Contenu du sommaire : Crises et reconfigurations élitaires. Contextes, échelles, temporalités

Revue Critique internationale Mir@bel
Numéro no 109, octobre-décembre 2025
Titre du numéro Crises et reconfigurations élitaires. Contextes, échelles, temporalités
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  • Pages de début - p. 1-4 accès libre
  • Éditorial - p. 5-9 accès libre
  • Thema

    • Ce que les crises font aux élites, ce que les élites font des crises - Christophe Birolini, Victor Violier, Antoine Vion p. 13-24 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Le dossier présenté par cet article vise à étudier ce que les crises font aux élites et ce que les élites font des crises. Il examine comment les crises modifient ou non les hiérarchies statutaires et la stratification sociale du sommet des sociétés, en portant une attention toute particulière aux temporalités d'action dans lesquelles s'opèrent d'éventuelles recompositions. Il invite à dépasser les lectures synchroniques simplificatrices et à analyser les relations entre élites et crises selon des temporalités, échelles et contextes variés. Le dossier propose ainsi quatre études de cas (Chili, Russie, Tunisie, Thaïlande) mettant en lumière la singularité des processus historiques, afin d'encourager d'autres enquêtes appuyées sur des hypothèses moins univoques que celles de la reproduction ou du basculement.
      The special issue this article introduces aims to study how crises affect elites and what elites do with crises. It examines how crises may or may not alter the status hierarchies and social stratification in the upper echelons of societies, paying particular attention to the timeframes in which eventual restructuring takes place. It encourages us to move beyond simplistic synchronic interpretations and to analyse the relationships between elites and crises according to different timeframes, scales, and contexts. The dossier thus presents four case studies (Chile, Russia, Tunisia, Thailand) highlighting the uniqueness of historical processes, to encourage further research based on less unambiguous hypotheses than those of reproduction or tipping point.
    • De quoi le consensus est-il le nom ? Négociations et interactions entre élites dans la Tunisie révolutionnaire - Déborah Perez p. 25-48 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article explore la manière dont les élites politiques tunisiennes ont négocié pour sortir de la crise ouverte à l'été 2013 et ont pu terminer la rédaction de la constitution qui inaugure l'éphémère deuxième République tunisienne (2014-2022). Il s'appuie sur des entretiens et des observations in situ pour donner à voir la crise en train de se faire mais aussi restituer son historicité et sa sédimentation au sein des milieux élitaires tunisiens sur le temps long. Il montre que le consensus à la tunisienne, souvent analysé comme un pacte entre anciennes et nouvelles élites, repose sur une multitude d'échelles de négociations mobilisant des ressources anciennes dans le cadre d'une socialisation nouvelle construite par la configuration constituante. Il souligne la fragilité de la position sociale de la nouvelle majorité politique, qui peine à intégrer les groupes élitaires et à produire de nouvelles normes définissant l'appartenance à l'élite du nouveau régime.
      This article explores the way in which Tunisian political elites negotiated their way out of the crisis that began in the summer of 2013 and were able to complete the drafting of the constitution that inaugurated Tunisia's short-lived Second Republic (2014-2022). Based on interviews and observations in situ, the article shows the crisis in the making, but also reconstructs its historicity and its sedimentation within Tunisian elite circles over time. It shows that the Tunisian-style consensus, often analysed as a pact between old and new elites, is based on a multitude of negotiation scales mobilising old resources in the context of a new socialisation constructed by the constituent configuration. It highlights the fragility of the social position of the new political majority, which is struggling to integrate elite groups and produce new norms defining membership of the new regime's elite.
    • Conserver sa place en temps de crise. Les élites juridiques conservatrices chiliennes face au changement constitutionnel (2019-2023) - Elsa Marsande p. 49-71 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Comment les élites réagissent-elles à la remise en cause de l'ordre constitutionnel dont elles sont les héritières ? Cet article propose une lecture des stratégies adoptées par les élites juridiques conservatrices chiliennes en réaction aux processus de changement constitutionnel survenus entre 2020 et 2023. Ces groupes investis dans la préservation des principes inscrits dans la Constitution adoptée en 1980 pendant la dictature militaire prennent part aux différentes étapes de rédaction d'une nouvelle loi fondamentale. Pour ce faire, ils mobilisent les ressources disponibles dans les espaces au sein desquels ils sont positionnés : les universités, les partis politiques et les centres d'études permettent aux juristes conservateurs de s'investir dans les processus constitutionnels. Leur capacité d'adaptation au changement illustre la continuité des stratégies qui assurent le maintien de leurs positions dominantes.
      How do elites react to the challenging of the constitutional order from which their positions are directly inherited? This article examines the strategies adopted by Chilean conservative legal elites in response to the processes of constitutional change that unfolded between 2020 and 2023. These groups, committed to preserving the principles enshrined in the Constitution enacted during the military dictatorship, actively participate in the various stages of drafting a new fundamental law. In doing so, they mobilise the resources available to them within the institutional arenas they inhabit – universities, political parties, and think tanks – which serve as platforms for their engagement in the constitutional process. Their capacity to adapt to change reflects the enduring strategies which secure their continued dominance.
    • 1991, fin de parti(e) pour les écoles du PCUS ? Conditions et modalités de survie d'un dispositif institutionnel de formation des cadres dans la transition postcommuniste en Russie - Victor Violier p. 73-96 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Avant même la chute de l'URSS, la dissolution du Parti communiste de l'Union soviétique et la disparition de ses organisations après le putsch raté de sa fraction conservatrice en août 1991 conduisent à la remise en question de l'existence des espaces ordinaires de régulation de l'ordre institutionnel et des luttes sociales et politiques. Cet article s'intéresse au temps court de la transition post-soviétique en Russie pour comprendre un apparent paradoxe : la survie d'un dispositif institutionnel de formation des cadres à la chute du régime politique qui l'a engendré et dont il visait à assurer la domination politique sur la société. Cette focale est doublée d'une attention particulière portée aux configurations locales dans deux régions différentes – au Nord-Ouest d'une part et en Sibérie d'autre part –, dont l'étude successive contredit l'illusion téléologique d'un mouvement d'ensemble des différentes écoles du Parti à la chute de l'URSS. Si ces dernières ont connu une destinée semblable, les trajectoires qu'elles ont empruntées n'ont pas été semées des mêmes embûches.
      Even before the collapse of the USSR, the end of the Communist Party and the disappearance of its organisations, following the failed putsch by its conservative faction in August 1991, led to the questioning of the existence of ordinary spaces for regulating the institutional order and social and political struggles. This article focuses on the short period of Russia's post-Soviet transition to understand the paradox of the survival of an institutional mechanism for executive training after the collapse of the political regime that spawned it and whose political domination it was intended to ensure. This focus is coupled with a particular attention to local configurations in two different regions – in the North-West, on the one hand, and in Siberia, on the other – whose successive study contradicts the teleological illusion of an overall movement of the various Party schools at the fall of the USSR. Although their destinies were similar, the paths they took were not strewn with the same pitfalls.
    • Renforcement et déstabilisation des dirigeants économiques dans les crises thaïlandaises - Antoine Vion, Gwendoline Promsopha p. 97-121 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article a pour but d'éclairer l'instabilité politique chronique que connaît la Thaïlande depuis le milieu des années 2000. Il s'appuie pour cela sur le concept de désalignement entre l'accès des élites aux rentes économiques et leur accès au rang, c'est-à-dire à une reconnaissance symbolique et institutionnelle de leur légitimité. En effet, l'autonomisation rapide d'une élite sino-thaï montante a provoqué un désalignement majeur entre son pouvoir économique croissant et la légitimité des établis issus de l'aristocratie ou de l'armée, c'est-à-dire une contradiction majeure entre une conception de la légitimité des élites fondée sur la recherche de rente et une conception fondée sur la permanence du rang social et politique. Nous montrons comment les élites traditionnelles thaïlandaises ont réagi à cette remise en cause de leur rang par l'activation de verrous institutionnels (cours constitutionnelle et judiciaires, conseils et bourse).
      This article seeks to shed light on the chronic political instability that has characterised Thailand since the mid-2000s. It does so by drawing on the concept of misalignment between elites' access to economic rents and their access to rank, understood as the symbolic and institutional recognition of their legitimacy. Specifically, the rapid empowerment of a rising Sino-Thai elite has generated a major misalignment between their growing economic power and their search for access to the highest ranks occupied by the established elites, that is members of the aristocracy and the military. This misalignment reveals a fundamental contradiction between two competing conceptions of elite legitimacy: one based on rent-seeking and economic performance, the other on the continuity of social and political rank. We demonstrate how traditional Thai elites have responded to this challenge by activating a range of courts, councils, and stock market institutional lock-in.
  • Varia

    • Hauts fonctionnaires-1, experts internationaux-0 ? Quand l'expertise internationalisée échoue à imposer des réformes éducatives en Égypte - Youssef Sharaf p. 125-148 accès réservé avec résumé avec résumé en anglais
      Révolution annoncée, reprise en main assurée. Lancée en 2018 par le ministre égyptien de l'Éducation et un cercle d'experts au capital cosmopolite – formations étrangères, réseaux transnationaux –, avec l'appui de la présidence et des bailleurs internationaux, la réforme EDU 2.0 entend refondre les programmes scolaires et numériser l'école égyptienne. Cependant, sa mise en œuvre échappe vite à ses promoteurs : les hauts fonctionnaires du ministère de l'Éducation, forts d'un capital domestique accumulé au fil de longues carrières étatiques et arrimé à des réseaux politico-sécuritaires, s'imposent aux commandes de la réforme. Loin de se contenter d'y résister, ils retraduisent les prescriptions internationales, s'approprient le registre réformateur et en forgent une version légitime pour l'État. Se dessine ainsi une configuration où l'expertise internationalisée est repoussée aux marges, tandis que la haute bureaucratie réaffirme sa centralité dans la fabrique des politiques éducatives.
      Announced revolution, reclaimed command. Launched in 2018 by Egypt's Minister of Education alongside a circle of experts endowed with cosmopolitan capital – shaped by foreign training and transnational networks – and backed by the presidency and international donors, the EDU 2.0 reform set out to overhaul school curricula and digitise the national school system. Its trajectory, however, soon slipped from the hands of its promoters: senior bureaucrats within the Ministry of Education, armed with domestic capital accrued through long state careers and tied to established networks, reasserted control. Far from merely resisting, they reinterpreted international directives, appropriated the reformist discourse, and fashioned a version made legitimate to the state. What emerged is a configuration where internationalised expertise is pushed to the margins, while the higher state bureaucracy reaffirms its centrality in shaping education policy.
  • Lectures

  • Pages de fin - p. 157-158 accès libre