| Titre | Se convertir à l'islam et après ? Couple et parentalité chez les jeunes converti·es en France | |
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| Auteur | Naouel Yakoub | |
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Revue | L'année du Maghreb |
| Numéro | no 34, 2025 De l'intime au public : regards sur le spectre de la conversion | |
| Rubrique / Thématique | Dossier : De l'intime au public. Regards sur le spectre de la conversion |
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| Résumé |
Cet article s'appuie sur un travail doctoral portant sur les parcours d'engagement de jeunes converti·es à l'islam en France. Il interroge les effets de la conversion et ses répercussions sur les liens conjugaux et parentaux au sein de certaines fractions des classes populaires et moyennes. L'analyse des parcours d'engagement montre que la conversion implique un processus de subjectivation à travers une discipline de « soi » qui réorganise les rapports sociaux selon une logique éthique. Cet apprentissage du religieux est motivé parce qu'il est le résultat d'un processus réflexif qui s'accorde avec les représentations de l'individu. En ce sens, nous établissons les processus d'identifications communs à l'expérience des jeunes converti·es et l'usage qu'ils/elles font des manières d'être au religieux dans les sphères de la vie conjugale et parentale. Dans une logique de requalification symbolique, la conversion vient apporter un cadre réconfortant et des ressources qui permettent de valoriser et de maintenir les liens familiaux. Nos données empiriques révèlent que la mise en couple s'accompagne d'un processus de moralisation de la vie conjugale qui s'articule autour d'un travail de « soi ». La religion y apparaît comme une ressource normative, orientant et légitimant les choix conjugaux tout en redéfinissant les normes amoureuses. En valorisant le mariage (religieux a minima) comme gage de stabilité, cette reconfiguration peut néanmoins engendrer des décalages dans les attentes et les pratiques conjugales, susceptibles de générer des tensions voire des ruptures. La reconfiguration des rapports sociaux ne se limite pas à la formation du couple ; elle se prolonge également dans la parentalité, qui constitue un espace privilégié de recomposition morale et spirituelle pour les converti·es devenu·es parents. Les mères musulmanes converties sont ainsi celles qui investissent cet espace en proposant une réorganisation de la vie familiale selon les normes islamiques. La transmission s'opère à la fois par l'apprentissage des pratiques religieuses (prières, invocations) et par l'inculcation de valeurs morales (pudeur, modestie) qui fournissent un cadre éthique structurant. Cette transmission s'opère souvent en rupture avec l'héritage familial d'origine, dans une volonté affirmée de se distancier de certains styles éducatifs considérés comme trop individualistes ou permissifs. Ces femmes investissent dans la création d'un espace social alternatif, leur permettant de se distancier à la fois de leur culture d'origine et de celle de leur conjoint, notamment lorsque ce dernier appartient à une culture immigrée jugée illégitime. Cela passe par le recours à un islam « savant », considéré comme plus authentique et qui se différencie des « pratiques du bled ». Dans une forme de religiosité en mouvement, le changement religieux reconfigure des nouvelles dynamiques éducatives et permet à des jeunes femmes converties de réinvestir certains domaines associés à la modernité (éducation non violente, apprentissage de la pensée critique) à l'aune des règles islamiques. Cependant, la transmission religieuse auprès des enfants n'est pas automatique ; elle se manifeste à travers des formes de piété diversifiées, façonnées par les contextes sociaux et les stratégies parentales. La majorité des parents converti·es voient dans le cadre moral proposé par la religion un outil d'émancipation face aux difficultés sociales (chômage, précarité économique, etc.). Dans ce cadre, le modèle de réussite ne se définit plus uniquement par le succès social et/ou économique, mais par l'engagement religieux et le respect de certains principes islamiques – piété, modestie, pudeur. Le travail d'éducation religieuse effectué par les mères musulmanes converties développe un capital social et symbolique, notamment dans un contexte de forte stigmatisation véhiculée par certains discours politiques et médiatiques. Les propos recueillis traduisent ainsi une tension entre l'agentivité individuelle des converti·es et leur adhésion aux normes édictées par l'institution religieuse. Cette ambivalence s'inscrit dans une tendance plus large d'individualisation du religieux, caractéristique des formes contemporaines de religiosité. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Résumé anglais |
This article is based on doctoral research examining the paths of engagement of young converts to Islam in France. It explores the effects of conversion and its repercussions on marital and parental relationships within certain segments of popular classes and middle classes. The analysis of these trajectories of engagement shows that conversion entails a process of subjectivation through a “discipline of the self” that reorganizes social relations according to an ethical logic. This learning of the religious is driven by a reflexive process that aligns with individuals' self-representations. In this sense, we identify the shared processes of identification among young converts and the ways they mobilize religious practices within conjugal and parental spheres. Within a framework of symbolic requalification, conversion provides a reassuring structure and resources that help to sustain and enhance family bonds. Our empirical data reveal that forming a couple is accompanied by a moralization of conjugal life centered on self-work. Religion thus appears as a normative resource, guiding and legitimizing marital choices while redefining romantic norms. By valuing marriage (at least religious marriage) as a guarantee of stability, this reconfiguration can nevertheless produce discrepancies between expectations and practices within couples, potentially leading to tensions or even separations. The reconfiguration of social relations is not limited to couple formation; it also extends into parenthood, which represents a privileged space for moral and spiritual recomposition among converts who have become parents. Converted Muslim mothers are those who most actively invest in this space, proposing a reorganization of family life according to Islamic norms. Transmission takes place both through the learning of religious practices (prayers, invocations) and through the inculcation of moral values (modesty, humility), which provide a structuring ethical framework. This transmission often occurs in rupture with the family heritage of origin, reflecting a deliberate desire to distance oneself from certain educational styles perceived as overly individualistic or permissive.These women invest in creating an alternative social space, allowing them to distance themselves both from their culture of origin and from that of their spouse—particularly when the latter belongs to an immigrant culture deemed illegitimate. This involves turning to a “learned” Islam, considered more authentic and distinct from “village practices.” In a form of evolving religiosity, religious change reconfigures new educational dynamics and enables young converted women to reinvest certain domains associated with modernity (non-violent education, critical thinking) through the lens of Islamic principles. However, religious transmission to children is not automatic; it manifests through diverse forms of piety, shaped by social contexts and parental strategies.Most converted parents view the moral framework offered by religion as a tool of emancipation in the face of social difficulties (unemployment, economic insecurity, etc.). In this context, the model of success is no longer defined solely by social and/or economic achievement but by religious commitment and adherence to specific Islamic principles—piety, modesty, and humility. The religious education work carried out by converted Muslim mothers fosters social and symbolic capital, particularly in a context of strong stigmatization conveyed by certain political and media discourses. The testimonies collected reveal a tension between the individual agency of converts and their adherence to norms prescribed by religious institutions. This ambivalence reflects a broader trend toward the individualization of religion, characteristic of contemporary forms of religiosity. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Article en ligne | https://journals.openedition.org/anneemaghreb/16692 |


