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Titre Mémoire reconnue et mémoires méconnues du conflit armé colombien : le cas du massacre de Trujillo
Auteur Julie Lavielle
Mir@bel Revue Critique internationale
Numéro no 88, juillet-septembre 2020
Rubrique / Thématique
Varia
Page 71-90
Résumé Si la construction de récits publics sur les passés violents est amplement étudiée, la manière dont ces récits interfèrent avec les représentations des groupes auxquels ils s'adressent et dont ils parlent reste peu explorée. Les rapports entre les mémoires locales du massacre du village colombien de Trujillo et une mémoire historique élaborée par une association de victimes qui a acquis une reconnaissance nationale et internationale sont étudiés ici dans une perspective de sociologie de la mémoire. L'enquête empirique révèle qu'il existe un décalage entre cette mémoire historique et les mémoires locales. La faible légitimité de l'association dans le village et l'étiolement des relations entre ses membres ouvrent en effet la voie à une pluralité de façons de se remémorer le massacre. Dès lors apparaissent les limites du récit commun centré sur la souffrance des victimes que l'État colombien essaie de construire depuis les années 2000 : si la douleur des victimes et la construction de la paix semblent être des impératifs à l'échelle nationale, la violence est localement perçue comme fatale et demeure parfois justifiée par les habitants.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais While the construction of public accounts of violent pasts has been extensively studied, little attention has been given to the manner in which these accounts interfere with the representations of the groups for which they are intended and about which they speak. The present article draws upon the sociology of memory to study the relations between local memories of the massacre of the Colombian village of Trujillo and the historical memory of the same events developed by a nationally and internationally recognized victims' association. Empirical study reveals that a discrepancy exists between this historical memory and the local memories. For the limited legitimacy enjoyed by the association in the village and the deterioration of relations between its members has opened the way to multiple ways of recollecting the massacre. In so doing, it reveals the limits of the Colombian state's efforts since the 2000s to construct a shared narrative based on the suffering of victims: while recognizing their pain and constructing peace appear to be imperatives at the national level, the violence is seen as inevitable at the local level and is still sometimes justified by the inhabitants.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne http://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=CRII_088_0071