| Titre | Cinéastes de la troisième génération en Tunisie : la redéfinition des enjeux d'un engagement politique | |
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| Auteur | Patricia Caillé | |
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Revue | L'année du Maghreb |
| Numéro | no 33, 2025 Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb | |
| Rubrique / Thématique | Dossier : Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb Cinéastes d'hier et d'aujourd'hui |
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| Résumé |
Le cinéma en Tunisie est caractérisé par une culture de cinéma structurée autour de deux fédérations, la fédération tunisienne des ciné-clubs fondée en 1949, la FTCC, et celle des cinéastes amateurs fondée en 1962, la FTCA, dont l'engagement est porté haut et fort par quelques membres devenus des acteurs et actrices influent·es de la société civile. La révolution du 14 janvier 2011, marquée par la chute du dictateur Zine El Abidine Ben Ali, a ramené les valeurs de cette culture cinématographique au premier plan : esprit d'initiative, sens du collectif, engagement politique fort pour une société démocratique, sens du débat et du bien commun. Issu d'une recherche plus vaste fondée sur un corpus de tous les auteurs et toutes les autrices de longs métrages documentaires et de fiction réalisés en Tunisie, et d'un travail d'enquête mené auprès de 30 cinéastes, cet article porte plus spécifiquement sur la troisième génération de cinéastes, celles et ceux né·es à partir des années 1970. Il reprend l'ambition de l'appel à contribution lancé par les coordinatrices ce numéro : « faire émerger les continuités, les filiations ou les ruptures qui relient la nouvelle génération aux avant-gardes des années 1960-1970, afin de rappeler que le cinéma n'est pas apparu subitement au Maghreb à la faveur de la révolution numérique » (Pierre-Bouthier, Tenfiche, 2024). Dans un premier temps, cet article dresse une brève description de la réalisation en Tunisie, structurée autour de trois générations, et de la façon dont celles-ci ont construit leur engagement en cinéma autour de conceptions de soi et d'enjeux différents. Nous examinons plus particulièrement la tension entre l'engagement politique diffusé par cette culture associative du cinéma en Tunisie, et le romantisme lié à une conception plus artiste de la réalisation qui apparaît déjà clairement parmi les cinéastes de la deuxième génération. Les répondants de la première génération formée à l'étranger, qui revendiquent les valeurs héritées de la FTCC et de la FTCA, se remémorent l'étude de grands cinéastes dans les écoles de cinéma en Europe, et s'imaginent devenir les initiateurs d'œuvres fondatrices d'un cinéma national tandis que la seconde génération, qui souffre de l'effritement des opportunités, est plus modeste dans ses ambitions. La troisième génération, venue au cinéma pour la majorité, par la rupture que constitue la révolution du 14 janvier 2011, vient d'horizons sociaux et culturels bien plus divers. De ce paysage de la création cinématographique héritée d'une culture de cinéma spécifique à la troisième génération, nous tirons trois idéal-types de la conception de la réalisation et de la création au cinéma. Le premier, les « solitaires né·es de la révolution », s'aligne sur une conception assez classique de l'artiste romantique qui cherche dans le récit intime le moyen de rendre compte d'une nouvelle subjectivité, la sienne. Les « expérimentateurs en cinéma » sont mus par la volonté de rompre avec le monde du cinéma en Tunisie, pour s'engager dans une expérimentation collective qui amène les membres à œuvrer en cinéma au-delà de ce que seraient un récit national et des frontières nationales. Les « exploratrices d'une Tunisie postrévolutionnaire » se rapprochent sans doute davantage des valeurs de la culture du cinéma en Tunisie, et revendiquent une éthique du cinéma tournée vers un pays dont une grande partie de la population était invisible au cinéma, d'où l'importance de partir à la découverte des mondes qu'on ne voit pas, de redéfinir les modalités de la relation entre filmeuses et filmé·es et d'engager un dialogue avec les publics autour des films. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Résumé anglais |
Cinema in Tunisia is characterised by a film culture structured around two Tunisian federations, that of film clubs founded in 1949 (FTCC), and that of amateur filmmakers (FTCA) founded in 1962, whose commitment is carried by a few members who since then have become influential in civil society. The revolution of 14 January 2011 brought the values of this culture back to the fore: resourcefulness, team spirit, strong political commitment to a democratic society, a capacity to debate and a sense of the common good. Based on a wider-ranging study of all the authors of feature-length documentaries and fiction films made in Tunisia, and a survey of 30 filmmakers, this article focuses more specifically on the third generation. It takes up the ambition of the call for articles launched by the editors of this issue: “bring to light the continuities, filiations and ruptures that link the new generation to the avant-gardes of the 1960s and 1970s, to remind us that cinema did not suddenly appear in the Maghreb as a result of the digital revolution” (Pierre-Bouthier, Tenfiche, 2024). This article begins by sketching a brief landscape of filmmaking in Tunisia, structured around three generations, and the way in which such generations have built their commitment to cinema around different conceptions of self and sets of issues. In particular, we examine the tension between the political commitment disseminated by this local film culture in Tunisia, and the Romanticism related to a more artistic conception of filmmaking that is already present among second-generation filmmakers. Respondents from the first generation educated abroad, who claim the values inherited from the FTCC and the FTCA, recall the study of great filmmakers in film schools in Europe, and imagine themselves becoming the initiators of founding works. The filmmakers of this generation imagined themselves as initiators of films that would lay the foundation of a national cinema, while the second generation, suffering from the erosion of opportunities, has been much more modest in its ambitions. The members of the third generation, the majority of whom came to filmmaking through the 2011 Tunisian Revolution, originate from much more diverse social and cultural backgrounds. In this landscape of filmic creation inherited from a Tunisian film culture specific to the third generation, we draw three ideal types of the conception of film directing and film creation. The first type, the “solitaires né·es de la révolution” (“loners born out of the revolution”), is aligned with a fairly classic conception of the romantic artist who seeks through intimate narratives the means to give an account of a new subjectivity, his or her own. The “experimenters in cinema” are driven by the desire to break with the world of cinema in Tunisia, to engage in a collective experimentation that leads the members to work in cinema beyond what would be a national narrative or national borders. The “explorers of a post-revolutionary Tunisia” are undoubtedly closer to the values of Tunisian film culture. They are calling for a film ethics geared towards the exploration of remote parts of the country and populations that have remained largely invisible on films. Hence the importance of setting out to discover worlds that are not seen, to redefine the terms of the relationship between the filmmakers and the people being filmed, and to engage in a dialogue with audiences around the films. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Article en ligne | https://journals.openedition.org/anneemaghreb/14476 |


