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Titre Ngaragba, « l'impossible prison »
Auteur Didier Bigo
Mir@bel Revue Revue Française de Science Politique
Numéro 39e année, n°6, 1989 L'invention du politique en Afrique et en Asie
Rubrique / Thématique
L'invention du politique en Afrique et en Asie
Page 867-886
Mots-clés (géographie)Centrafrique
Mots-clés (matière)prison régime politique
Résumé L'étude de la prison de Ngaragba à l'époque de Bokassa permet de revenir sur la signification de la « prison » dans les cultures politiques, et de s'interroger sur cet espace de surveillance et d'enfermement qu'évoqué, pour nous, l'univers carcéral. Les archives du procès de Bokassa éclairent autrement l'institution carcérale. Celle-ci, loin d'être une instance de répression, apparaît plutôt comme le lieu d'une violence spectaculaire où les rapports clientélistes entre gardiens et prisonniers médiatisent l'horreur et font que la prison est en continuité avec les pratiques sociales du dehors. En effet, la transposition de schémas oscillant entre le modèle technologique du quartier de haute sécurité et le modèle tout aussi technologique de la rationalité de l'extermination, laisse échapper ce qui constitue peut-être la clé de la compréhension des prisons africaines : leur ouverture sur la société qui les met à distance du pouvoir ou, plus exactement, les soumet aux règles quotidiennes de l'arbitraire, du patrimonialisme, du clientélisme, de la violence, présents dans les rapports sociaux. Ngaragba est alors une prison « impossible », plus ouverte, moins surveillée mais plus violente, où les catégories pénales ne font pas sens et disparaissent devant l'arbitraire quotidien. Dans ces conditions, la prison est vécue comme un « enfer », une étape d'un parcours initiatique dont on sort transformé, mais qui mène à une vérité plus grande sur la société et le rapport politique.
Source : Éditeur (via Persée)
Résumé anglais Ngaragba, " The impossible prison " The study of the Ngaragba prison during the Bokassa era (in the Central African Empire) leads to a consideration of the meaning of prison in political cultures and to a questioning of this place of surveillance and imprisonment which the prison universe brings to mind. The records of Bokassa's trial show the prison institution in a different light. Instead of a place of repression, prison appears as a place of spectacular violence, where client relations established between the guards and prisoners dilute the horror and make prison continuous with outside social practices. The transposition of patterns alternating between the technological high security model and technological rational extermination perhaps provides the key to an understanding of African prisons : they are open unto society, which puts them at a distance from the authorities or, more exactly, subjects them to the daily rules of arbitrariness, patrimonialism, clientelism and violence, all present in social relations. Ngaragba is therefore an " impossible " prison, more open, less watched, but more violent, where penal categories make no sense and disappear in the face of daily arbitrariness. Under such conditions, prison is experienced as "hell ", one step in as initiation path from which one comes out transformed, but which leads to a greater truth concerning society and political relations.
Source : Éditeur (via Persée)
Article en ligne http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/rfsp_0035-2950_1989_num_39_6_394452