Contenu du sommaire : Coproduire la ville par le bas, perspectives franco-brésiliennes

Revue Participations Mir@bel
Numéro no 40, 2024/3
Titre du numéro Coproduire la ville par le bas, perspectives franco-brésiliennes
Texte intégral en ligne Accessible sur l'internet
  • Dossier : Co-produire la ville par le bas, perspectives franco-brésiliennes

    • Introduction. Coproduire la ville « par le bas », perspectives franco-­­brésiliennes - Agnès Deboulet, Pedro Gomes, Philippe Urvoy p. 7-34 accès libre
    • Outiller les mobilisations urbaines. Regards croisés entre deux associations ­­d'accompagnement technique et politique en France et au Brésil - Romain Gallart, Élise Havard dit Duclos, Caio Santo Amore p. 35-69 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Depuis les années 1960, des coopérations entre habitant·es de quartiers populaires ou précaires, praticien·nes et universitaires se mettent en place en France et au Brésil pour construire une ville « par le bas ». Les collectifs ­­d'acteurs et actrices intermédiaires, au sein desquels les universitaires occupent une place importante, jouent un rôle fondamental dans la mise en œuvre de ces dynamiques de coproduction urbaine. Les accompagnements techniques au Brésil constituent progressivement un champ professionnel et militant qui se construit, bien ­­qu'à la marge, depuis les années soixante. Au contraire, en France, ces pratiques apparaissent plus éclatées et ne se revendiquent pas nécessairement ­­d'un vocable commun. Depuis les premiers ateliers populaires ­­d'urbanisme, de nouvelles démarches émergent au début des années 2010, notamment avec la création de ­­l'association APPUII. Tant en France ­­qu'au Brésil, ces collectifs de militant·es, praticien·nes et universitaires restent relativement peu documentés par les scientifiques. À partir de la mise en perspective de deux associations intermédiaires (APPUII en région parisienne et Peabiru à São Paulo), cet article analyse les configurations de ces collaborations et ce ­­qu'elles disent des circulations entre les mondes militants, professionnels et académiques.
      Since the 1960s, cooperation between residents of ­­working-­­class or precarious neighborhoods, professionals, and academics has been taking place in France and Brazil in order to build a city "from below." Collectives of intermediary actors, within which academics occupy an important place, take varied forms depending on the region. They play a fundamental role in the implementation of these dynamics of urban ­­co-­­production. The Brazilian “Assessorias Técnicas” have been working to build a professional field since the 1960s. By contrast, in France, these practices appear more fragmented and do not necessarily use a common term. Since the first popular urban planning workshops in the 1960s, new approaches emerged in the early 2010s, notably with the creation of the APPUII association. Both in France and Brazil, these civil organizations of professionals, academics, and activists remain relatively undocumented in the academic field. Based on the comparison of two intermediary associations (APPUII in the Paris region and Peabiru in São Paulo), this article analyzes the configurations of these collaborations and what they say about the circulation between the academic, activist, and professional worlds.
    • Articulations dans les ocupações du centre de São Paulo. Productions collectives et luttes pour le logement populaire - Lara Isa Costa Ferreira, Estevam Vanale Otero, Talita Anzei Gonsales, Nathália Conte Mendes Batista, Bárbara Caetano Damasceno p. 71-103 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article présente et analyse les dynamiques de production collective au sein des luttes pour ­­l'accès à un logement décent en faveur des populations démunies dans les bâtiments occupés par des mouvements sociaux dans le centre de São Paulo (ocupações). Le travail est basé sur une recherche menée dans le cadre du projet de recherche ­­franco-­­brésilien CoPolis. À partir de la position de ­­l'université, nous examinons les processus collaboratifs associant mouvements sociaux, équipes techniques et pouvoirs publics. ­­L'objectif est de cartographier les relations qui ont construit ces luttes et ­­d'aider à illustrer ce que nous nommons « articulations », à travers ­­l'analyse de trois expériences différentes dans lesquelles ont été impliqué·es les auteur·es, avec différents degrés ­­d'engagement.
      This article seeks to present and analyze the processes of collective production in the struggle for access to decent housing for the impoverished population through practices developed in buildings occupied by social movements in the center of São Paulo (ocupações). Its findings are based on research carried out as part of the ANR-FAPESP research project CoPolis. Starting from the position of the university, we look at processes carried out with social movements, technical teams, and public authorities. The aim is to map the relationships that have built up these struggles and to help illustrate what we call “connections” by presenting and reflecting on three different experiences with which the authors had different levels of proximity and involvement.
    • Coproduire la ville démocratique : les registres du soutien aux mobilisations urbaines dans les quartiers populaires - Sylvain Adam, Agnès Deboulet, Benjamin Leclercq p. 105-142 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article explore les ressorts de la coproduction urbaine dans la mise à ­­l'agenda des mobilisations de résident·es face à des projets urbains contestés. Il analyse pour ce faire le positionnement et les répertoires ­­d'actions ­­d'une association qui voit le jour dans les années 2010 en France, en réponse aux contradictions démocratiques véhiculées et mises en œuvre par les politiques et projets urbains dans les quartiers populaires. Le propos questionne ainsi les enjeux techniques, politiques mais aussi épistémiques ­­d'actions coproduites entre professionnel·les, « personnes concernées » et universitaires dans des situations de conflit centrées sur les injustices urbaines et démocratiques. En examinant la nature des liens et alliances qui engagent ces protagonistes, le propos interroge également la façon dont la coproduction ­­s'inscrit dans un partage des connaissances moins inégalitaire, permettant de transcender certaines asymétries de pouvoir et de savoirs.
      This paper investigates the conditions for urban ­­co-­­production in residents' contests of ­­top-­­down urban projects. It thus brings to light the positioning of a civil society organization created in the 2010s in France. Calling for a ­­re-­­examination of the technical, political, and epistemic challenges of ­­co-­­production among professionals, “people affected,” and academics, it questions these conflicts oriented around urban and democratic injustices. In this paper, we pay attention to bonds and intermediation alliances enabling ­­co-­­production between neighborhoods groups, facilitators, academic actors, and broader networks, while also highlighting methods for more democratic ­­knowledge-­­sharing.
    • Contester les projets olympiques en ­­Seine-­­Saint-Denis.Une coproduction des connaissances face à ­­l'urbanisme événementiel ? - Martine Drozdz, Marianna Kontos, Philippe Urvoy p. 143-174 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Depuis 2017, le Comité de vigilance JO 2024 à ­­Saint-­­Denis mobilise habitant·es, associations et chercheur·es pour contester les projets urbains liés aux Jeux olympiques et paralympiques de Paris 2024. Face aux transformations imposées par cet urbanisme événementiel, le collectif élabore des ­­contre-­­expertises habitantes et citoyennes – diagnostics, plaidoyers et projets alternatifs – pour documenter les effets sociaux et environnementaux de ces aménagements et demander une meilleure prise en compte des besoins locaux. Cet article analyse le processus de coproduction des savoirs entre habitant·es, militant·es, professionnel·les et chercheur·es visant à construire un récit alternatif audible et crédible des projets olympiques, à informer ­­l'opinion publique et à interpeller les institutions. En explorant la dimension épistémique de cette mobilisation, il ­­s'agit de comprendre comment des savoirs collectifs, ancrés dans ­­l'expérience locale, peuvent influencer la fabrique urbaine dans un contexte de ­­méga-­­événements et renforcer la capacité des populations à faire face aux défis ­­socio-­­spatiaux et environnementaux actuels.
      Since 2017, in ­­Seine-­­Saint-Denis (France), the Comité de Vigilance JO 2024 has been mobilizing residents, associations, and researchers to challenge the urban projects linked to the Paris 2024 Olympic and Paralympic Games. Faced with the transformations imposed by this ­­event-­­driven urban planning, the collective has been developing forms of ­­counter-­­expertise with residents and citizens, such as territorial analysis, pleas, and alternative projects. The aim was to document the social and environmental effects of these developments and to call for local needs to be better taken into account. This paper explores the processes of ­­co-­­production of knowledge between residents, activists, professionals, and researchers, aimed at building an audible and credible alternative account of the Olympic projects, informing public opinion, and challenging public and private organizations. By exploring the epistemic dimension of this mobilization, the objective of this research is to understand how collective knowledge, rooted in local experience, can influence the urban fabric in the context of ­­mega-­­events and strengthen people's ability to cope with current ­­socio-­­spatial and environmental challenges.
    • Circulations militantes et académiques : ­­l'extension de la lutte dans la gouvernance municipale - João Sette Whitaker Ferreira, Agnès Deboulet, Julien Talpin p. 175-192 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Pour ce numéro de la revue Participations consacré à la coproduction urbaine en France et au Brésil, nous avons souhaité interviewer João Sette Whitaker Ferreira. Actuellement directeur de la Faculté ­­d'architecture, urbanisme et design de ­­l'Université de São Paulo (FAUUSP), il est le coresponsable du programme de recherche ­­franco-­­brésilien CoPolis (« Coproduction sociale de la ville et recherche citoyenne », financé en France par l'ANR et au Brésil par la FAPESP). Ce programme a permis ­­d'engager des travaux comparatifs et des ­­recherches-­­actions dans ces deux pays à partir des quartiers précaires et populaires. João Sette Whitaker Ferreira illustre parfaitement la circulation des pratiques et des idées entre les milieux académiques, altermondialistes et professionnels critiques. Dans cette interview, il témoigne de la façon dont le contrat démocratique ­­s'incarne dans la gestion municipale des inégalités ­­socio-­­spatiales, en particulier et autour de ­­l'accès au logement. Il montre aussi comment, depuis trente ans, se sont tissés des liens profonds entre mouvements sociaux et certain·es professionnel·les et universitaires par le biais de ­­l'« extension » et de la circulation avec la gouvernance urbaine de gauche, ­­qu'il a ­­lui-­­même incarnées en tant que secrétaire municipal au Logement de la ville de São Paulo. Par les différentes positions ­­qu'il a occupées, il a encouragé et facilité des pratiques de coproduction de la ville, où chercheur·es, militant·es ­­d'associations et institutions coopèrent pour promouvoir la justice spatiale. Cette interview a donc aussi valeur de témoignage.
      For this issue of Participations devoted to urban ­­co-­­production in France and Brazil, we wanted to interview João Sette Whitaker Ferreira. Currently Director of the Faculty of Architecture, Urban Planning, and Design at the University of São Paulo, he is ­­co-­­director of the ­­Franco-­­Brazilian CoPolis research program, which has enabled comparative work and ­­action-­­research to be carried out in both countries in precarious and ­­working-­­class neighborhoods. João Sette Whitaker Ferreira is a perfect illustration of the circulation of practices and ideas between academic, ­­anti-­­globalization, and critical professional circles. In this interview, he describes how the democratic contract is embodied in the municipal management of ­­socio-­­spatial inequalities, in particular around access to housing. He also shows how, over the last thirty years, deep links have been forged between social movements and certain professionals and academics through the “extension” and circulation with ­­left-­­wing urban governance, which he himself embodied as Municipal Secretary for Housing in the City of São Paulo. Through the various positions he has held, he has embodied and facilitated practices of ­­co-­­production of the city, where researchers, association activists, and institutions cooperate to promote spatial justice. This interview is therefore also a testimonial.
  • Varia

    • La fabrique de ­­l'électorat. Pour une praxiographie de la participation politique au Cameroun - Georges Macaire Eyenga p. 195-222 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article explore la fabrique de ­­l'électorat en tant ­­qu'entité politique et figure de souveraineté au sein des sociétés contemporaines. Il ­­s'intéresse aux pratiques des street level bureaucrats que sont les agent·es ­­d'Élections Cameroon (Elecam) et examine les conditions sociotechniques de ­­l'enregistrement de ­­l'électorat sur les registres de vote biométriques et leur impact sur ­­l'accès au droit de vote. ­­L'analyse repose sur des données recueillies lors ­­d'une enquête réalisée entre 2021 et 2024 à la Direction Générale des Élections (DGE) ainsi ­­qu'au niveau de ses bureaux locaux dans la ville de Soa et à Nkolmesseng (arrondissement de Yaoundé). ­­D'un point de vue théorique, ­­l'enquête ­­s'appuie sur les recherches portant sur les bureaucraties publiques afin ­­d'analyser comment ces agent·es négocient et improvisent dans un environnement caractérisé par un manque de ressources et ­­d'infrastructures. Cela permet de nuancer les théories sur la corruption généralisée et ­­l'inertie des fonctionnaires, souvent avancées dans une certaine littérature. ­­L'analyse montre que ­­l'électorat ­­n'est pas simplement une entité légale, mais résulte ­­d'un ensemble de facteurs sociotechniques, incluant la bureaucratie, les infrastructures technologiques, les normes, les pratiques, les ressources et le contexte sociopolitique. Elle met également en lumière les implications de ­­l'engagement de ces agent·es envers ­­l'idéal du Leave No One Behind (LNOB), les positionnant ainsi comme de véritables faiseurs et faiseuses de ­­l'électorat.
      This article explores the construction of the electorate as a political entity and figure of sovereignty within contemporary societies. It focuses on the practices of ­­street-­­level bureaucrats, specifically the agents of Elections Cameroon (Elecam), and examines the sociotechnical conditions surrounding the registration of voters in biometric voter registers and their impact on access to the right to vote. The analysis is based on data collected during a field study conducted between 2021 and 2024 at the General Directorate of Elections (DGE) and its local offices in the town of Soa and in Nkolmesseng (Yaoundé district). Theoretically, it draws on research on public bureaucracies to analyze how these agents negotiate and improvise in an environment characterized by a lack of resources and infrastructure. This perspective allows for a nuanced understanding of the theories on widespread corruption and bureaucratic inertia, which are often advanced in certain literature. The analysis demonstrates that the electorate is not merely a legal entity but is shaped by a range of sociotechnical factors, including bureaucracy, technological infrastructures, norms, practices, resources, and the sociopolitical context. It also highlights the implications of these agents' commitment to the ideal of “Leave No One Behind” (LNOB), positioning them as true architects of the electorate.
    • Les réseaux sociaux en territoire populaire : des usages électoraux informatifs et fragmentés - Marie Neihouser, Tristan Haute p. 223-250 accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article interroge, à partir ­­d'une enquête à la sortie des urnes, la manière dont les votant·es ­­d'un territoire populaire, la ville de Roubaix, se sont approprié les réseaux sociaux lors de la campagne présidentielle française de 2022. Nous avons ainsi distingué six groupes de votant·es en fonction de leurs usages électoraux des réseaux sociaux et mis en évidence trois types ­­d'inégalités dans la participation politique en ligne : un premier type différencie les personnes qui sont politiquement actives en ligne de celles qui ne le sont pas ; un deuxième celles qui produisent du contenu sur des plateformes dédiées de celles qui ne font ­­qu'en consommer sur des plateformes généralistes ; et un troisième celles qui utilisent des plateformes ­­semi-­­fermées de celles qui utilisent des plateformes ouvertes.
      Using an exit poll, this article analyzes how voters in a ­­working-­­class area, the city of Roubaix (France), used social media during the 2022 presidential campaign. We identify six groups of voters based on their online activities and highlight three types of inequality in online political participation: The first differentiates between those who are politically active online and those who are not; the second between those who produce political content on dedicated platforms and those who merely consume it on generalist platforms; and the third between those who use ­­semi-­­closed platforms and those who use open platforms.