Titre | Le corps du boxeur à l'ère nazie | |
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Auteur | Stéphane Hadjeras | |
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Revue | Sociétés & Représentations |
Numéro | no 58, 2024/2 L'entretien du corps | |
Rubrique / Thématique | Les corps et la consommation dans l'univers sportif |
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Page | 181-201 | |
Résumé |
La politique « d'hygiène raciale », édifiée par l'Allemagne nazie, accorde une grande importance à l'idéal d'un corps esthétique et sain. À l'instar du Grec antique, dont il serait le descendant, l'homme national-socialiste est sommé de consacrer à son corps un véritable culte. Par-delà la glorification du beau et la volonté de s'opposer au contretype sémite ou slave, cette injonction vise également à régénérer le mâle germain en perspective d'un horizon guerrier inéluctable. Pour accomplir ce dessein, les nazis recommandent la pratique intensive des sports et particulièrement ceux de combat. Parmi ces derniers, la boxe occupe une place singulière. Loin d'être un simple divertissement brutal, cette discipline est, à leurs yeux, l'une des plus complètes et des plus formatrices qui soient. Ainsi, elle est mise à l'honneur dans la SA, le docteur Goebbels la loue et utilise régulièrement sa puissance évocatrice dans ses discours, et surtout Hitler en vante longuement les vertus dans Mein Kampf. Mais, alors que les Anglais, inventeurs du noble art, évaluent l'éminence pugilistique à la capacité du combattant à percuter sans être touché, autrement dit à sa faculté à esquiver pour mieux remiser, les chemises brunes portent au pinacle les boxeurs résistants qui acceptent le combat sans reculer et encaissent les chocs sans céder. En effet, à l'image de la pratique pugilistique des Achéens, les nazis envisagent la boxe comme une propédeutique à la guerre. Comme le pense Hitler, par son biais, le garçon jeune et sain « doit apprendre à supporter les coups » et ainsi aguerrir son organisme de futur soldat en vue d'un sacrifice inéluctable au dieu Bellum. Source : Éditeur (via Cairn.info) |
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Résumé anglais |
Nazi Germany's policy of “racial hygiene” placed great emphasis on the ideal of a healthy, aesthetic body. Following in the footsteps of the ancient Greeks, from whom they were said to be descended, national-socialist men were called upon to devote a veritable cult to their bodies. Beyond the glorification of beauty and the desire to oppose the Semitic or Slavic countertype, this injunction also aimed to regenerate the Germanic male with a view to an inevitable war horizon. To achieve this goal, the Nazis recommended the intensive practice of sports, particularly combat sports. Among these, boxing occupied a singular place. Far from being just a brutal form of entertainment, in their eyes boxing was one of the most complete and formative disciplines available. It was given pride of place in the SA, Dr Goebbels praised it and regularly used its evocative power in his speeches, and above all Hitler extolled its virtues at length in Mein Kampf. But while the English, the inventors of the noble art, judged pugilistic eminence by the fighter's ability to hit without being hit, in other words, his ability to dodge in order to get away, the Brown Shirts put the pinnacle on the shoulders of resistant boxers who accepted the fight without backing down and took the blows without giving in. Indeed, like the pugilistic practice of the Achaeans, the Nazis see boxing as a preparation for war. In Hitler's view, boxing was a way for young, healthy boys to “learn to take a beating” and thus harden their bodies as future soldiers with a view to their inevitable sacrifice to the god Bellum. Source : Éditeur (via Cairn.info) |
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Article en ligne | https://shs.cairn.info/revue-societes-et-representations-2024-2-page-181?lang=fr (accès réservé) |