| Titre | Valorisation des collections publiques de tapis marocains au temps du protectorat français (1912-1935) | |
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| Auteur | Khalid Loukid | |
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Revue | L'année du Maghreb |
| Numéro | no 33, 2025 Nouvelles puissances politiques du cinéma au Maghreb | |
| Rubrique / Thématique | Varia |
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| Résumé |
L'artisanat des tapis marocains suscite un intérêt particulier de la part des autorités françaises dès le début du protectorat au Maroc (1912-1935). Les particularités et le caractère « indigène » des tapis marocains, qu'ils soient de style amazigh ou arabe, intéressent rapidement le résident général Hubert Lyautey et le chef du Service des arts dits « indigènes », Prosper Ricard. À cette époque, la fabrication des tapis au Maroc est une activité florissante, tant en milieu urbain que rural, avec des centres de production comme Rabat, Salé, Casablanca, Meknès, Fès et Marrakech. La diversité régionale est marquée, notamment entre les tapis du Moyen Atlas, du Haut Atlas et du Haouz de Marrakech.Ainsi, les autorités du protectorat lancent une politique artisanale spécifique, accompagnée de la création d'institutions dédiées à la gestion et au développement du secteur artisanal, en particulier des tapis marocains qui ont bénéficié d'un cadre législatif ainsi que de mécanismes de contrôle et de valorisation. L'Office des industries d'art indigènes, créé en 1918 et renommé par la suite Service des arts indigènes (1920), a été dirigé par Prosper Ricard (1920-1935). Ce service a transformé le secteur culturel et artisanal, en particulier les méthodes de travail des tisseurs et tisseuses de tapis. La promulgation du dahir (décret royal) d'estampillage, en 1919, a tracé et complété les axes fondamentaux de la stratégie coloniale envers l'artisanat des tapis, sa promotion et le contrôle de son « authenticité ».Cet article met en lumière de façon critique ces dispositifs législatifs et ces mesures « rénovatrices ». Il examine leur impact sur la production, la conservation, la valorisation et la commercialisation des tapis marocains. L'hypothèse centrale est que, si cette politique a permis de préserver certaines pratiques artisanales et de promouvoir l'artisanat marocain à l'international, elle a également transformé l'industrie du tapis en un instrument au service des intérêts coloniaux. L'objectif est de montrer comment le protectorat a restructuré la production des tapis tout en contrôlant leur diffusion et en exploitant leur image pour asseoir son emprise.Bien que cette politique ait eu des effets à la fois positifs et négatifs sur l'artisanat des tapis, elle a laissé une empreinte durable sur les techniques de tissage traditionnel au Maroc. Ses impacts perdurent encore aujourd'hui, influençant la décoration des tapis, ainsi que la perception et les préférences du public marocain distinguant les tapis « urbains » et « ruraux ». Les archives nationales du Maroc et les archives muséales, telles que celles du musée Dar Si Saïd de Marrakech avec sa collection ancienne de tapis, nous renseignent sur la politique adoptée par Lyautey et Ricard, sur l'organisation des foires et expositions artisanales comme outils de promotion et de valorisation de ces produits, au niveau national et international. À cela s'ajoute Le Corpus de tapis marocains qui reste une référence en matière de collections de tapis marocains ; ses quatre tomes (1923-1934) sont l'œuvre de Prosper Ricard.Les effets de cette politique sur les collections de tapis marocains sont variés et significatifs : augmentation et régulation de la production, commercialisation intense à l'international et conservation d'un fonds muséal de tapis d'art indigène servant de « modèles » pour les artisans. Toutefois, cette politique a modifié les usages anciens en influençant l'emploi des motifs pour mieux satisfaire une clientèle européenne. Les petites entreprises et les artisans, en général, ne semblent pas avoir pleinement bénéficié de cette dynamique économique. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Résumé anglais |
Moroccan carpet craftsmanship was of particular interest to the French authorities from the start of the protectorate in Morocco (1912-1935). The particularities and “indigenous” character of Moroccan carpets, whether in Amazigh or Arab style, quickly attracted the interest of Resident General Hubert Lyautey and Prosper Ricard, head of the so-called Service des arts indigènes. At the time, carpet-making in Morocco was flourishing in both urban and rural areas, with production centers such as Rabat, Salé, Casablanca, Meknes, Fez and Marrakech. There was considerable regional diversity, particularly between carpets from the Middle Atlas, the High Atlas and the Haouz region of Marrakech.Thus, the protectorate authorities launched a specific crafts policy, accompanied by the creation of institutions dedicated to the management and development of the crafts sector, in particular Moroccan carpets, which benefited from a legislative framework as well as control and valorization mechanisms. The Office des industries d'art indigènes, created in 1918 and subsequently renamed Service des arts indigènes (1920), was headed by Prosper Ricard (1920-1935). This department transformed the cultural and craft sector, in particular the working methods of carpet weavers. The promulgation of the dahir (royal decree) of stamping, in 1919, outlined and completed the fundamental axes of the colonial strategy towards carpet craftsmanship, its promotion and the control of its “authenticity”.This article takes a critical look at these legislative and “renovation” measures. It examines their impact on the production, conservation, valorization and marketing of Moroccan carpets. The central hypothesis is that, while this policy has made it possible to preserve certain craft practices and promote Moroccan handicrafts internationally, it has also transformed the carpet industry into an instrument serving colonial interests. The aim is to show how the protectorate restructured carpet production while controlling its distribution and exploiting its image to consolidate its hold.Although this policy had both positive and negative effects on carpet craftsmanship, it left a lasting imprint on traditional weaving techniques in Morocco. Its impact endures to this day, influencing carpet decoration, as well as the perception and preferences of the Moroccan public distinguishing between “urban” and “rural” carpets. Morocco's national archives and museum archives, such as those of the Dar Si Saïd museum in Marrakech with its ancient carpet collection, provide us with information on the policy adopted by Lyautey and Ricard, on the organization of craft fairs and exhibitions as tools for promoting and enhancing these products, both nationally and internationally. In addition, Le Corpus de tapis marocains (The Corpus of Moroccan Carpets) remains a benchmark in Moroccan carpet collections; its four volumes (1923-1934) are the work of Prosper Ricard.The effects of this policy on Moroccan carpet collections are varied and significant: increased and regulated production, intense international marketing and the preservation of a museum collection of indigenous art carpets serving as “models” for craftsmen. However, this policy has modified the old ways of making carpets by influencing the use of motifs to better satisfy a European clientele. Small businesses and craftsmen in general do not seem to have benefited fully from this economic dynamic. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Article en ligne | https://journals.openedition.org/anneemaghreb/15205 |


