Contenu de l'article

Titre Le prix de l'inflation : Perspectives 2023-2024 pour l'économie française
Auteur Éric Heyer, Xavier Timbeau
Mir@bel Revue Revue de l'OFCE (Observations et diagnostics économiques)
Numéro no 180, 2023 Perspectives économiques 2023-2023
Rubrique / Thématique
Partie II. Prévision
Page 139-176
Résumé La reprise de l'activité post-Covid a été violemment freinée par de multiples événements, en premier lieu les conséquences de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. La crise énergétique, le retour du spectre de l'inflation, les tensions internationales et les difficultés d'approvisionnement, la remontée brutale des taux… l'ensemble de ces chocs amputeraient la croissance du PIB de 3 points sur trois ans malgré les mesures budgétaires déployées. Si le reflux des prix de l'énergie depuis le pic de l'été 2022 devrait permettre d'éviter officiellement une récession, l'économie française ne devrait cependant croître que de 0,8 % en 2023, marquée encore par la diffusion du choc monétaire et énergétique. En 2024, sous l'hypothèse d'une relative stabilité des prix de l'énergie et sans crise financière majeure, la croissance du PIB serait de 1,2 %. La croissance de l'activité serait principalement amputée par la diffusion de la hausse des taux et une politique budgétaire plus restrictive. Tirée par les prix de l'alimentaire, l'inflation resterait élevée jusqu'à la fin de l'année 2023 oscillant entre 5,5 % et 6,5 %. Elle commencerait à se dégonfler seulement à partir de 2024 pour converger vers les 3 % à la fin de l'année prochaine. Au total, l'inflation mesurée par l'IPC, augmenterait en moyenne de 5,8 % en 2023 et de 3,8 % en 2024. Le pouvoir d'achat par unité de consommation baisserait de 1,2 % sur la période 2022-2024. Il reviendrait en 2024 à un niveau proche de 2019 malgré les mesures fiscales déployées. Le taux d'épargne des ménages, encore près de 3 points au-dessus de son niveau de 2019 à la fin 2022, convergerait vers son niveau d'avant-crise à l'horizon de la prévision, soutenant ainsi la consommation. La « surépargne » accumulée depuis le début de la crise Covid représenterait 12,6 % de leur revenu annuel, hors taxe inflationniste sur le patrimoine, à la fin de l'année 2024. Le climat des affaires des entreprises contraste avec les déficits extérieurs historiques. Cependant, le moindre restockage et la stabilité attendue du taux d'investissement, couplés à un rattrapage partiel des parts de marché avec notamment l'amélioration de la situation dans l'aéronautique, permettrait au commerce extérieur de contribuer positivement à la croissance au cours des trimestres à venir. L'année 2023 devrait être l'année du retournement du marché du travail, le taux de chômage augmentant à partir du second semestre, avec la baisse de l'apprentissage et la hausse de la durée du travail. Nous attendons 101 000 pertes d'emplois entre la fin de l'année 2022 et celle de 2024 et un taux de chômage à 7,9 % à la fin de l'année prochaine (contre 7,2 % actuellement). Cependant la productivité du travail ne retrouverait pas sa tendance d'avant-crise d'ici la fin 2024, révélant un cycle de productivité encore largement creusé. Le déficit public à 4,7 % du PIB en 2022, plus bas que prévu dans le PLF 2023, diminuerait légèrement, sous l'effet de l'extinction progressive des mesures sanitaires et énergétiques pour atteindre 4 % du PIB en 2024. Le ratio entre dette publique et PIB baisserait, passant de 111,6 % en 2022 à 107,8 % en 2024, ce dernier bénéficiant d'une croissance du PIB nominal vigoureuse avec la hausse marquée des prix du PIB. L'inflation élevée relève compta-blement le niveau de déficit qui stabilise la dette en points de PIB, allégeant ainsi le poids de la dette.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais The post-Covid recovery has been severely hampered by a number of events, starting with the impact of Russia's invasion of Ukraine. The energy crisis, the return of the spectre of inflation, international tensions and supply difficulties, the sudden rise in interest rates... this series of shocks is likely to cut GDP growth by 3 points over the next three years, despite the fiscal steps taken. Although the fall in energy prices since the peak in the summer of 2022 should make it possible to avoid an official recession, France's economy is nevertheless expected to grow by only 0.8% in 2023, as it continues to suffer from the monetary and energy shocks. In 2024, assuming relatively stable energy prices and no major financial crisis, GDP growth should be 1.2%. A pickup in activity will be cut back mainly by the diffusion of higher interest rates and a more restrictive fiscal policy. Driven by food prices, inflation is expected to remain high until the end of 2023, fluctuating between 5.5% and 6.5%. It will start to ease only from 2024 onwards, converging towards 3% by the end of next year. Overall, CPI inflation should rise by an average of 5.8% in 2023 and 3.8% in 2024. Purchasing power per consumption unit is likely to fall by 1.2% over the period 2022-2024. By 2024, it should return to a level close to that of 2019, despite the tax measures taken. The household savings rate, still almost 3 points above its 2019 level at the end of 2022, should converge towards its pre-crisis level by the forecast horizon, thereby supporting consumption. The “excess savings” accumulated since the start of the Covid crisis will represent 12.6% of households' annual income, excluding the inflationary wealth tax, by the end of 2024. Business sentiment contrasts with the historic external deficits. However, the lower level of inventory restocking and the expected stability in the rate of investment, coupled with a partial recovery in market shares, notably with the improved situation in the aerospace industry, should enable foreign trade to make a positive contribution to growth over the coming quarters. The year 2023 should see a turnaround in the labour market, with the unemployment rate rising from the second half of the year onwards as apprenticeships decline and working hours rise. We expect 101,000 job losses between the end of 2022 and the end of 2024, and an unemployment rate of 7.9% at the end of next year (compared with 7.2% at present). However, labour productivity is not expected to return to its pre-crisis trend by the end of 2024, revealing a productivity cycle that is still well entrenched. At 4.7% of GDP in 2022, the public deficit is lower than forecast in the 2023 budget bill, and it should fall slightly as the health and energy measures are gradually phased out, to reach 4% of GDP in 2024. The ratio of public debt to GDP is set to fall from 111.6% in 2022 to 107.8% in 2024, with the latter benefiting from vigorous nominal GDP growth and a marked rise in GDP prices. In accounting terms, high inflation pushes up the level of the deficit, which stabilises the debt in GDP points, thereby lightening the debt burden.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne https://shs.cairn.info/revue-de-l-ofce-2023-1-page-139?lang=fr