Sign@l - Les citadins, un désir de nature « sous contrôle », « fleurie et propre »

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Les citadins, un désir de nature « sous contrôle », « fleurie et propre »

Auteur Amélie Robert, Jean Louis Yengué
Mir@bel Revue Métropoles
Numéro no 22, 2018
Résumé Les espaces de nature participent à la qualité de vie en ville : l'idée est désormais acquise ; les bénéfices pour les usagers sont nombreux. Les villes en ont conscience et elles utilisent ces espaces comme argument de séduction, pour attirer de nouveaux habitants ; leurs élus les exploitent aussi, comme argument électoral. Les espaces verts concourent à améliorer l'image des villes, à les rendre attractives.Dans le cadre du projet de recherche SERVEUR, financé par la région Centre-Val de Loire, nous nous sommes intéressés aux services écosystémiques culturels et à la consommation des espaces de nature dans des villes moyennes. Dans cet article, nous interrogeons plus particulièrement cet attrait exercé par les espaces verts : quelle nature en ville le citadin désire-t-il ? Cette nature prend des formes diverses, du parc d'agrément fortement ordonné aux bois et parcs naturels, où la végétation croît plus spontanément. Quel type d'espaces verts les citadins plébiscitent-ils le plus ? Comment les gestionnaires intègrent-ils cette préférence ? Afin d'identifier la demande de nature des citadins, à travers leurs usages et perceptions, et les pratiques de gestion résultantes, mises en place par les acteurs municipaux, nous avons mené des observations et entretiens dans six villes moyennes de la région Centre-Val de Loire. De ce travail, il ressort que la nature urbaine doit être maîtrisée, pour les deux publics, mais les justifications diffèrent.Pour les habitants, l'espace vert urbain est d'abord un espace de quiétude, récréatif, sécurisé et entretenu. Les usages confirment cette idée. Les bois et espaces semi-naturels sont moins fréquentés que les parcs d'agrément. Le citadin déclare apprécier la nature. Il réclame sa présence en ville. Mais il se plaint aussi des désagréments engendrés auprès des gestionnaires : il veut une nature qui ne salit pas et voit dans le développement spontané de la végétation un manque d'entretien. Pour les gestionnaires, la perception de la nature par le citadin est antinomique ; il veut les avantages sans les inconvénients. Il désire en fait une nature « sous contrôle ».Les acteurs municipaux chargés des espaces verts abondent dans le même sens. Ils déclarent vouloir « plus de nature », mais devoir se conformer aussi aux attentes des citadins. En effet, les gestionnaires souhaitent que leurs espaces verts soient fréquentés et les élus ont intérêt à satisfaire la demande de leurs électeurs. Alors que la gestion différenciée s'impose dans toutes les villes, encouragée par les politiques publiques, les espaces verts, même les moins entretenus, ne doivent pas apparaître négligés aux yeux des habitants. Les dynamiques naturelles sont encadrées pour éviter toute « dérive » (herbes hautes, chute de feuilles, pollen…).Les gestionnaires tentent de satisfaire le désir de nature urbaine qu'exprime le citadin, un désir paradoxal qui laisse finalement bien plus de place à une nature maîtrisée, « sous contrôle » qu'à une nature spontanée.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais Natural spaces contribute to the urban quality of life: the idea is now assured. They provide numerous benefits to the users. Cities are aware and they use these spaces as seductive argument to attract new inhabitants. Their elected representatives also exploit them as electoral argument. Green spaces play a part in improving the image of cities, to make them attractive.In the framework of the research project SERVEUR, funded by the French region Centre-Val de Loire, we focused on cultural ecosystem services and the use of natural spaces in medium cities. In this article, we particularly question the attraction exerted by green spaces: what kind of urban nature city dweller wants? This nature comes in various forms, from the ornamental garden, which is highly ordered, to the forest and natural park, where vegetation grows more spontaneously. What urban green spaces city dwellers approve better? How managers integrate this preference? We conducted observations and interviews in six medium cities in the French region Centre-Val de Loire, with two purposes:- to know the request of nature from city dwellers, through their uses and accounts,- to identify the resulting management practices, which municipal actors implement.This work shows that urban nature must be “under control” for both publics but their justifications are different.For inhabitants, the urban green space is first a quiet, recreational, secured and maintained space. Uses confirm this idea. Forests and semi-natural areas are less busy than ornamental gardens. City dweller declares that he appreciates nature. He asks for its presence in the city. But he also complains to managers about resulting inconveniences: he wants a nature, which doesn't get dirty and he considers the spontaneous development of vegetation as a lack of maintenance. For managers, the perception of nature by city dweller is antagonistic; he wants benefits without disadvantages. In fact, he wants a nature “under control”.The municipal actors in charge of green spaces argue in the same direction. They say that they want “more nature” but that they also have to meet the expectations of city dwellers. Indeed, managers want that their parks are used and the elected representatives have an interest to meet the request of their electors. While differentiated management, with a declining use of chemical pesticides, stands out in all cities in France, encouraged by public policies, green spaces, even the less maintained ones, should not appear neglected for inhabitants. The natural dynamics are supervised to avoid “excesses” (tall grasses, fall of leaves, pollen...).The managers try to meet the desire of urban nature that city dweller shows. This desire is paradoxical and leaves more space to a managed nature, a nature “under control” than a spontaneous one.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne http://journals.openedition.org/metropoles/5619