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Titre Remise en cause de l'internalisme relatif au droit et à l'obligation légale.Les orientations indiennes classiques
Auteur Sasheej Hegde
Mir@bel Revue Droit et cultures
Numéro no 67, juin 2014 Les cultures à la rencontre du droit : l'Inde
Rubrique / Thématique
Dossier : Les cultures à la rencontre du droit : l'Inde
Page 61-80
Résumé Nous nous efforcerons de produire une lecture réflexive du droit et de l'obligation légale selon les orientations classiques « indiennes » sur cette question, prenant comme point de départ les réflexions sous-jacentes à l'ouvrage précurseur de l'universitaire français Robert Lingat qui avait cherché à décrire une condition antérieure du droit en Inde. Celle-ci, bien que ne devant nullement son existence à des actes législatifs ou à des décisions judiciaires, est pourtant dotée d'une force contraignante qui n'est pas interne. Ayant substitué la notion d'autorité à celle de légalité, le système judiciaire classique de l'Inde est une anomalie dans le sens le plus fort du terme ; et, en tant que tel, illustre une forme forte d'extériorité suscitée par la fermeture sur elle-même du système classique. En effet, prendre au sérieux l'affirmation de Lingat selon laquelle le devoir et l'autorité sont constitutifs des notions de droit et d'obligation légale classiques nécessite de donner un sens à cette « extériorité » et à la manière dont nous nous en chargeons en tant que théoriciens dont la tâche est d'articuler les limites du droit dans des contextes historiques et culturels. Notre lecture réflexive du droit et de l'obligation légale va contourner deux écueils. Le premier est la recherche étymologique du terme sanskrit de dharma, recherche dont nous sommes totalement incapable. Bien que conservant la référence de manière générale à ce que les spécialistes du sanskrit considèrent comme sa signification première, ce terme servira avant tout de guide permettant d'orienter une recherche sur la normativité du droit et son cadre associé d'obligation légale. Le second piège est d'échanger la notion d'« internalisme » à propos du droit et de la morale/éthique, avec celle d'une analyse abstraite de la « force obligatoire » des normes légales. À ce propos, les examens de la nature du droit au sein de certaines écoles de philosophie du droit et de la jurisprudence occidentales ne sont pas seulement hautement métaphoriques mais elles cachent ce qui est en fait un champ indéterminé de discussion à propos des conditions nécessaires et suffisantes pour ce qui s'apparente au droit à travers le temps et les cultures.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais My effort here is to produce a reflexive reading of law and legal obligation as informed by classical «Indian» orientations on the question. I take as a point of departure the reflections encoded in the seminal work of the French scholar Robert Lingat who has sought to described a prior condition of the law in India which, while not owing its existence either to legislative acts or to judicial decisions, is yet armed with a power of constraint that is not internal to it. Having substituted the notion of authority for that of legality, the classical legal system of India is anomalous in the strong sense of the term; and, as such, illustrates a strong form of exteriority called forth by the self-closure of the classical system. Indeed, taking seriously Lingat's claim that duty and authority are constitutive for classical Indian notions of law and legal obligation requires making sense of this ‘exteriority' and of how, as theorists given over to articulating the boundaries of law in given historical and cultural contexts, we are to deal with it.Doubtless, my reflexive reading of law and legal obligation as informed by classical Indian notions will steer clear of two pitfalls. The first is an etymological inquiry into the Sanskrit term dharma, an inquiry for which I am anyway totally unequipped. Although reference will be made in a general way to what Sanskritists take to be its initial meaning, this term will function primarily as a guidepost orienting an inquiry into the normativity of law and its associated frameworks of legal obligation. The second trades in the notion of an «internalism» about law and morality/ethics for that of an abstract examination of the ‘binding force' of legal norms. On this view, examinations of the nature of law within determinate schools of legal philosophy and Western jurisprudence are not only largely metaphorical but they also conceal what is in effect an indeterminate ground of debate about the necessary and sufficient conditions for what counts as law over time and across cultures.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne http://droitcultures.revues.org/3329