| Titre | Croisements et échanges nord-africains : Abderrahmane Bouguermouh et « l'espace cinématographique » amazigh/berbère | |
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| Auteur | Daniela Merolla | |
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Revue | L'année du Maghreb |
| Numéro | no 33, 2025 Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb | |
| Rubrique / Thématique | Dossier : Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb Se ressaisir du passé pour nourrir le présent |
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| Résumé |
Cet article propose d'explorer la notion d'« espace cinématographique amazigh/berbère » (Merolla, 2006, 2019) afin d'analyser des dynamiques d'échanges et de croisements linguistiques, artistiques et culturels encore peu étudiées dans les recherches sur le cinéma nord-africain. Il s'attache à l'œuvre cinématographique d'Abderrahmane Bouguermouh, l'un des premiers cinéastes à avoir réalisé des films en amazigh/berbère (kabyle), en examinant son court métrage La Grive, en langue arabe et française, ainsi que le moyen métrage aujourd'hui perdu Comme une âme, en langue kabyle. En s'appuyant sur les travaux récents de chercheurs tels qu'Armes, Austin, Brahimi, Devaux Yahi, Lafer, Higbee et d'autres, cet article vise également à identifier les caractéristiques et les continuités de l'« espace cinématographique amazigh/berbère » en lien avec les définitions du cinéma postcolonial, diasporique, transnational et accentué, ainsi que du « cinéma-monde » et du « cinéma de transvergence ». Malgré les différentes langues utilisées dans les dialogues, les deux films Comme une âme et La Grive partagent des éléments communs et se caractérisent également par une multiplicité d'interactions et d'affiliations, plutôt que par des distinctions strictes d'inclusion ou d'exclusion. Pour saisir pleinement ces relations, il est crucial de prendre en compte les conditions dans lesquelles les films en langue amazighe/berbère ont émergé dans les années 1990, une période bien postérieure à l'introduction du cinéma en Afrique du Nord, largement retardée par la censure exercée par les États nationaux sur les différentes variantes de la langue amazighe/berbère. L'usage de cette langue dans ces films leur confère une grande popularité auprès du public local. D'ailleurs, plusieurs de ces œuvres ont été récompensées dans divers festivals, tant nationaux qu'internationaux. Plusieurs études montrent que l'équivalence entre « films amazighs » et « films en amazigh » est à la fois restrictive et insuffisante, et que d'autres éléments suggèrent que cette définition devrait être nuancée. En me référant à la réflexion sur « l'espace littéraire amazigh/berbère » (Merolla, 2006, 2019) et en considérant que le choix de la langue amazighe reste central pour les réalisateurs comme pour le public amazighophone, j'ai proposé d'utiliser la notion « espace cinématographique amazigh/berbère » (Merolla, 2019) pour penser les liens entre des productions filmiques qui appartiennent à plusieurs champs linguistiques et culturels au niveaux national et international. La notion « espace cinématographique amazigh/berbère » intéresse également les relations dont on traite dans cet article, entre les films d'un·e même cinéaste réalisés dans des langues différentes. Les films en kabyle, arabe et français du réalisateur Abderrahmane Bouguermouh sont un exemple de la difficulté de nommer « cinéma amazigh » exclusivement la production en amazigh, car ils brouillent les frontières d'une définition restrictive qui se limite à une seule langue. Bouguermouh a réalisé son propre discours anticolonial, humaniste et affectif autour de la Kabylie au-delà des impositions linguistiques et des supports utilisés (cinéma ou télévision, et aussi écriture). Et, si la spécificité du choix de la langue kabyle, pour des raisons identitaires et de contexte politique postcolonial, est centrale, elle ne doit pas faire oublier les continuités au-delà, comme la représentation du multilinguisme algérien, l'attention donnée aux personnages en difficulté sociale et politique, ainsi que le caractère transnational exprimé de temps à autre par l'entrecroisement de référents locaux, nationaux et internationaux dans l'écriture des scénarios ainsi que dans les réalisations et les publics imaginés. À partir de l'analyse de La Grive en arabe et français et de Comme une âme en kabyle, je poursuis des réflexions sur la continuité et la spécificité de « l'espace cinématographique amazigh/berbère » en relation avec des tendances cinématographiques plus larges. Si l'on voit que le point de vue de l'intérieur est fondamental, car les images et les discours sont représentés à travers le prisme de(s) perspective(s) des personnages amazighes, l'« espace cinématographique amazigh/berbère » est également marqué par certains traits des films différemment pensés en tant que postcoloniaux, transnationaux, accentués, diasporiques, et encore comme cinéma-monde et cinéma de transvergence. Il convient de souligner que ce qui constitue « l'espace cinématographique amazigh/berbère » émerge de la constellation des films existants plutôt que d'un modèle normatif. Par conséquent, ce continuum artistique devrait être considéré davantage comme un outil théorique d'investigation plutôt que comme une définition d'inclusion ou d'exclusion artistique. En outre, l'idée d'un cinéma multilingue bouleverse la vision nationaliste de l'« authenticité » culturelle confinée à une seule langue. Le véritable enjeu des études est donc de clarifier les conditions historiques et sociales de production, tout en analysant en profondeur et en interprétant la diversité des références linguistiques et culturelles propres à chaque film. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Résumé anglais |
This article proposes using the notion of the “Amazigh/Berber cinematic space” (Merolla, 2006, 2019) to explore linguistic, artistic, and cultural exchanges and intersections that remain under-studied in analyses of North African cinema. It focuses on the cinematic work of Abderrahmane Bouguermouh, one of the first filmmakers to create films in Amazigh/Berber (Kabyle), and analyses his short film La Grive in Arabic and French and his now-lost medium-length film Comme une âme in the Kabyle language. I aim to contribute to a deeper understanding of Amazigh/Berber film production, drawing on recent research by scholars such as Armes, Austin, Brahimi, Devaux Yahi, Lafer, Higbee, and others. Following this, I examine the challenges that filmmakers like Bouguermouh have encountered in producing films in Amazigh and other languages. This analysis will help identify the characteristics and continuities of the “Amazigh/Berber cinematographic space” in relation to broader cinematic definitions, including postcolonial, diasporic, transnational, and accented cinema, as well as cinéma-monde, and cinema of transvergence. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Article en ligne | https://journals.openedition.org/anneemaghreb/14757 |


