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Titre Англоязычие Набокова как феномен русской словесности
Auteur Maria Virolainen
Mir@bel Revue Revue des Etudes Slaves
Numéro Vol. 72, no 3-4, 2000
Rubrique / Thématique
Nabokov dans le miroir du XXe siècle, sous la direction de Nora Buhks
 Articles
Page 505-512
Résumé La langue anglaise de Nabokov en tant que phénomène de la littérature russe Le fait que Nabokov ait abandonné la langue russe pour la langue anglaise est considéré dans cette étude comme un événement historique pour la littérature russe, qui, dans le cadre de son histoire, a ses précédents et ses conséquences. On retrouve ces précédents non seulement dans des biographies concrètes d'écrivains mais aussi dans des sujets et gestes littéraires. Dans la littérature russe du XIXe siècle, l'idée de l'abandon liée au refus de toute forme de vie antérieure est particulièrement prisée (comme, par exemple, le départ de Fedor Kuzmin ou le départ de Lev Tolstoj, etc.). Dans cette logique, « l'abandon de la langue » apparaît comme une variante de cette idée. Elle s'exprime en tant que sujet lyrique dans le poème de Mandelštam K nemeckoj reči et en tant qu'acte réel dans le destin de Dobroljubov. L'abandon d'une langue peut donc être considéré comme une transition vers une autre existence (Anderssein d'après Hegel). Xlebnikov décrit ainsi le glissement qui se produit de la parole vers le nombre (comme une autre dimension de l'existence du mot) et, après, du nombre vers la parole sacrée du zaum. L'abandon d'une langue et la transition vers une autre existence se produisent dans le but d'atteindre une transformation radicale. En choisissant la langue anglaise pour écrire la Vraie Vie de Sebastian Knight, Nabokov crée, dans le cadre de son roman, le mythologème de son anglicisme personnel comme une forme de sa propre existence intime et linguistique. Il souligne de nouveau dans Ada que son anglais est une métamorphose du russe. La Russie elle-même et ses traditions prennent la dimension d'une autre existence. La langue anglaise de Nabokov s'avère être un moyen de résistance face aux tendances conservatrices de la littérature russe de l'émigration qui s'efforce de sauvegarder les traditions d'une Russie disparue dans le néant. Mais, en même temps, cette attribution des traits d'une autre existence à la langue russe renie le renouvellement de la langue qui a lieu dans la Russie soviétique. En tant que chaînon de transition d'un statut à un autre, cette forme d'existence se révèle être productive. Parfois, elle n'est pas perçue seulement comme un moment de transition, mais aussi comme une nouvelle qualité recherchée, un nouveau statut. On peut observer cette dernière tendance, pleine de dangers, dans la littérature russe héritière de l'influence nabokovienne.
Source : Éditeur (via Persée)
Article en ligne https://www.persee.fr/doc/slave_0080-2557_2000_num_72_3_6681