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Titre Échange généralisé : consistance et métamorphoses contemporaines d'un carrefour social (confins himalayens de Birmanie)
Auteur François Robinne
Mir@bel Revue Moussons : Recherche en Sciences Humaines sur l'Asie du Sud-Est
Numéro no 44, 2024
Rubrique / Thématique
Articles
Page 41-67
Résumé Cette réflexion sur la consistance des carrefours sociaux prend pour étude de cas une organisation sociale bien particulière qu'est l'échange généralisé ; véritable grammaire commune aux populations des confins himalayens de Birmanie, elle y tient lieu de « tenir-ensemble » (Deleuze & Guattari 1980). Du fait de leur positionnement en tant qu'espace carrefour, à la fois géographique et sociétal, les hautes terres de Birmanie donnèrent lieu durant la première moitié du xxe siècle à un ensemble d'études monographiques relatives aux « tribus » et aux « groupes » – la terminologie dominante à l'époque – répertoriés en tant que Chin, Naga, Kachin, etc. Leurs auteurs mirent en avant un trait récurrent d'une organisation sociale basée sur l'échange asymétrique entre clans « donneurs et preneurs de femmes ». À partir de la seconde moitié du xxe siècle, ce très important corpus alimenta un débat théorique initié par l'anthropologie structurale concernant les « catégories indicatives du destin matrimonial » autour desquelles s'organise « l'échange généralisé ». Les travaux fondateurs de Marcel Granet (1939), de Claude Lévi-Strauss (1947), d'Edmund Leach (1954), pour ne mentionner qu'eux, sont considérés dans ce qui suit en regard de la disparition subite – résultante d'un long processus – des systèmes politiques provoquée par le coup d'État birman de 1962. Ce qu'il s'agit de comprendre, sur la base d'enquêtes de terrain effectuées dans les années 2000, sont les formes de neutralisation, d'appropriation et autres manipulations dont fait l'objet depuis lors l'échange généralisé. En cause, sur le plan factuel, l'émergence de centralismes politiques et religieux à propension hégémonique ; mais également, d'un point de vue méthodologique et conceptuel, la portée trans-ethnique de l'échange généralisé et le choix d'évaluer sous cet angle et dans la longue durée la consistance d'un paysage hétérogène.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais This reflection on the consistency of social crossroads takes as a case study a very specific social organization that is generalized exchange; the position defended here is that it serves as a “holding together” of the heterogenous landscape (Deleuze & Guattari 1980). In the first half of the twentieth century, the range of the Himalayan highlands bordering Burma/China/India gave rise to a series of monographic studies of the “tribes” and “groups”—the dominant terminology at the time—known as Chin, Naga, Kachin, etc. Their authors highlighted a recurring feature of a social organization based on asymmetrical exchange between “wife-givers” and “wife-takers” clans. From the second half of the twentieth century onwards, this vast corpus fueled a theoretical debate initiated by structural anthropology concerning the ‘categories indicative of matrimonial destiny' around which “generalized exchange” is organised. The seminal works of Marcel Granet (1939), Claude Lévi-Strauss (1947) and Edmund Leach (1954), to name but a few, are considered in what follows in the light of the sudden disappearance—although the result of a long process—of the political systems provoked by the Burmese coup d'état of 1962. The aim of this article is to understand, on the basis of fieldworks carried out in the 2000s, the forms of neutralization, appropriation and other manipulations to which generalized exchange has been subjected since then. From a factual point of view, this is due to the emergence of political and religious centralisms with a hegemonic tendency; but also, from a methodological and conceptual point of view, to the trans-ethnic scope of generalized exchange and the choice of evaluating from this angle over the long term the consistency of a heterogeneous landscape.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/moussons/11945