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Titre Le « double écheveau » des savoirs de l'IA : pluralité d'hypothèses et unité de l'imaginaire d'un projet techno-scientifique
Auteur Lucie Conjard
Mir@bel Revue Socio-anthropologie
Numéro no 53, 1er semestre 2026 AIntelligences
Rubrique / Thématique
AIntelligences. Vers une redéfinition de l'intelligence ?
 Que disent ces « modèles » d'IA de la façon dont nous nous représentons l'intelligence ?
Page 135-151
Résumé Le syntagme « intelligence artificielle », au sein de la recherche scientifique, est attaché à un ensemble de propositions diverses et parfois concurrentes. Cet article vise à restituer cette diversité tout en mettant au jour la dynamique qui préside à sa subsomption sous un même terme. L'histoire du développement de l'IA a souvent été écrite comme une controverse entre deux propositions concurrentes : le connexionnisme, pour lequel l'intelligence est la capacité d'adaptation à un milieu, et qui entend reproduire des comportements humains par le traitement statistique de données ; et l'IA symbolique pour laquelle l'intelligence est la capacité à produire des raisonnements logiquement valides, et qui entend reproduire des gestes cognitifs par la programmation de modèles formels des raisonnements. Souvent décrits comme antagonistes, chacun de ces courants a pourtant recours aux mêmes images, aux mêmes métaphores. Il semble donc que l'histoire de l'IA puisse également être décrite sur le mode de la persistance et de la continuité. Je défends qu'à travers la variété des courants de l'intelligence artificielle, c'est un même « style de pensée » (au sens de Ludwik Fleck), un même corpus de catégories, qui fonde l'unité du projet d'intelligence artificielle. Ce dernier s'agrège autour d'un problème central posé aux sociétés anglo-saxonnes à la suite de la Seconde Guerre mondiale : la nécessité antinomique de définir l'humain à la fois comme un être déterminé, et comme un être libre. La capacité symbolique des techniques d'IA à proposer une résolution de cette antinomie à travers la figure de l'automate autotransformateur pourrait en partie expliquer l'ampleur qu'elles revêtent dans l'actualité des imaginaires sociaux.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Résumé anglais The syntactic unit “artificial intelligence” is within scientific research associated with a set of diverse and sometimes competing convictions. This article aims to reframe this diversity while bringing to light the dynamics that govern its subsumption under a single term. The development of AI has often been described as a struggle between two competing philosophies: connectionism, for which intelligence is the capacity to adapt to an environment and which seeks to reproduce human behaviours through the statistical processing of data; and symbolic AI, for which intelligence is the capacity to produce logically valid reasoning and which seeks to reproduce cognitive processes through programming using formal models of reasoning. Often described as rivals, each of these theories nevertheless depends upon the same images and metaphors: thus it seems that the history of AI can also be described in terms of persistence and continuity. I argue that, despite the variety of approaches in artificial intelligence, a single 'style of thinking' (in Ludwik Fleck's sense) and a single set of categories underlie the unity of the artificial intelligence project. This project coalesced around a central problem posed in Anglo-Saxon societies in the wake of the Second World War: the paradoxical need for a deterministic definition of the human and simultaneously as a free being. The capacity of AI techniques to provide a symbolic resolution to this antinomy through the figure of the self-transforming automaton could partly explain their prominence in the contemporary social imagination.
Source : Éditeur (via OpenEdition Journals)
Article en ligne https://journals.openedition.org/socio-anthropologie/21155