| Titre | Les agricultrices face au confinement sanitaire : stratégies d'adaptation et solidarités en France et en Algérie | |
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| Auteur | Djaouida Lassel | |
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Revue | L'année du Maghreb |
| Numéro | no 34, 2025 De l'intime au public : regards sur le spectre de la conversion | |
| Rubrique / Thématique | Enjeux et débats |
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| Résumé |
Cet article, issu du projet de recherche du programme Atlas, présente les résultats d'une analyse comparative des femmes agricultrices dans deux contextes géographiques et sociaux contrastés : la région Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) en France et la région de Blida en Algérie, durant les périodes de confinement liées à la pandémie de COVID-191.L'hypothèse centrale de cette étude reposait sur l'idée que, malgré les différences structurelles entre la France et l'Algérie en matière de politiques agricoles, d'infrastructures sanitaires et de reconnaissance institutionnelle du travail des femmes, les agricultrices ont pu s'appuyer sur des réseaux de solidarité de proximité pour faire face aux effets déstabilisants de la crise sanitaire. La thèse principale défendue dans cet article est que la solidarité familiale et sociale a constitué une ressource essentielle, voire déterminante, dans la capacité des femmes à maintenir leurs activités agricoles, à préserver leur bien-être et à renforcer leur autonomie pendant le confinement, particulièrement en l'absence ou en raison de l'insuffisance du soutien institutionnel.L'étude s'appuie sur deux enquêtes qualitatives réalisées en 2023 et 20242. En France, 15 entretiens semi-directifs ont été menés auprès de femmes agricultrices et éleveuses âgées de 33 à 65 ans, majoritairement cheffes d'exploitation, engagées dans l'agriculture biologique en région PACA3. En Algérie, l'enquête a été conduite auprès de 10 agricultrices et 5 éleveuses dans la région de Blida. Les critères d'inclusion comprenaient l'exercice d'une activité rémunérée et la résidence en milieu rural et périurbain. Les entretiens avec des agricultrices-éleveuses ont eu lieu à leurs domiciles, sur leurs exploitations agricoles, au marché d'Aubagne (France) et via WhatsApp (pour certaines interviewées françaises). D'un point de vue théorique, l'analyse s'inscrit dans une approche socio-anthropologique du travail agricole féminin, en mobilisant plusieurs cadres d'interprétation. Elle convoque à la fois les théories classiques de la solidarité (Durkheim, 1922, p. 60-190 ; Thibault, 2010), les analyses de la parenté en tant que réseau d'entraide (Adjamagbo, 1997 ; Golaz et al., 2015) et les travaux récents sur les effets genrés du confinement (Rasplus, 2020 ; Vitale et Recchi, 2020 ; Hoibian et al., 2021). En PACA comme à Blida, les enquêtées ont vu leur charge de travail s'intensifier, en raison de la fermeture partielle des marchés, des écoles et des services publics. Toutefois, nombre d'entre elles ont su maintenir, voire améliorer, leurs revenus agricoles. Cette relative stabilité économique s'explique en partie par la diversification des activités (transformation des produits, vente directe, circuits courts) mais aussi par des formes d'organisation collectives (groupements de femmes, asociations pour le maintien d'une agriculture paysanne [AMAP], entraide entre amies ou voisines). La deuxième partie de l'analyse souligne le rôle central des solidarités familiale et amicale comme ressources de compensation. Loin d'être perçu comme une période d'isolement, le confinement a, pour plusieurs enquêtées, été marqué par un renforcement des liens sociaux et l'assistance régulière de proches (parents, sœurs, voisines) pour la garde des enfants, la logistique de vente ou le soutien moral. Ces résultats contrastent avec d'autres études menées en milieu urbain (Pailhé, Solaz et Wilner, 2021 ; Hoibian et al., 2021) qui soulignaient la surcharge mentale et domestique pesant sur les femmes pendant la crise sanitaire. L'analyse corrobore en revanche les observations de Vitale et Recchi (2020), qui mettent en évidence un recentrage sur les « liens forts » familiaux et amicaux en période de crise. En milieu rural, la famille élargie, les amies et les voisines ont apporté un soutien matériel, organisationnel et émotionnel crucial, facilitant la continuité de l'activité agricole malgré les restrictions. Enfin, cette étude met en lumière le confinement comme un laboratoire d'observation privilégié des dynamiques de solidarité familiale, révélant à la fois les capacités d'adaptation des femmes agricultrices face à une crise inédite et la spécificité des formes de solidarité à l'œuvre dans les milieux ruraux. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Résumé anglais |
This article, resulting from the Atlas program research project, presents the results of a comparative analysis of women farmers in two contrasting geographical and social contexts: the Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) region in France, and the Blida region in Algeria, during the lockdown periods related to the COVID-19 pandemic4.The central hypothesis of this study was based on the idea that, despite structural differences between France and Algeria in terms of agricultural policies, health infrastructures, and institutional recognition of women's work, women farmers were able to rely on local solidarity networks to cope with the destabilizing effects of the health crisis. The main thesis defended in this article is that family and social solidarity constituted an essential, even decisive, resource in women's capacity to maintain their agricultural activities, preserve their well-being, and strengthen their autonomy during lockdown, particularly in the absence or insufficiency of institutional support.The study is based on two qualitative5 surveys conducted in 2023 and 2024. In France, 15 semi-structured interviews were conducted with female farmers and livestock breeders aged 33 to 65, most of whom managed farms and practiced organic farming in the Provence-Alpes-Côte d'Azur (PACA) region6. In Algeria, fieldwork was carried out with 10 female farmers and 5 livestock breeders in the Blida region.Inclusion criteria required participants to have an income-generating activity and to reside in rural or peri-urban areas. The interviews with the female farmers and livestock breeders took place at their homes, on their farms, at the Aubagne market (France), and via WhatsApp (for some of the French interviewees).From a theoretical point of view, the analysis is part of a socio-anthropological approach to women's agricultural work, mobilizing several interpretive frameworks. It draws on classical theories of solidarity (Durkheim, 1922, pp. 60–190; Thibault, 2010), analyses of kinship as a network of mutual aid (Adjamagbo, 1997; Golaz et al., 2015), and recent work on the gendered effects of lockdown (Rasplus, 2020; Vitale and Recchi, 2020; Hoibian et al., 2021).In PACA as in Blida, the women interviewed experienced an increased workload due to the partial closure of markets, schools, and public services. However, many of them were able to maintain, or even improve, their agricultural income. This relative economic stability is partly explained by the diversification of activities (product processing, direct sales, short supply chains), but also by forms of collective organization (women's groups, AMAPs, mutual aid between friends and neighbors).The second part of the analysis emphasizes the central role of family and friendship solidarity as compensatory resources. Far from being perceived as a period of isolation, lockdown was, for several respondents, marked by a strengthening of social ties and regular assistance from relatives (parents, sisters, neighbors) for childcare, sales logistics, or moral support. These results contrast with other studies conducted in urban areas (Pailhé, Solaz and Wilner, 2021; Hoibian et al., 2021), which highlighted the mental and domestic overload weighing on women during the health crisis. The analysis also corroborates the observations of Vitale and Recchi (2020), who highlight a refocusing on strong ties with family and friends during times of crisis. In rural areas, the extended family, friends, and neighbors provided crucial material, organizational, and emotional support, facilitating the continuity of agricultural activity despite restrictions.Finally, this study highlights lockdown as a privileged observation laboratory for family solidarity dynamics, revealing both the adaptive capacities of women farmers facing an unprecedented crisis and the specificity of forms of solidarity at work in rural areas. Source : Éditeur (via OpenEdition Journals) |
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| Article en ligne | https://journals.openedition.org/anneemaghreb/16760 |


