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Titre Face à la raison d'État. Un historien dans les archives de la guerre d'Algérie
Auteur Marc André
Mir@bel Revue 20 & 21. Revue d'histoire
Numéro no 161, janvier-mars 2024 Le franquisme en Hexagone (1936-années 1950)
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Page 157-171
Résumé À la charnière des années 2020, la guerre d'Algérie est revenue sur le devant de l'actualité pleine de ses contradictions. Alors que le président de la République entendait pacifier la question algérienne en facilitant l'ouverture des archives, les administrations s'employaient à les refermer. Obligation de déclassification des documents secret-défense (IGI 1300), imposition du secret pour les archives relatives au renseignement (loi PATR) ont suscité des mobilisations d'historiens, juristes et archivistes pour combattre ce déploiement de la raison d'État sur le terrain des archives. Le décret du 22 décembre 2021, dit de dérogation générale, a par contre suscité l'enthousiasme. Il entendait ouvrir avec quinze ans d'avance les archives policières et judiciaires relatives à la guerre d'Algérie. Or, dans la pratique, cette dérogation est apparue pour ce qu'elle était : un trompe-l'œil. Cet article entend examiner les effets des trois alinéas restrictifs apportés au décret (minorité juridique, protection des agents de renseignement et intimité sexuelle) en menant une réflexion double sur la guerre et sur ses archives. Dès lors, on remarque que la raison d'État des années de guerre se trouve inversée dans les archives par le nouveau décret : dans le premier cas, la raison d'État supposait un non-respect des droits de la personne pour la défense d'un intérêt supérieur à l'État ; dans le second, les droits de la personne mis en avant pour fermer les archives reproduisent la logique de la raison d'État. Avec le décret du 22 décembre 2021, la violence réelle de la guerre est redoublée par une violence symbolique dans les archives.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais At the turn of the 2020s, the Algerian War returned to the forefront of public debate, with all of its attendant contradictions. While the President of the Republic sought to turn the page on this moment in the country's history by opening up previously classified archives, his administration endeavored to preserve secrecy. General interministerial order 1300 forced the declassification of top-secret documents, while the anti-terrorism law passed on July 30, 2021 imposed further restrictions on archives related to intelligence. This prompted historians, jurists, and archivists to mobilize against the government's invocation of the “reason of State.” On December 22, 2021, amidst much public support, a general derogation was passed by decree that ostensibly aimed to remove restrictions on the legal and judicial archives related to the Algerian War —a full fifteen years ahead of the initially proposed date. As this article maintains, however, this decree was little more than a smokescreen. From the two-fold perspective of examining both the war and its archival materials, this article investigates the impact of three restrictive paragraphs added to the December decree that deal specifically with the protected categories of legal minors, protected intelligence agents, and persons involved in intimate and sexual affairs. This article argues that a new “reason of State” emerged with the December 2021 decree, inverting the paradigm that had prevailed during the Algerian War. While the former had subordinated the rights of individuals to the higher interests of the State and thus sealed off many archival resources, today's policies actually seek to bar archival access on the basis of those same individual rights, thus reproducing the State's logic. With the December 22, 2021 decree, the real violence of the Algerian War is thus repeated in the symbolic violence of State archival control.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne https://shs.cairn.info/revue-vingt-et-vingt-et-un-revue-d-histoire-2024-1-page-157?lang=fr