| Titre | Architecture publique ordinaire et échelles de la ségrégation coloniale. Des bureaux de poste en Algérie (années 1880-1962) | |
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| Auteur | Annick Lacroix, Claudine Piaton | |
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Revue | L'année du Maghreb |
| Numéro | no 34, 2025 De l'intime au public : regards sur le spectre de la conversion | |
| Rubrique / Thématique | Varia |
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| Résumé |
Nœuds d'un vaste réseau de communication qui quadrille peu à peu le nord du territoire algérien à la période coloniale et conçus suivant de fortes contraintes techniques, les bureaux de poste sont les bâtiments publics du quotidien par excellence. Convergent régulièrement vers eux toutes les couches de la société, y compris les franges algériennes, rurales ou illettrées qui envoient des mandats, perçoivent des pensions et doivent répondre aux sollicitations croissantes de l'administration française. Cet article propose une étude systématique, à l'échelle du territoire algérien colonisé, de ces édifices emblématiques d'une architecture publique ordinaire. Il s'appuie pour cela sur une base de données rassemblant plus de cinq cents cartes postales, sur un travail cartographique et sur un corpus de sources conservées en France et en Algérie. Dès les années 1890, des bureaux de poste sont ouverts dans presque chacune des communes de plein exercice, où vivent les neuf dixièmes des Européens installés en Algérie. Ce sont souvent d'abord des bâtiments pris en location dont l'architecture reste modeste. Le début du xxe siècle est ensuite marqué à la fois par la nomination d'architectes du Gouvernement général, qui construisent les hôtels des postes des trois chefs-lieux de département, et par la promotion d'un répertoire néo-mauresque par le gouverneur Charles Jonnart. Contre l'avis des notables européens, ce « style Jonnart » est imposé à plusieurs nouveaux centres de colonisation pour la construction de leur bâtiment communal, comprenant mairie, école et poste.C'est cependant la politique de construction, lancée par l'administration à partir des années 1920, qui renouvelle et transforme véritablement l'architecture postale. Le service algérien fait alors régulièrement appel aux mêmes architectes diplômés, qui infléchissent un répertoire riche et varié, du premier néo-mauresque au style « néo-soudanais », de l'Art déco au mouvement moderne. Dans les années 1930, ces professionnels contribuent à promouvoir un modernisme méditerranéen, qui sélectionne et détourne certaines références vernaculaires. À partir des années 1950, le bureau de poste perd, comme en métropole, de sa monumentalité pour se fondre davantage dans le paysage ordinaire et apparaître plus proche de la clientèle. Le renouvellement de ces édifices coûteux et parfois surdimensionnés reste néanmoins conditionné par le nombre d'usagers européens potentiels. Car c'est bien à ces derniers que s'adresse cette politique de construction. L'article ne se limite cependant pas à une analyse du bâti dans les localités les mieux loties. Il déplace la réflexion, en s'appuyant sur la cartographie de l'ensemble des bureaux, du côté de ce qui n'est pas construit et de ce qui n'est pas représenté. Il pénètre à l'intérieur des communes mixtes, peuplées à plus de 95 % par des Algériens, où les bureaux sont restés rares et souvent si rudimentaires que personne n'a jugé utile de les photographier. À partir de l'entre-deux-guerres, le service des PTT de l'Algérie ouvre des agences postales dans des localités rurales où la colonisation agricole européenne connaît une déprise et dans celles où la population algérienne revendique de plus en plus vivement des équipements publics. Les architectes du Gouvernement général ne sont jamais sollicités pour construire ces locaux qui ont laissé très peu de traces. Seule inflexion notable : en pleine guerre d'indépendance, plus d'une centaine d'agences postales sont construites dans les Sections administratives spécialisées (SAS) à destination de ruraux algériens que l'armée française cherche à mieux contrôler. L'enquête identifie ainsi les stratégies tardives déployées par les autorités françaises pour investir l'Algérie algérienne et souligne à quel point l'architecture publique matérialise la ségrégation spatiale à l'œuvre sur le territoire colonisé. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Résumé anglais |
During the colonial rule in Algeria, post offices were the quintessential public buildings of everyday life. All layers of society routinely converged towards them, including rural, illiterate or Algerian populations who sent money orders, received pensions, and had to respond to the increasing requirements of the French administration. Although designed under strict technical constraints, they formed the nodes of a vast communication network that gradually covered the northern territory. This article provides a systematic study, at the scale of colonised Algeria territory, of these emblematic buildings of ordinary public architecture. It is drawing on a database containing more than five hundred postcards, cartographic work, and a corpus of sources preserved in France and Algeria. From the 1890s onward, post offices were opened in almost every commune de plein exercice, where nine-tenths of the Europeans settled in Algeria lived. Initially, these were often rented buildings, whose architecture, though diverse, remained modest. In the early 20th century, the General Government appointed architects, who then designed post office buildings in the three departmental capitals, and a Neo-Moorish architectural repertoire was promoted by Governor Charles Jonnart. Against the wishes of European notables, this “Jonnart style” was imposed on several new colonial settlements for the construction of communal buildings, which typically included a town hall, a school and a post office.However, it was the construction policy launched in the 1920s that renewed and transformed postal architecture. The Algerian postal service regularly called upon the same trained architects, who shaped a rich and diverse repertoire, ranging from early Neo-Moorish to “Neo-Sudanese" style, from Art Deco to the modern movement. In the 1930s, these professionals helped promote a Mediterranean modernism, that selected and hijacked vernacular references. From the 1950s onward, as in mainland France, post offices lost their monumental character, blending more into the ordinary landscape and appearing closer to their clientele.The renewal of these costly and sometimes oversized buildings remained nevertheless conditioned by the number of potential European users. This construction policy was aimed at them. However, the article does not limit itself to an analysis of the buildings in the best-equipped localities. Rather, it shifts the focus to what was not built and what was not represented. To this end, it takes a closer look at the communes mixtes, populated by more than 95% Algerians. There, post offices remained rare and often so rudimentary that no one considered it worthwhile to photograph them. From the interwar period onward, the Algerian PTT service started to open postal agencies in rural localities where European agricultural colonisation was declining and in places where the Algerian population was increasingly demanding public facilities.The General Government's architects were never called upon to design these buildings, which have left very few traces. The only significant change was that, at the height of the Algerian War of Independence, more than a hundred new postal agencies were set up in the Special Administrative Sections (SAS) for rural Algerians, whom the French army sought to better control. The survey thus identifies the late strategies implemented by the French authorities to take over rural areas and highlights the extent to which public architecture materializes the spatial segregation at work in colonised territory. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Article en ligne | https://journals.openedition.org/anneemaghreb/15809 |


