| Titre | Cultures de la quantification et quantification de la culture | |
|---|---|---|
| Auteur | Juliette Parmentier | |
|
Revue | Communication |
| Numéro | vol. 42, no 2, 2025 | |
| Rubrique / Thématique | Dossier Articles |
|
| Résumé |
Si l'omniprésence des chiffres au sein des sociétés occidentales a été largement documentée, rares sont les travaux qui se sont spécifiquement intéressés aux effets de la mise en nombre des pratiques culturelles sur les individus. Afin de caractériser les spécificités de la quantification lorsqu'elle s'applique à une activité aussi socialement valorisée — voire sacralisée — que les pratiques littéraires, nous avons conduit 31 entretiens semi-dirigés avec des lecteurs produisant ou consultant régulièrement du contenu littéraire sur Babelio, Livraddict ou Instagram — trois plateformes numériques ayant pour trait commun de faire figurer, au cœur de leurs interfaces, une multitude d'artefacts quantifiés : compteurs, statistiques, classements, pourcentages, graphiques, notes, etc. Notre objectif est ainsi de souligner la façon dont ce que nous appelons les « cultures de la quantification » favorisent une inflation des pratiques littéraires et un rapport managérial au soi lecteur. Cependant, et contrairement à d'autres formes de tracking, la quantification des pratiques littéraires n'implique pas seulement de maximiser ses métriques : le bon lecteur lit plus, et assidûment, mais ne lit pas trop — ce qui serait perçu comme un rapport déplacé, compétitif ou consumériste à la littérature. En somme, nous souhaitons montrer comment la quantification des pratiques littéraires favorise des discours et des pratiques souvent contradictoires, poussant les lecteurs à faire croître leurs métriques tout en manifestant une indifférence à leur égard, les invitant à augmenter la cadence tout en adoptant une posture ascétique, à réaffirmer la prévalence du plaisir de lecture tout en empruntant à l'entreprise néolibérale son ethos compétitif et sa grammaire managériale. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
|
| Résumé anglais |
Despite the extensive body of work on the pervasiveness of quantification in Western societies, very few studies have examined the effects of translating cultural practices into numbers on individuals. In order to identify the specific features of quantification when applied to an activity that is as socially valued —and even sacralized —as literary practices, we conducted 31 semi-structured interviews with readers who regularly produce or consult literary content on Babelio, Livraddict, or Instagram —three digital platforms that share a common characteristic: their interfaces prominently display a multitude of quantified artifacts, such counters, statistics, rankings, percentages, graphs, ratings, etc. Our goal is to highlight how what we term “cultures of quantification” foster an inflation of literary practices and a managerial relationship with the reader. However, unlike other forms of tracking, the quantification of literary practices does not simply mean maximizing metrics: a good reader reads more, and regularly, but not too much —otherwise it would be seen as an inappropriate, competitive, or consumerist relationship with literature. In short, we aim to show how the quantification of literary practices fosters often contradictory discourses and behaviours, pushing readers to increase their metrics while expressing indifference toward them, inviting them to read faster while adopting an ascetic stance, and to reaffirm the primacy of reading pleasure while borrowing the competitive ethos and managerial grammar of neoliberal enterprise. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
|
| Article en ligne | https://journals.openedition.org/communication/21836 |


