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Titre Pouvoir discrétionnaire et politiques sécuritaires : Le chèque en gris de l'État à la police
Auteur Didier Fassin
Mir@bel Revue Actes de la recherche en sciences sociales
Numéro no 201-202, mars 2014 Raisons d'État
Rubrique / Thématique
Actions d'État
Page 72-86
Résumé Les études sur la police tendent à opposer deux thèses, l'une dite de l'insularité, insistant sur le pouvoir discrétionnaire des agents, l'autre dite de l'instrumentalité, les considérant au service de l'autorité publique. L'enquête ethnographique conduite dans la région parisienne sur le travail de patrouille des unités de sécurité publique, et plus particulièrement des brigades anti-criminalité, permet de résoudre cette apparente contradiction entre la vision d'un État dans l'État et la conception du bras armé de l'État. En s'appuyant sur l'observation des pratiques en matière de répression des infractions à la législation sur les stupéfiants et en resituant la fameuse culture du résultat dans le cadre de la réorientation de la politique pénale, il est possible d'établir que, particulièrement dans les quartiers populaires, l'insularisation de l'activité policière constitue le moyen le plus efficace de son instrumentalisation. Ainsi les gardiens de la paix font-t-ils à la fois ce qu'ils veulent et ce que l'on attend d'eux. L'inégale distribution de l'usage de la sanction et de la force au détriment des populations défavorisées principalement d'origine immigrée redouble et légitime l'inégale distribution des ressources sociales. Tout en justifiant son action au nom de la sécurité collective et du bien commun, l'État pénal reproduit ainsi l'ordre social et, paradoxalement, fragilise l'ordre public.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais Discretionary power and security politics
Studies of the police tend to pit two theses against each other : the first is the thesis of the “insularity” of the police and it emphasizes the discretionary power of police agents ; the second is the “instrumentalist” thesis which considers policemen as agents of public authority. Ethnographic fieldwork conducted in the Paris area on the patrolling work of the public safety units of the police, and more specifically anti-crime brigades, makes it possible to solve this apparent contradiction between the notion of a state-within-the-state and the conception of the police as the armed branch of the state. Building upon the observation of repressive practices seeking to enforce legislation on drugs and resituating the notorious “result-driven management” within the context of the general reorientation of penal policy, the article suggests that the insularization of police activity constitutes the best means of its instrumentalization, especially in poor neighborhoods. It is by doing what they want that policemen also do what is expected of them. The unequal distribution of the use of force and of sanction against underprivileged populations composed mostly of recent immigrants overlaps with and legitimizes the unequal distribution of social resources. By justifying its policy in the name of collective security and the common good, the penal state thus reproduces the social order while, paradoxically, weakening public order.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=ARSS_201_0072