujours adopter le terme, a depuis longtemps légitimé cette période historique.
  • Conversions algériennes

    • Dolorisme religieux et reconstructions identitaires : Les conversions néo-évangéliques dans l'Algérie contemporaine - Karima Dirèche p. 1137-1162 accès libre avec résumé
      L'Algérie (et le Maghreb en général) est considérée depuis plusieurs décennies comme une terre de mission par diverses obédiences néo-évangéliques mondialisées. Les conversions se multiplient, les lieux de culte émergent un peu partout. Les revendications publiques pour une liberté de culte et de conscience ont déclenché un véritable débat national et des réactions plutôt autoritaires et souvent répressives de la part des autorités politiques et religieuses. Cet article analyse le phénomène de la conversion à l'échelle de la Kabylie, région berbère du nord de l'Algérie et considérée (dans les représentations médiatiques et étatiques) comme favorable à la présence missionnaire et à l'entreprise apostolique chrétienne. Dans une perspective historique, l'auteur propose une lecture de la conversion à l'aide de plusieurs paramètres : enjeux identitaires et militants autour de la berbérité, questions économiques liées à la redistribution de la rente pétrolière, effets de la décennie noire, impasse du projet de société, usages idéologiques du passé. Tout cela concourt à l'explication d'un phénomène qui dépasse largement la question de la foi.
  • COMPTES RENDUS