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Titre L'échelon manquant ? Les archives municipales en Algérie : histoire de fonds et possibilités historiographiques
Auteur Thierry Guillopé
Mir@bel Revue L'année du Maghreb
Numéro no 32, 2024 Dossier spécial : les 20 années du Maghreb
Rubrique / Thématique
Varia
Résumé Après d'autres, cet article articule pour l'Algérie l'histoire de dépôts municipaux, la présentation des archives qu'ils recèlent et des pistes de recherche qu'ils autorisent. Il s'inscrit plus généralement dans le sillage de travaux de plus en plus nombreux qui croisent, de façon étroite, réflexions archivistiques et historiques. D'une part, penser ensemble les archives et les dynamiques coloniales et impériales a fait l'objet de recherches particulièrement stimulantes, qu'elles soient transversales ou relatives à des terrains plus spécifiques. D'autre part, les « archives urbaines » forment un objet de recherche en tant que tel. Les recherches sur l'histoire de l'Algérie des XIXe et XXe siècles sont de leur côté en plein renouvellement. Les documents sur lesquels elles se fondent ont été produits par des individus et des institutions très variés. Ils sont actuellement éparpillés, pour l'essentiel, entre l'Algérie et la France. Toutefois, les papiers produits par les municipalités manquent toujours à l'appel. C'est pourquoi leur repérage, leur description et leur analyse sont indissociables d'une histoire de leur archivage (Bloch, 1932). L'enjeu n'est pas seulement d'explorer ces fonds ; il est aussi d'en comprendre les logiques de conservation, de destruction et de classement, pour mieux en circonscrire l'intérêt historiographique.Une histoire sommaire de la culture archivistique en Algérie, de 1830 à nos jours, constitue un premier temps de ces réflexions. Les individus s'occupant des papiers municipaux, encore tous inconnus de l'historiographie, sont ici mis en avant. L'importance de leurs réseaux et de leurs formations sur leurs pratiques archivistiques est notamment interrogée. Il en va de même des lieux d'entreposage et des déménagements successifs qui forment le cadre matériel de la conservation. Ces individus, ces lieux et ces pratiques sont saisis à partir d'une myriade de traces éparpillées entre l'Algérie et la France. Les archives des services responsables de la préservation des fonds forment l'une des sources essentielles de ce travail. Elles consistent en rapports annuels des conservateurs, en rapports d'inspection de leur tutelle ou encore en bordereaux de versement. Tous ces documents sont d'une grande richesse pour comprendre la « mise en archive » (Chabin, 2021). Bulletins municipaux, annuaires et rapports administratifs permettent également de comprendre les lieux, les acteurs et les institutions à l'œuvre. De plus, la presse est mobilisée pour éclairer divers événements et trajectoires essentiels à la compréhension de cette histoire. Les archives des communes de la wilaya d'Alger font l'objet, dans un deuxième temps, d'un examen plus détaillé. Il met en évidence la réglementation renouvelée qui les encadre, leurs conditions d'accès, l'état des fonds et leur inscription dans une histoire plus longue. L'article rend également compte des résultats d'un important travail d'archivistique réalisé sur ces fonds par Aïcha Mati (2013), en arabe comme c'est très majoritairement le cas depuis les années 2000. Son autrice a ainsi multiplié les stages, les entretiens et les questionnaires auprès d'une cinquantaine de services d'archives ou de secrétaires généraux d'Assemblées populaires communales (APC). Il ressort de cette enquête une très grande hétérogénéité des situations : différence des volumes conservés, inégalité des amplitudes chronologiques couvertes, disparité de l'état matériel des archives et des dépôts, forts contrastes dans l'avancement des classements.La présentation de fonds d'archives qui en sont issus vient clore, en un troisième temps, cette étude. Permettre de combler certains angles morts de l'historiographie n'est pas, en effet, le moindre de leur intérêt. Ils autoriseraient une histoire de la propriété urbaine et des sociabilités de quartier, des pratiques agricoles, de la justice, etc. Les fonds conservés par les municipalités permettent surtout de se tenir au plus près de la vie quotidienne. Ils constituent en cela une focale d'observation complémentaire à celle permise par d'autres sources mieux connues ou davantage employées (archives issues de l'administration préfectorale ou gubernatoriale, écrits de notables…).Ainsi, d'Oran à Annaba en passant par Alger, comme dans de plus petites localités, cet article est une invitation à se plonger dans les archives des municipalités. Passées au crible de questionnements anciens ou renouvelés, et si tant est que leur accès soit permis aux chercheurs, elles seraient bien de nature à dynamiser l'écriture de l'histoire de l'Algérie.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais Following in the footsteps of others, this article focuses on the history of municipal repositories in Algeria, presenting the archives they contain and the avenues of research they open up. More generally, it follows in the footsteps of a growing body of work that closely combines archival and historical considerations. On the one hand, thinking about archives and colonial or imperial dynamics together has been the subject of particularly stimulating research, both across the board and in more specific fields. Secondly, “urban archives” are a research subject in their own right. Research into the history of Algeria in the 19th and 20th centuries is in the process of renewal. The documents on which they are based were produced by a wide variety of individuals and institutions. They are currently scattered, for the most part, between Algeria and France. However, the papers produced by the municipalities are still missing. This is why their identification, description and analysis are inseparable from a history of their archiving (Bloch, 1932). The challenge is not just to explore these collections; it is also to understand how they are preserved, destroyed and filed, so as to better define their historiographical interest.A brief history of archival culture in Algeria, from 1830 to the present day, is the first stage in these reflections. The individuals responsible for municipal papers, all of whom are still unknown to historiography, are highlighted here. The importance of their networks and training on their archival practices is examined. The same applies to the storage locations and successive moves that form the material framework for preservation. These individuals, places and practices are captured in a myriad of traces scattered between Algeria and France. The archives of the departments responsible for preserving the collections form one of the essential sources for this work. They consist of annual reports from the curators, inspection reports from their supervisors and deposit slips. All these documents provide a wealth of information for understanding the “archiving process” (Chabin, 2021). Municipal newsletters, directories and administrative reports also help us to understand the places, players and institutions involved. In addition, the press is used to shed light on various events and trajectories that are essential to understanding this history.The archives of the communes of the wilaya of Algiers are then examined in greater detail. It highlights the new regulations governing them, their conditions of access, the state of the collections and their place in a longer history. The article also reports on the results of the major archival work carried out on these collections by Aïcha Mati (2013) in Arabic, as has been the case for the most part since the 2000s. The author carried out a large number of internships, interviews and questionnaires with around fifty archive departments and the secretaries-general of the Assemblées Populaires Communales (APCs). The results of this survey show that the situations vary significantly: there are differences in the volumes conserved, in the chronological ranges covered, in the physical condition of the archives and repositories, and in the degree of progress made in filing.The third part of this study concludes with a presentation of the archive's holdings. Their interest lies not least in helping to fill in some of the blind spots in historiography. They would enable us to undertake a history of urban property and neighbourhood social life, agricultural practices, justice, etc. Above all, the collections held by the municipalities enable us to get as close as possible to everyday life. In this respect, they provide a focus for observation that complements that provided by other, better-known or more widely-used sources (archives from the prefectural or gubernatorial administration, the writings of notables, etc.).So, from Oran to Annaba via Algiers, as well as in smaller towns, this article is an invitation to discover the municipal archives. Examined in the light of old and new questions, and provided that researchers are allowed access to them, they could well help to revitalise the writing of Algerian history.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/anneemaghreb/14023