Contenu de l'article

Titre Déformation militante du travail médical : À propos des conflits entre médecins et profanes autour de la pratique de l'avortement (1972-1984)
Auteur Lucile Ruault
Mir@bel Revue Actes de la recherche en sciences sociales
Numéro no 248, juin 2023 La formation comme champ de lutte
Page 46-61
Résumé Les groupes du Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) qui fleurissent en 1973-1974 en France défendent, pour forcer le changement de loi, une activité abortive non clandestine, qui en vient à façonner une part substantielle de la formation militante. une approche localisée des MLAC révèle que la transmission des savoirs abortifs divise, et même cristallise les luttes de sens au sein du mouvement. En particulier, les bornes de la formation sont un nœud de tensions entre médecins et non-médecins. Alors que la formation pourrait subvertir la division des rôles, elle semble aboutir à la fabrique de savoirs spécialisés et à la clôture du groupe professionnel. De sorte que « la pratique » polarise les attentes : est-elle un état transitoire destiné à faire de l'avortement un « acte médical comme les autres », ou bien une action politique pérenne pour l'accès des femmes à l'autodétermination de leur corps ? Reposant sur une vaste enquête par entretiens et archives sur divers MLAC, cet article analyse la formation à la pratique abortive comme terrain de luttes internes. Il interroge la définition conflictuelle du public légitime de la formation (sélectionner ou massifier ?), avant de montrer comment les groupes aux intérêts différenciés qui en résultent (MLAC à majorité médicale ou profane) développent des usages et sens divergents de la passation de savoirs. Se dégagent alors deux modes de formation d'ordre idéal-typique : la dissociation entre soins et techniques versus leur union.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais The groups of the Mouvement pour la liberté de l'avortement et de la contraception (MLAC) that flourished in France in 1973-1974 defended, in order to force a change in the law, a non-clandestine abortion activity which came to shape a substantial part of the activist training. A localized approach to the MLACs reveals that the transmission of abortion knowledge divides, and even crystallizes, struggles over meaning within the movement. In particular, the boundaries of training are a nexus of tension between doctors and non-physicians. While training could subvert the division of roles, it seems to result in the fabrication of specialized knowledge and the closure of the professional group. As a result, «the practice» polarizes expectations: is it a transitory state intended to make abortion a «medical act like any other», or is it a perennial political action for women›s access to self-determination over their bodies? based on an extensive interview and archival survey of various MLACs, this article analyzes abortion training as a terrain of internal struggle. It questions the conflicting definition of the legitimate training audience (select or massify?), before showing how the resulting groups with differentiated interests (MLACs with a medical majority or lay people) develop divergent uses and meanings of knowledge transfer. two ideal-typical modes of training then emerge: the dissociation between care and techniques versus their union.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=ARSS_248_0046 (accès réservé)