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Titre Dimensions politiques et sociales du motif de l'animalité dans Abou Leila et Plumes
Auteur Nicolas Appelt
Mir@bel Revue L'année du Maghreb
Numéro no 33, 2025 Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb
Rubrique / Thématique
Dossier : Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb
 Cinéastes d'hier et d'aujourd'hui
Résumé Les films Abou Leila (Amin Sidi-Boumédiène, Algérie/France/Qatar, 2019) et Plumes (Omar El Zohairy, Égypte/France/Pays-Bas/Grèce, 2021) comportent plusieurs caractéristiques communes au-delà du fait qu'ils ont été tournés dans une période ultérieure au déclenchement des Printemps arabes. Tous deux sont des premiers longs métrages qui ont circulé dans des festivals internationaux, des co-productions avec l'étranger et ont été distribués en Europe. Ces deux longs métrages font partie des productions cinématographiques qui rencontrent un plus grand écho hors de leurs frontières nationales que dans leur propre pays. Au-delà de leur contexte de production et de réception, cette contribution vise à analyser la façon dont ces deux films mobilisent la figure de l'animalité, afin de traiter des aspects politiques et sociaux de leur société respective. En effet, dans le film d'Omar El Zohairy, c'est un père de famille qui se trouve transformé en poule suite à un tour de magie à l'issue inattendue, tandis que dans le film d'Amin Sidi-Boumédiène, deux amis partent sur les traces d'un terroriste qui se confond avec un guépard et les cauchemars (éveillés) d'un des deux hommes sont emplis de chèvres et brebis prêtes pour l'abattoir. Plus précisément, Abou Leila et Plumes ont la particularité d'associer le motif de l'animalité à la notion d'émancipation, vis-à-vis du patriarcat (Plumes) ou des fantômes de la guerre civile (Abou Leila). Ainsi, la problématique de cette contribution réside dans l'analyse de l'utilisation du motif de l'animalité qui articule émancipation et violence. Que cela soit le personnage de S. cherchant à en finir avec ses démons dans la décennie noire algérienne ou la mère de famille obligée de circuler dans l'espace public afin de subvenir aux besoins de sa famille et de retrouver son mari, les personnages principaux des deux films évoluent dans des climats de tension qui va en crescendo. Ils finissent par basculer l'un comme l'autre dans la violence, qui s'inscrit dans des contextes où la violence est de nature différente, où leur combat contre l'animalité questionne leur propre humanité. Afin de mettre en exergue la façon dont est construit le motif de l'animalité, il s'agit dans un premier temps de replacer les deux films dans leur contexte de production et de diffusion, puis de montrer les ramifications plus larges dans lesquels ils s'inscrivent dans l'histoire de la création cinématographique et, plus largement, artistique. Puis dans un second temps, il importe de procéder à une analyse de certaines des séquences des deux films retenus, afin d'analyser de façon formelle comment le motif de l'animalité participe, dans des situations d'émancipation compliquées, à construire une représentation des différentes formes de violence qu'elle soit liée aux traumatismes de la guerre civile algérienne ou à la domination patriarcale. Il apparaît que le motif de l'animalité se conjugue avec la violence jusqu'à un point de non-retour où les personnages principaux se livrent à une lutte à mort pour leur survie.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais The films Abou Leila (Amin Sidi-Boumédiène, Algeria/France/Qatar, 2019) and Feathers (Omar El Zohairy, Egypt/France/Netherlands/Greece, 2021) have several features in common beyond the fact that they were shot in a period after the outbreak of the Arab Spring. Both are debut features that have been screened at international festivals, co-produced abroad and distributed in Europe. Both feature-length films are among the cinematographic productions that have had a greater impact outside their national borders than in their own countries. Over and above the context of their production and reception, this contribution aims to analyze the way in which these two films mobilize the figure of animality, in order to address the political and social aspects of their respective societies. In Omar El Zohairy's film, a father finds himself transformed into a hen following a magic trick with an unexpected outcome, while in Amin Sidi-Boumédiène's film, two friends set out on the trail of a terrorist who is mistaken for a cheetah, and one man's (waking) nightmares are filled with goats and sheep ready for the slaughterhouse. More specifically, Abou Leila and Plumes have the particularity of associating the motif of animality with the notion of emancipation, from patriarchy (Feathers) or the ghosts of civil war (Abou Leila). Thus, the problematic of this contribution lies in the analysis of the use of the motif of animality that articulates emancipation and violence. Whether it's the character of S. seeking to put an end to her demons during Algeria's black decade, or the mother forced to move about in public spaces in order to provide for her family and find her husband, the main characters in both films evolve in climates of tension that build to a crescendo. In the end, they both fall prey to violence, which takes place in contexts where violence is of a different nature, and where their fight against animality questions their own humanity. To highlight the way in which the motif of animality is constructed, the first step is to situate the two films in the context of their production and distribution, then to show the wider ramifications in which they are embedded in the history of cinematographic and, more broadly, artistic creation. The second step is to analyze some of the sequences in the two films, in order to formally analyze how the motif of animality plays a part, in complicated situations of emancipation, in constructing a representation of different forms of violence, whether linked to the traumas of the Algerian civil war or to patriarchal domination. It appears that the motif of animality is combined with violence to a point of no return, where the main characters engage in a life-and-death struggle for survival.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/anneemaghreb/14554