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Titre Un fantôme dans la machine. Esprit de corps et survie de l'État chez Bourdieu et Deleuze-Guattari
Auteur Céline Hervet
Mir@bel Revue Astérion
Numéro no 31, 2024 L'esprit de corps
Rubrique / Thématique
Dossier
Résumé Transposant sur le plan politique le problème épineux de l'union du corps et de l'esprit, cet article s'interroge sur ce qui produit la cohésion du corps politique, à travers une enquête sur la genèse et la survie de l'institution étatique au prisme de la notion d'esprit de corps. Si Bourdieu s'appuie sur les travaux de Kantorowicz pour penser la genèse de l'État moderne à travers la sécularisation progressive de l'idée d'incarnation du corps collectif par le souverain sous la forme d'une adhésion sans faille au corps collectif incorporé qui se donne à voir dans le lien indéfectible unissant entre eux par-delà le temps et la mort les membres des grands corps de l'État ; Deleuze et Guattari, dans leur hétérogenèse de l'État, mobilisent Ibn Khaldûn, qui confère à l'esprit de corps un rôle moteur dans l'histoire des États, leur croissance comme leur déclin. Le croisement de ces deux corpus met au jour l'ambivalence de l'esprit de corps, ferment d'union et de cohésion du corps politique nécessaire à la naissance comme à la survie de l'État, mais qui, par sa nature même, peut le fragiliser. Soit que ce lien qui unit les individus se distende au sein de la société civile à mesure que les relations contractuelles supplantent les liens affectifs. Soit qu'en favorisant une autonomisation de certains groupes au sein même de l'appareil d'État et de la société, il hante la machine de l'État comme un fantôme et menace son unité et la préservation de l'intérêt général dont il est le garant.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais Transposing the thorny issue of the union of body and mind onto the political plane, this article investigates what produces the cohesion of the body politic through an inquiry into the genesis and survival of the institution of the State in light of the concept of esprit de corps. While Bourdieu draws on the work of Kantorowicz to consider the genesis of the modern State through the gradual secularisation of the idea of the sovereign's embodiment of the collective body in the form of unfailing adherence to the incorporated collective body, manifested in the indefectible bond that unites the members of the senior branch of the civil service, beyond time and death. Deleuze and Guattari, in their heterogenesis of the State, draw on Ibn Khaldûn, who sees the esprit de corps as the driving force behind the history of states, both in terms of their growth and decline. The cross-reading of these two works highlights to light the ambivalence of the esprit de corps, the leaven of union and cohesion of the body politic necessary to the birth and survival of the State, which can undermine it by its very nature. Either this bond that unites individuals is weakened within civil society as contractual relations supplant affective ties or, by encouraging the autonomy of specific groups within the state apparatus and society itself, it haunts the state machine like a ghost, ultimately threatening its unity and the preservation of the general interest of which it is the guarantor.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/asterion/11242