Contenu du sommaire : Catégoriser les publics minorisés

Revue Participations Mir@bel
Numéro no 25, 2019/3
Titre du numéro Catégoriser les publics minorisés
Texte intégral en ligne Accès réservé
  • Dossier : Catégoriser les publics minorisés

    • Introduction. Les catégorisations des publics minorisés en questions - Soline Laplanche-Servigne, Marie-Hélène Sa Vilas Boas p. 5-31 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article a pour objectif de faire dialoguer les travaux relatifs à la démocratie participative et délibérative avec la sociologie de la catégorisation. Il se centre sur l'étude d'espaces participatifs réunissant des groupes minorisés sur la base du genre, de l'ethnicité, de la classe ou de la sexualité. Il examine d'abord la circulation des catégorisations de minorisés entre différentes scènes et leurs usages en situation dans les espaces participatifs. Il interroge ensuite les modalités de la représentation des minorisés induites par ces catégorisations de la participation. Il s'achève par l'évocation de la nature des revendications et des publics parvenant à émerger des expériences participatives des minorisés.
      Analyzing the social categorization of minority populations
      The purpose of this article is to bring works on participatory and deliberative democracy into dialogue with social categorization theory. It studies participatory spaces in which minority groups come together on the basis of gender, ethnicity, class, or sexuality. The article first examines the circulation of minority categorizations between different social and political scenes and how they are used in participatory spaces. It then questions the modalities of the representation of minorities generated by these categorizations of participation. It ends by evoking the nature of the claims and the populations that emerge from minority groups' participatory experiences.
    • (Faire) participer en tant qu'indigènes. Gouvernement et contestation dans les usages de la consultation en Amazonie – Pérou - Doris Buu-Sao p. 33-58 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      À partir d'une ethnographie de la « consultation préalable » au Pérou, cet article interroge l'ambivalente ethnicisation de dispositifs participatifs destinés aux groupes « indigènes ». Il analyse dans un premier temps le rôle joué par la consultation préalable dans le système péruvien de gestion des conflits sociaux ciblant les groupes indigènes, à travers la production de catégories ethno-raciales neutralisées. Dans un second temps, il souligne la capacité des participant·e·s à repolitiser ces catégories, en fonction des socialisations à l'action contestataire qui les caractérisent. Mais celles-ci restent inégales d'une personne à l'autre, conduisant à mieux saisir la force pacificatrice de la consultation préalable, qui a finalement marginalisé les plus réfractaires aux catégories prescrites par le format consultatif.
      Participating as indigenous people. Government and protest in the Amazonian uses of consultation – PeruThrough an ethnography of “prior consultation” in Peru, this article looks at the ambivalent ethnicization of participatory devices targeting “indigenous” groups. First, it studies the place of prior consultation within the Peruvian system of social conflict management, which focuses especially on indigenous groups. It analyzes in particular how prior consultation involves the production of neutralized ethno-racial categories. The article then moves on to highlight the participants' ability to repoliticize these categories, depending on their socialization in protest action. This level of socialization varies between individuals, which helps us to better understand the pacifying power of prior consultation, which eventually marginalized those most opposed to the categories prescribed by the consultative format.
    • Faire des gays et des lesbiennes des citoyen·ne·s responsables. Construction élitaire d'un public minoritaire par un dispositif de démocratie participative à Boston au début des années 1980 - Hugo Bouvard p. 59-82 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      À travers l'étude d'un dispositif de démocratie participative mis en œuvre à Boston en 1983, cet article restitue les modalités de fabrication d'un « nouveau » public de l'action publique, à savoir les « citoyen·ne·s gays et lesbiennes », et analyse les logiques qui sous-tendent ce processus de catégorisation. Si la conception du dispositif prend en compte l'hétérogénéité de la population cible, des logiques élitaires et socialement sélectives sont néanmoins à l'œuvre dans le recrutement d'« expert·e·s » fortement doté·e·s en capitaux scolaires. Afin de dé-conflictualiser les relations entre la communauté gaie et lesbienne et les pouvoirs publics, une approche psychologisante des rapports sociaux est promue par l'équipe du dispositif.
      Making gay and lesbian people responsible citizens. The elitist construction of a minority group using a device of participatory democracy in Boston in the early 1980s. Through the study of a device of participatory democracy implemented in Boston in 1983, this article explains the ways in which policymakers created a “new” population, namely “gay and lesbian citizens.” I analyze the rationale behind this categorization process, focusing on the socio-demographic characteristics of the participants. While the design of the device of participatory democracy acknowledged the heterogeneity of the target population, elitist and socially selective approaches were nevertheless at play in the recruitment of “experts” with a high level of educational capital. In order to pacify relations between the city's gay and lesbian community and the public authorities, the organizing committee of the device promoted a psychologizing approach to social relations.
    • Les freins à la participation des populations précaires. Comment une association façonne les identifications collectives - Caroline Arnal, Florence Haegel p. 83-107 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article questionne les ressorts et les freins à la participation des personnes précaires. Il s'appuie sur une enquête de terrain menée dans une association de solidarité et se centre sur la construction des identifications collectives des personnes accompagnées. Il souligne le rôle de l'association dans le façonnage de ces identifications ainsi que leur fragmentation. Ensemble, ces deux mécanismes rendent difficile une prise de parole collective. Il insiste enfin sur la manière dont émerge rarement une parole collective en posant la question des responsables de la pauvreté.
      The obstacles to participation among precarious populations. How a charity organization shapes collective identifications. This paper addresses the question of the drivers and obstacles to participation among precarious populations. It is based on a field survey carried out in a charity organization and focuses on the construction of collective identifications among the beneficiaries. It highlights the role of the charity organization in the shaping of these identifications, as well as their fragmentation. Together, these two mechanisms make it difficult for precarious populations to have their voice heard collectively. Finally, the paper emphasizes how such a collective voice seldom emerges, by questioning who is responsible for poverty.
    • Résister à bas bruit aux catégorisations institutionnelles dans des dispositifs de participation à Berlin - Thomas Chevallier p. 109-138 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article porte sur trois dispositifs de participation mis en œuvre dans un même quartier de Berlin : un café des parents dans une communauté d'acteurs éducatifs, un atelier cuisine dans une association de cours d'alphabétisation, et le dispositif « Mères de quartier » employant des femmes issues de l'immigration afin de leur faire jouer un rôle de relais d'intégration. À partir d'une approche ethnographique et interactionniste, l'article cherche à déterminer les manières dont les catégorisations de « migrant·e·s », « parents » et « mères » à travers lesquelles les publics sont ciblés sont appropriées par les participantes effectives (essentiellement des femmes). Dans un premier temps, l'article revient sur les catégorisations, le contexte sociopolitique dans lequel celles-ci s'inscrivent et les objectifs d'activation et d'intégration qu'elles poursuivent. Puis il étudie les pratiques et processus par lesquels les participantes effectives, soutenues par les encadrantes, construisent une forme d'entre-soi en s'appuyant sur la résistance vis-à-vis des assignations et prescriptions qui leur sont attachées.
      Quiet resistance to institutional categorizations in participatory measures in Neukölln – Berlin
      This article focuses on three participatory measures implemented in the same neighborhood of Berlin: a parents' café set up by a community of educational actors, a cookery workshop run by a charity offering literacy classes, and a “neighborhood mothers” project that employs women with an immigrant background to help them integrate. Adopting an ethnographic and interactionist approach, the article seeks to determine the ways in which the categorizations of “immigrants,” “parents,” and “mothers” through which populations are targeted are appropriated by the participants (exclusively women). First, it looks at the categorizations, the sociopolitical context in which they take place, and the activation and integration objectives they pursue. Then, it studies the practices and processes by which the participants, supported by supervisors, build a form of social enclave based on resistance to these assignments and prescriptions that are attached to them.
  • Varia

    • Le vote professionnel, entre rapport au syndicalisme et rapport au métier et à l'institution : le cas des enseignant·e·s du secteur public en France - Tristan Haute p. 139-164 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      En France, l'abstention aux élections professionnelles est élevée et en hausse, y compris pour une profession fortement engagée, mobilisée et syndiquée comme les enseignants. En éclairant ce paradoxe à partir de nouvelles données d'enquête et en s'appuyant sur les outils de la sociologie électorale, cet article montre que le vote professionnel des enseignants constitue une pratique participative conditionnée d'une part par leur rapport au syndicalisme et d'autre part par leur rapport au métier et à l'institution scolaire. Si le vote professionnel s'articule fortement avec certaines pratiques syndicales, notre analyse montre que la pratique du vote professionnel est bien plus dépendante du degré d'intégration professionnelle que l'adhésion ou l'information syndicales.
      Workplace voting, between a relationship to trade unionism and a relationship to the profession and the institution: The case of French public sector teachers. In France, abstention in workplace elections is high and rising, even among primary and secondary school teachers—a profession with a high level of commitment, mobilization, and trade unionism. Using the methods and approaches developed in electoral sociology, and based on new data from a quantitative survey, this article aims to shed light on this paradox, showing that, for teachers, workplace voting is a form of participation influenced both by their relationship to trade unionism and by their relationship to their profession and the school in which they work. Although workplace voting is strongly linked to other participation—and union-related behaviors, our analysis reveals that it is determined more by the teacher's degree of professional integration than by their union membership or awareness. Moreover, the different motivations for abstention are associated with different socio-professional profiles. On the one hand, there are non-voters “by choice,” who are very distant from trade unionism. On the other, there are non-voters “by omission,” who are very poorly integrated into the teaching profession. The existence of this latter group poses the question of a social disembeddedness of workplace voting following the implementation of e-voting.
    • Les jeunes militants de Ramallah face à l'occupation israélienne. Modalités d'engagement et positions socio-spatiales - Antoine Garrault p. 165-193 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      En prenant comme objet d'étude les jeunes militants de Ramallah engagés dans la résistance populaire (RP), cet article propose d'analyser des modalités particulières d'engagement anticolonial en Cisjordanie. Dans un contexte de divisions spatiales liées à l'occupation, nous montrons que le régime territorial spécifique de Ramallah intégré au système d'Oslo constitue un facteur explicatif pour la définition des cadres d'interprétation du conflit, des mobilisations entreprises et la construction des réseaux militants. L'étude s'intéresse aux formes d'engagement investies par l'analyse des positions socio-spatiales particulières des acteurs, en se concentrant sur les caractéristiques géographiques et générationnelles.
      The young activists of Ramallah against the Israeli occupation: Forms of commitment and socio-spatial positionalities. Focusing on the young activists of Ramallah engaged in the Palestinian “popular resistance,” this article aims to analyze particular forms of anticolonial engagement in the West Bank. In the context of spatial divisions caused by the Israeli occupation, we demonstrate that the territorial regime in Ramallah, within the Oslo system, partly determines the interpretive framing of the conflict, the nature of the mobilizations, and the formation of activist networks. This study examines the existing relationships between spatial context, on the one hand, and the commitment of young activists, on the other, by defining specific socio-spatial positionalities.
  • Lecture critique