Sign@l - La science aux sources des faux savoirs dans l'espace public

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Titre

La science aux sources des faux savoirs dans l'espace public

Auteur Raymond Boudon
Mir@bel Revue L'Année sociologique
Numéro vol. 63, no 2, 2013 La science, une activité sociale comme une autre ? Controverses autour de l'autonomie scientifique
Rubrique/Thématique
Article posthume
Page 307-341
Résumé Toute science repose sur des principes, par essence indémontrables, et qui peuvent seulement être validés à l'usage, après qu'aient été entreprises des recherches diverses fondées sur ces principes, lesquelles peuvent aboutir ou échouer. Il résulte de cette difficulté, que Montaigne avait déjà clairement identifiée et qui, dit-il, nous met au rouet, que le diagnostic sur la validité, l'absence de validité ou les limites de validité d'un principe ne peut généralement être porté dans le court terme. C'est pourquoi les sciences peuvent donner et donnent normalement cours pour un temps plus ou moins prolongé à des idées fausses. Il faut distinguer ces faux savoirs de ceux qui dérivent de principes dont la fragilité ne fait guère de doute, mais qui continuent de mener leur vie dans l'espace public, comme c'est le cas de l'astrologie, parce qu'ils sont portés par une demande et par des entrepreneurs qui l'exploitent. Du fait que les faux-savoirs issus des difficultés que soulève la validation des principes bénéficient pour un temps plus ou moins long de l'autorité de la science et des scientifiques, ils peuvent avoir et ont effectivement parfois une action sournoise sur la vie sociale et politique bien plus profonde que celle des pseudo-sciences avérées. On esquisse ici de brèves monographies portant sur quelques uns des principes adoptés par les sciences humaines et sociales, celles auxquelles on s'intéressera ici. On n'a aucune peine à comprendre les raisons pour lesquelles elles ont endossé ces principes. Or elles les ont poussé dans leurs déclinaisons contestables à des errements parfois porteurs d'effets politiques et sociaux graves. Les difficultés qui s'opposent à la validation des principes ne justifient toutefois en aucune façon le scepticisme à l'égard des sciences qui tend à prospérer aujourd'hui sous l'influence du postmodernisme, s'agissant aussi bien des sciences humaines et sociales que des sciences de la nature.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais Science as a source of false beliefs in the public domain
All sciences are based on principles that are essentially unprovable, and that can only be validated by practical use, where they are the basis of extensive research that can either succeed or fail. This is a problem that Montaigne had already identified when he said that it is a form of torture, and it means that any assessment of a principle's validity, and the lack of or limits to its validity, cannot usually be made in the short term. This is why science can allow false ideas to emerge and even to continue for some time. But we must distinguish this false knowledge from the sort – such as astrology – that derives from what are well-known to be weak principles, but which continue to persist in the public domain because they are supported by public demand and by the entrepreneurs who exploit it. Because the false knowledge derived from the difficulties involved in validating principles benefits, in the short or longer term, from the authority of science and scientists it can and sometimes does have an insidious and significantly greater effect on social life than the false knowledge of the accepted pseudo-sciences. We provide brief monographs here about some of the principles adopted by the humanities and social sciences that are the subject of this article. There is no problem in understanding why these principles have been endorsed. But in their more questionable forms they have led to bad habits that have had grave political and social effects. The difficulties which validation principles encounter do not justify in any way, however, the thriving contemporary skepticism about science nurtured by postmodernism, in relation to the human and social sciences as much as the natural sciences.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=ANSO_132_0307