Contenu du sommaire : (Re)configurations du travail domestique

Revue Travail, genres et société Mir@bel
Numéro no 46, 2021
Titre du numéro (Re)configurations du travail domestique
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  • Parcours

  • Dossier : (Re)configurations du travail domestique

    • Introduction - Soline Blanchard, Isabel Boni-Le Goff, Pauline Delage, Isabelle Puech p. 27-31 accès libre
    • Allez, les pères ! : Les conditions de l'engagement des hommes dans le travail domestique et parental - Marie Cartier, Anaïs Collet, Estelle Czerny, Pierre Gilbert, Marie-Hélène Lechien, Sylvie Monchatre, Camille Noûs p. 33-53 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      À partir d'une recherche sur trente couples hétérosexuels, cet article interroge les conditions sociales de l'investissement des pères dans le travail domestique et parental, entre genre et classe. Il souligne le rôle des horaires de travail décalés, qui conduisent les pères à se trouver seuls à la maison, ainsi que des situations d'hypogamie. S'ils déploient un travail spécifique de sécurisation du présent et de l'avenir, les pères adoptent aussi au quotidien un rôle d'auxiliaire de leur conjointe. Leur participation résulte d'un travail de socialisation et d'enrôlement réalisé par les mères, qui s'ajoute à la charge domestique et parentale de ces dernières. L'article s'intéresse enfin à la dynamique des relations de pouvoir et des arrangements, parfois conflictuels, au sein des couples : si l'économie des sentiments conjugaux peut générer, à la faveur de crises, un surcroît d'enrôlement des pères, elle contribue le plus souvent à perpétuer les inégalités de sexe dans la sphère privée.
      Based on research on thirty heterosexual couples, this article examines the social conditions of fathers' investment in domestic and parental work, between gender and class. It emphasizes the role of staggered working hours, which lead fathers to be alone at home, as well as situations of hypogamy. While fathers carry out specific work to secure the present and the future, they also take on a daily role of auxiliaries to their spouses. Their participation is the result of the socialization and enrollment work carried out by mothers, which adds to the latter's domestic and parental load. Finally, the article studies the dynamics of the power relations and sometimes conflictual arrangements within couples: while the economy of conjugal feelings may generate an increased enrollment of fathers thanks to crises, it most often contributes to perpetuating gender inequalities in the private sphere.
    • Les mises en ligne du travail domestique : une étude de comptes Facebook en milieu populaire - Dominique Pasquier p. 55-73 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      À partir de l'analyse des échanges et des liens partagés sur 46 comptes Facebook d'ouvrier·e·s et d'employé·e·s dans le secteur des services, cet article étudie, dans une perspective genrée, la production et la réception des messages concernant le travail domestique. On peut distinguer trois types de prise de parole sur le sujet : des plaintes sur la lourdeur des tâches venant de femmes sous la forme de messages rédigés qui déclenchent une chaîne de réactions empathiques entre femmes ; des panneaux trouvés en ligne qui revendiquent une reconnaissance du travail accompli par les femmes qui ne circulent que dans les comptes féminins; et des caricatures ou des histoires drôles contre la domination masculine qui peinent à trouver leur public. L'article constate la grande absence d'interlocuteurs masculins dans les échanges et pose la question des conditions d'une montée, dans les milieux populaires, d'aspirations à plus d'égalité formulées par des femmes qui trouvent un aussi faible écho chez les hommes.
      Based on the analysis of the exchanges and links shared on 46 Facebook accounts belonging to workers and employees in the service sector, this article studies the messages about domestic work produced and received from a gender perspective. Three types of speech on the subject can be distinguished: complaints about the burdensome nature of these tasks coming from women in the form of written messages, which trigger a chain of empathetic reactions among women; posts found online demanding the recognition of women's work which only circulate on women's accounts; and cartoons or funny stories against male domination which struggle to find an audience. The article notes the great absence of male interlocutors in these discussions, and raises the question, in the working classes, of the conditions for women's rising aspirations for more equality, which are so weakly taken up among men.
    • Qui lave le linge sale de la famille ? : Les couples hétéroparentaux et homoparentaux face au travail domestique - Michael Stambolis-Ruhstorfer, Martine Gross p. 75-95 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article étudie la répartition des tâches ménagères au sein de couples hétéroparentaux et homoparentaux en France. Il mobilise les données quantitatives de l'étude Elfe (Étude longitudinale française depuis l'enfance) et de Devhom (Homoparentalité, fonctionnement familial, développement, et socialisation des enfants). Jusqu'à présent, la littérature comparative a étudié le travail domestique comme un bloc. En détaillant six tâches, notre analyse dégage des schémas genrés précis qui, à partir de ces échantillons, distinguent les deux types de familles. Alors que les couples homoparentaux enquêtés partagent le travail domestique plus équitablement ou le font ensemble, les couples hétéroparentaux de l'échantillon étudié instaurent une assignation genrée des tâches que les mères assument seules, à l'exception des réparations et de la vaisselle. Ainsi, ces familles homoparentales semblent moins reproduire les normes qui traduisent la domination masculine de la distribution des tâches.
      This article studies the distribution of household tasks within different-sex and same-sex couples in France. It uses quantitative data from the Elfe study (French longitudinal study since childhood) and Devhom (same-sex parenting, family functioning, development, and socialization of children). So far, the comparative literature has studied domestic work as a block. By detailing six tasks, our analysis reveals precise gendered patterns which, based on these samples, characterize the two types of families. While the same-sex couples surveyed share domestic work more equitably or do it together, the different-sex couples in the sample establish a gendered assignment of tasks which mothers take on alone, with the exception of repairs and washing the dishes. Thus, these same-sex families seem less to reproduce the norms that reflect the male domination of the distribution of tasks.
    • Travail domestique et production d'un style de vie : Les femmes au foyer de classes supérieures - Lorraine Bozouls p. 97-114 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article analyse la nature et la répartition du travail domestique au sein de ménages de classes supérieures davantage dotés en capital économique que culturel, dont les femmes sont au foyer ou éloignées d'emplois rémunérateurs. En détaillant le rapport de ces femmes au travail domestique, on éclaire des situations asymétriques peu connues, qui renseignent de manière plus large sur l'articulation des rapports sociaux de genre et de classe. Parce que les ménages concernés poussent à son paroxysme la division sexuée du travail qui prévaut dans la majorité des couples, les situations des femmes au foyer offrent un effet de loupe sur les logiques genrées. Cet article démontre que les femmes au foyer sont loin d'être « inactives » et qu'elles participent pleinement au positionnement social du ménage en réalisant notamment un travail d'éducation, de consommation et d'entretien du capital social, qui façonne le style de vie de ces ménages, ancrés au sein des classes supérieures.
      This article analyzes the nature and distribution of domestic work within upper-class households, which are more endowed with economic than cultural capital, where women are housewives or are far from remunerative jobs. Closely examining the relationship of these women to domestic work sheds light on little-known asymmetric situations that provide insight into the interplay of gender and class social relations. Because the gendered division of labor that prevails in the majority of these households is pushed to the extreme, the situations of these housewives magnify gender logics. The article shows that the women are far from being “non-working” housewives, and that they fully participate in the social positioning of the household in particular by carrying out education, consumption, and maintenance of social capital work, shaping the lifestyle of their households, which are anchored within the upper classes.
    • Des femmes si privilégiées ? La fatigue d'être servi·e par des domestiques - Alizée Delpierre p. 115-131 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Alors qu'elles ont à leur service un·e, deux, trois, voire plusieurs dizaines d'employé·e·s domestiques à temps plein qui servent au quotidien leur famille, les femmes très fortunées rencontrées lors d'une enquête portant sur le recours à la domesticité des grandes fortunes affirment consacrer un temps et une énergie non négligeables à la gestion de leur foyer. Réservé aux ménages plutôt aisés dans les contextes où ils embauchent, le recours à la domesticité est pourtant un privilège : les femmes délèguent le travail reproductif à d'autres pour s'adonner au travail productif, et/ou aux loisirs. Mais les plaintes des femmes rencontrées, particulièrement privilégiées, méritent d'être prises au sérieux : cet article vise à discuter le paradoxe de leur investissement domestique alors même qu'elles ont recours à une domesticité importante. Il remet en question le fait que ces femmes soient soulagées du travail reproductif d'une part, et qu'elles le soient autant que leurs époux d'autre part. En fait, l'article montre qu'employer du personnel recrée un partage inégal et pérenne des tâches entre hommes et femmes employeur·e·s, et ce, même lorsque ces dernières travaillent : aux premiers les transactions financières pour rémunérer les employé·e·s, et aux secondes le travail relationnel et émotionnel nécessaire à la sélection et à la supervision du personnel, beaucoup plus engageant.
      While they have in their service one, two, three, or even several dozen full-time domestic workers who serve their families on a daily basis, the women interviewed during a survey on the use of domesticity by very wealthy families claim that they devote a significant amount of time and energy to the management of their homes. Reserved for rather affluent households in the contexts in which they hire, the use of domestic service is nevertheless a privilege: women delegate reproductive work to others to engage in productive work, and/or leisure. However, the complaints of the women interviewed, who are particularly privileged, deserve to be taken seriously: this article aims to discuss the paradox of their domestic investment even though they resort to significant domestic service. It questions whether these women are relieved of reproductive work on the one hand, and whether they are as relieved as their husbands on the other. In fact, the article shows that employing staff recreates an unequal and lasting division of labor between male and female employers, even when the latter work: the former handle the financial transactions to pay employees, while the latter handle the relational and emotional work necessary for the selection and supervision of staff, which is much more of a commitment.
  • Mutations

    • L'émigration étudiante des « filles du coin » : Entre émancipation sociale et réassignation spatiale - Élie Guéraut, Fanny Jedlicki, Camille Noûs p. 135-155 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article traite de la question des migrations résidentielles engendrées par la poursuite d'études supérieures en France. Si depuis les années 1990, l'accès à l'Université s'est largement massifié, cette ouverture s'est faite au prix d'une forte hiérarchisation des filières de l'enseignement supérieur, au sein de laquelle la position occupée dépend en grande partie du sexe et de l'origine sociale. Dans une première partie reposant sur l'exploitation de données statistiques et d'études de cas, cet article revient sur la dimension spatiale de la distribution des étudiant·e·s dans l'espace de l'enseignement supérieur. Les femmes tendent plus que les hommes à quitter leur lieu de résidence à l'issue du baccalauréat, mais également à y retourner une fois leurs études achevées, à plus forte raison dans les classes populaires. La deuxième partie de cet article montre que ce phénomène, qui concerne en particulier les jeunes femmes originaires des espaces ruraux et des villes petites et moyennes, s'explique par un déficit de ressources sociales ainsi que par les multiples rappels aux origines qui s'exercent sur elles. L'article souligne in fine les petites différences dans les trajectoires des étudiantes « du coin », selon la fraction occupée dans les classes populaires.
      This article deals with the question of the residential migrations caused by the pursuit of higher education in France. While since the 1990s, access to university has greatly increased, this evolution has come at the cost of a strong hierarchy of higher education courses, within which the position occupied largely depends on sex and social origin. In a first part based on the analysis of statistical data and case studies, the article examines the spatial dimension of the distribution of students in the higher education space. Women are more likely than men to leave their places of residence after the baccalaureate, but also to return after their studies, especially in the working classes. The second part of the article shows that this phenomenon, which concerns in particular young women from rural areas and small and medium-sized towns, can be explained by a deficit of social resources, as well as by the multiple reminders of their origins weighing on them. The article ultimately highlights the small differences in the life journeys of “local” students, depending on the fraction occupied in the working classes.
    • L'étoffe du travailleur. Genre et vêtement professionnel en France (années 1870-1920) - Jérémie Brucker p. 157-172 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, le vêtement de travail fait l'objet d'une attention accrue de la part des différents acteurs du monde professionnel. Loin d'être anodin et librement choisi par les travailleurs et les travailleuses, le vêtement de travail s'inscrit dans des dynamiques socio-économiques et dans des contextes politiques, culturels et professionnels diversement astreignants. Dirigeant·e·s, législateurs/rices, acteurs/rices de la société civile et travailleurs/euses participent à des processus de codification vestimentaire qui font de la tenue de travail le produit d'une fabrique sociale à la fin du XIXe siècle. Pratiques et interdits sociaux de genre tendent alors à normaliser les usages vestimentaires au sein du monde professionnel, notamment ouvrier et employé.
      At the end of the 19th and the beginning of the 20th centuries, work clothing received increased attention from the various actors in the professional world. Far from being trivial and freely chosen by workers, work clothing was part of socio-economic dynamics and of variously demanding political, cultural, and professional contexts. Managers, legislators, civil society actors, and workers participated in the process of clothing codification that made work clothes the product of a social construction at the end of the 19th century. Social gender practices and prohibitions therefore tended to normalize clothing uses within the professional world, in particular that of workers and employees.
  • Controverse : Rémunérer le travail domestique : une stratégie féministe ?

  • Critiques