Sign@l - Citadinités et droits à la ville au Sud : les minorités à l'épreuve de l'invisible (Maputo, Rio de Janeiro, Mexico)

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Titre

Citadinités et droits à la ville au Sud : les minorités à l'épreuve de l'invisible (Maputo, Rio de Janeiro, Mexico)

Auteur Laurent Faret, Catherine Fournet-Guérin, Karine Ginisty, Aurélia Michel, Anna Perraudin
Mir@bel Revue Annales de géographie
Numéro no 729-730, 2019/5-6 Droit à la ville au Sud et construction des légitimités ordinaires
Rubrique/Thématique
Articles
Page 110-134
Résumé Cet article se propose d'analyser les formes d'invisibilité de groupes stigmatisés (migrants, minorités racialisées, prostituées) dans différentes capitales de pays dits du Sud. Dans des contextes de domination (autoritarisme politique, marginalisation sociale et spatiale) dans lesquels contester les injustices subies serait trop coûteux, voire dangereux, l'invisibilité peut constituer une stratégie inscrite dans la vie quotidienne, qui permet de consolider sa présence et de se projeter en ville en épousant les figures citadines légitimes. Il n'y a alors pas de mobilisation collective autour de la reconnaissance des groupes ou du renversement des figures du stigmate, mais plutôt des stratégies d'anonymisation et de banalisation, qui se donnent à voir dans des pratiques de l'espace urbain, des habitudes et des expériences ordinaires. Il s'agit alors de s'interroger sur les formes et les conditions de cette invisibilité. On montrera que ces groupes peuvent accéder à des formes de tranquillité dans la manière d'être citadins, et ce en dépit même de leur vulnérabilité. C'est même leur seule possibilité pour affirmer leur place en ville et ainsi acquérir une forme de légitimité aux yeux des autres citadins. Loin d'être envisagé de manière normative ou revendicative, le droit à la ville prend alors la forme d'un droit à la discrétion, à être là, à vivre en ville comme n'importe quel autre. Les auteurs confrontent des expériences de terrain issues de trois villes (Maputo, Rio de Janeiro, Mexico), mettant ainsi en relation des contextes latino-américains et africains souvent séparés dans la littérature scientifique.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais This paper deals with the ways stigmatised groups living in different capital cities of countries of the South resort to various forms of invisibility in public spaces. Such groups are either migrants, ethnic and internal ones as well as foreigners, racialised minorities or prostitutes. The main local political contexts are characterized by domination processes such as authoritarianism, or social and spatial marginalization based on stigmas. In such contexts in which it is often too painful or even dangerous to criticize injustices, subaltern and subordinated people can use invisibility as a strategy embedded in their everyday life as a way to consolidate their presence in the city and to integrate the city life by behaving like legitimate city dwellers. These people do not mobilize politically speaking nor protest as a group as a whole. They do not try to overcome the stigma but they develop strategies based on anonymization and normalization in order to be seen as ordinary urban dwellers. These strategies can be observed in spatial practices such as routines or daily urban experiences. The main purpose of this paper is to analyse the forms of these invisibility strategies in urban spaces at different levels and at different moments of the day, of the week, of the year, taking temporality into account. The Authors argue that these groups can accede to quiet ways of being urban dwellers despite their very vulnerability. Moreover invisibility strategies are the only way to assert their place in the urban places and to accede to legitimacy in the eyes of the other urban dwellers. From this perspective the right to the city is considered neither as a normative nor a reclamatory process but as a right to discretion, to be there and to live in the city as anyone else. The Authors use field-based analyses conducted under qualitative methods such as interviews and observations in three cities, Mexico City (Mexico), Maputo (Mozambique) and Rio de Janeiro (Brazil). By doing this they seek to make theoretical and empirical connections between Latin-American and African contexts which are often separated in the academic literature.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=AG_729_0110 (accès réservé)