Contenu de l'article

Titre La reprise de la croissance était-elle prévisible ?
Auteur Pierre-Alain Muet
Mir@bel Revue Revue de l'OFCE (Observations et diagnostics économiques)
Numéro No 31, 1990
Page 67-90
Mots-clés (matière)croissance économique dollar pétrole politique monétaire prix
Mots-clés (géographie)Europe
Résumé La reprise de la croissance en Europe depuis 1986 a principalement son origine dans les effets directs et induits (desserrement des contraintes des politiques économiques) du contre-choc pétrolier. De fa on mineure, transitoire et quelque-peu inattendue, elle a été accentuée par le desserrement des politiques monétaires à la suite du krach boursier de l'automne 1987. Alors que cette reprise de la croissance et les mécanismes qui l'ont rendu possible (accompagnement de la reprise par les politiques budgétaires et effet d'accélération de l'investissement) avaient été correctement anticipés dans les scénarios à moyen terme publiés dans cette revue en avril 1986, les prévisions à court terme réalisées au cours des trois dernières années par OECE et les principaux instituts de conjoncture fran ais et étrangers ont au contraire continûment sous-estimé celle-ci. Les scénarios réalisés en avril 1986 montraient en effet que l'impact moyen terme de la baisse du prix du pétrole et du cours du dollar dépendait très largement des réactions des politiques économiques européennes à la situation nouvellement créée. Si le surplus de recette était principalement utilisé par les gouvernements pour se désendetter (scénario «désendettement») la croissance pouvait être supérieure à celle des années qui précédaient le contre-choc mais sans dessiner une véritable reprise (2,7% en moyenne de 1988 à 1990). Au contraire si le surplus de recette était utilisé dans les pays industrialisés pour réduire les prélèvements obligatoires (scénario de «relance concertée») la croissance française s'accélérait moyen terme pour atteindre 3,7% en moyenne de 1988 à 1990, sans accélération de l'inflation et avec une forte reprise de l'investissement des entreprises (7,6% de 1988 à 1990). L'étude rétrospective développée dans la première partie de l'article montre que, du fait du retard d'ajustement dans les politiques économiques, le scénario désendettement a prévalu en 1987 alors que les bénéfices du contre-choc ont été massivement utilisés dans les années suivantes pour accom pagner et conforter la reprise, conformément au scénario de «relance concertée». La seconde partie de l'article analyse les erreurs réalisées dans les prévisions à court terme au cours de cette même période par les principaux instituts de prévision des pays industrialisés et publiées régulièrement dans la revue Economie Forecasts. Ces erreurs découlent d'une trop grande pondération accordée au passé récent (en outre fort mal connu) et de l'influence réciproque qu'exercent les prévisionnistes des différents pays les uns sur les autres : chacun prévoyant une croissance faible parce que la croissance prévue par ses partenaires est faible. Cette influence réciproque reproduit en quelque sorte dans le domaine des prévisions, la situation équilibre non coopératif (équilibre de Nash) qui fut à l'origine de la longue période d'austérité et de stagnation qu'ont connu les pays européens et dont ils ne sont sortis que par des chocs externes (le contre-choc pétrolier en 1986, la peur d'une récession la suite du krach boursier en 1987-1988, l'immigration venue de Est en 1989).
Résumé anglais The major cause of European growth since 1986 has been the direct and indirect effects of the fall in oil prices. A less important cause, which was unanticipated and had only transitory effects, was the expansionary monetary policy which was implemented as response to the stock market crash in the fall of 1987. While the medium term scenarios published in this Journal in April 1986 correctly anticipated the return of growth and the mechanisms which have caused it, short-term forecasts of the last three years published by the OFCE and other major French and foreign forecasting institutes have consistently under-estimated it. Scenarios realized in April 1986 show that the medium-term effect of the decrease in oil prices and in the value of the dollar were largely dependent on the response of European economic policies to the new situation. Two scenarios were considered. In the first, the surplus would have been used to decrease the level of public indebtness («debt-reduction» scenario). In this case the rate of growth would have been larger than the pre-beneficial oil-shock years, but without stimulating real recovery (2.7% on average from 1988 to 1990). In the second, the surplus would have been used by industrialized countries to reduce total tax revenues («co-ordinated reflation» scenario). In this case, the French rate of growth would have accelerated in the medium run to reach an average rate of 3.7% from 1988 to 1990, with no acceleration of the inflation rate and with strong recovery of business investment (7.6% from 1988 to 1990). The retrospective study of the first part of the article shows that, because of the delay in adjusting fiscal policies, the «debt-reduction scenario» has prevailed in 1987. On the other hand, the effects of the decline in oil prices have been massively exploited in the following years in order to stimulate the recovery as in the «co-ordinated reflation» scenario. The second part of the article analyses errors in short-run forecasts for the same period by major forecasting institutes of industrial countries which are regularly published in the journal Economic Forecasts. These errors depend on the excessive weight given to the recent past and on the influence that forecasters have on each other : each one forecasted slow recovery because everybody else did. This reciprocal influence represents, in the forecasting context, the case of non-cooperative equilibrium (Nash equilibrium) that was at the origin of the long phase of austerity and stagnation in Europe and from which European countries got out as consequence of external shocks (the oil price decline in 1986, the fear of recession as the consequence of the stock market crash in 1987-1988, the immigration from the East in 1989).
Article en ligne http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/ofce_0751-6614_1990_num_31_1_1668