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Titre Vertiges de la copie. Co-présence, construction de l'altérité et banqueroute du regard dans Mittelreich d'Anta Helena Recke (2017)
Auteur Corentin Jan
Mir@bel Revue Germanica
Numéro no 77, 2025/3
Page 81-95
Résumé Dans les études théâtrales, la co-présence corporelle d'interprètes et d'un public est souvent présentée comme un élément constitutif de toute représentation théâtrale. Intéressées par la construction scénique de l'altérité, plusieurs recherches récentes ont cependant mis en crise ce modèle. Ce qui est critiqué, c'est avant tout une perspective phénoménologique, selon laquelle le sens d'une représentation théâtrale ne s'établit jamais que dans le hic et nunc de la représentation, excluant de facto la façon dont le regard théâtral est toujours inscrit dans des logiques sociales qui la dépassent.Cet article met cette conception classique de la co-présence à l'épreuve du spectacle Mittelreich, mis en scène en 2017 aux Münchner Kammerspiele par Anta Helena Recke. La metteuse en scène présente son travail comme une « copie en noir » du spectacle du même nom mis en scène par Anna-Sophie Mahler dans le même théâtre deux ans plus tôt. La représentation copie presque tous les éléments du modèle, à l'exception de la distribution désormais constituée uniquement d'interprètes noirs. Anta Helena Recke parvient ainsi à provoquer une faillite du regard blanc qui imprègne les cadres de perception sur la scène allemande contemporaine et met en œuvre une critique antiraciste du champ théâtral. Mais le succès de la représentation tient surtout à sa capacité à se faire « sculpture sociale » et à intégrer dans son projet sa propre réception médiatique. Aussi le recours à une notion élargie de co-présence est-il alors nécessaire.
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Résumé anglais ‪In theater studies, the physical co-presence of performers and audience is often presented as a constitutive element of any theatrical performance. Interested in the way theatre constructs otherness, a number of recent studies have challenged this model. What has been criticized is above all a phenomenological perspective, according to which the meaning of a theatrical performance is only ever established in the hic et nunc of the performance, de facto excluding the way in which the theatrical gaze is always embedded in social logics that transcend it.This article examines this classical conception of co-presence in the light of Mittelreich, staged by Anta Helena Recke in 2017 at the Münchner Kammerspiele. The production is presented as a “black copy” (A.H. Recke) of the show with identical name staged by Anna-Sophie Mahler at the same theater two years earlier. The performance copies almost all the elements of the model, except for the cast, now composed entirely of black performers. Anta Helena Recke thus succeeded in undermining the white gaze that shapes frames of perception on the contemporary German stage, and in deploying an anti-racist critique of the theatrical field. But the show's success lies above all in its ability to become a “social sculpture”, integrating its own media reception into the project. This calls for a more expanded notion of co-presence.‪
Source : Éditeur (via Cairn.info)
Article en ligne https://shs.cairn.info/revue-germanica-2025-3-page-81?lang=fr (accès réservé)