Contenu du sommaire

Revue Carnets de géographes Mir@bel
Numéro no 19, 2025
Texte intégral en ligne Accessible sur l'internet
  • Carnets de recherche

    • Le temps long d'une carte scientifique urbaine : l'Oncopole de Toulouse et Toulouse Aerospace - Jérôme Lamy, Josselin Tallec accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      L'article évoque la constitution de la carte scientifique de Toulouse. L'implantation des institutions savantes est le produit de processus historiques complexes, mobilisant des imaginaires politiques très divers. Les politiques publiques d'aménagement reposent sur des discours mobilisant des ressorts sémantiques géographiques très éprouvés (réseaux, gouvernance, compétitivité). En deçà de ces ressources lexicales, l'histoire locale fournit une importante matière pour construire un récit politique d'aménagement : le territoire scientifique urbain est, sur le temps long, un chantier en perpétuel renouvellement, ce qui contribue à nourrir un imaginaire toulousain de la ville savante par essence. Deux études de cas (l'aménagement de « Toulouse Aerospace » et celui de l'« Oncopole ») permettent de montrer comment le discours politique oscille entre deux pôles de mobilisation historique. Dans le cas de « Toulouse Aerospace », la matière historique est recomposée en véritable mythe pour faire des activités aéronautiques et spatiales un secteur économique et technique évident pour la ville. Concernant l'« Oncopole », c'est au contraire la rupture instaurée par l'explosion de l'usine d'AZF qui fournit le cadrage d'une histoire commencée par une rupture.
      The article evokes the constitution of the scientific map of Toulouse. The establishment of scientific institutions is the product of complex historical processes, mobilizing very profuse political imaginations. Public planning policies are based on discourses that mobilize well-tried geographical semantic resources (networks, governance, competitiveness). Beyond these lexical resources, local history provides important material for constructing a political narrative of development: the urban scientific territory is, over the long term, a construction site in perpetual renewal, which contributes to nourishing a Toulouse imaginary of the essentially scientific city. Two case studies (the development of “Toulouse Aerospace” and the “Oncopole”) show how political discourse oscillates between two poles of historical mobilization. In the case of Toulouse Aerospace", the historical material is recomposed into a veritable myth in order to make aeronautical and space activities an obvious economic and technical sector for the city. In the case of the “Oncopole”, it is, on the contrary, the rupture created by the explosion of the AZF factory that provides the framework for a history that began with a rupture.
  • Carnets de terrain

    • « Présent·es, jamais absent·es » - Cristina Del Biaggio accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Cet article s'appuie sur une recherche de terrain effectuée à la frontière franco-italienne dans le cadre du projet de recherche DisFrontAlp. Lors de ce terrain d'une durée de deux semaines, j'ai notamment rencontré deux employées du service de l'état civil de Menton (France) et de Vintimille (Italie), ainsi que des chercheur·es, des exilé·es, des militant·es et des salarié·es de divers collectifs et associations actives à Turin et dans deux régions frontalières : Alpes Maritimes / Ligurie et Hautes-Alpes / Val de Suse. Le terrain - effectué principalement pour compléter le jeu de données - que j'ai commencé à compiler en 2017 sur les personnes en migration décédées en traversant les frontières alpines, a permis à la fois d'ajouter des cas de décès dont seules les administrations municipales détenaient l'information, mais également de se rendre sur les lieux où des initiatives mémorielles ont vu le jour.
      This article is based on a fieldwork carried out on the French-Italian border as part of the research project DisFrontAlp. During the two-weeks fieldwork, I met two employees of the civil registry offices in Menton (France) and Ventimiglia (Italy), as well as researchers, migrants, activists and employees of various groups and associations active in Turin and in two border regions: Alpes Maritimes / Liguria and Hautes-Alpes / Susa Valley. The fieldwork, carried out mainly to complete the dataset I began compiling in 2017 on migrants who died crossing the Alpine borders, made it possible both to add cases of deaths for which only the municipal authorities held the information, and to visit places where memorial initiatives had been set up.
    • Quand les parcours de vie nous informent sur les lieux (et vice versa) - Simone Ranocchiari accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Pour mon doctorat en géographie, j'ai fait le choix d'étudier les lieux autogérés de Rome à partir de l'étude des histoires de vie de leurs activistes. Pour ce faire, j'ai été amené à privilégier des concepts et méthodes issus de la sociologie, notamment celui de carrière militante. Progressivement, j'ai réalisé que ces emprunts interdisciplinaires étaient capables de générer une analyse résolument géographique. En effet, l'analyse des histoires de vie des activistes s'est avérée cruciale pour une meilleure compréhension de ces espaces, mettant en lumière des aspects de ces lieux qui auraient été autrement difficiles d'accès. Elles m'ont permis : (1) de cerner la « genèse intime » de ces espaces, c'est-à-dire les mécanismes microsociaux derrière leur création et leur évolution ; (2) d'identifier certains attributs de ces lieux en fonction du rôle qu'ils jouent dans la vie de ces personnes. Cet article montre que cette démarche, qui consiste à étudier les lieux à travers les histoires de vie des personnes qui les pratiquent, s'inscrit dans un mouvement déjà présent dans plusieurs disciplines et que l'on peut regrouper – comme je propose ici – sous le terme d'« approches géobiographiques ». Identifier et nommer cet ensemble pourrait faciliter le dialogue et les croisements entre des démarches parfois encore trop éparpillées dans leurs disciplines.
      In my geography PhD, I chose to study the self-managed spaces of Rome through the life stories of their activists. In doing so, I leaned towards concepts and methods from sociology, particularly the concept of militant career. Gradually, I realized that these interdisciplinary borrowings could generate a distinctly geographical analysis. Indeed, analyzing the life stories of activists proved crucial for a better understanding of these spaces, highlighting aspects of these places that would have otherwise been difficult to access. They allowed me to: (1) grasp the “intimate genesis” of these spaces, i.e., the microsocial mechanisms behind their creation and evolution; (2) identify certain attributes of these places based on the role they play in these individuals' lives. This article shows that this approach, which consists in studying places through the life stories of the people who inhabit them, is part of a movement already present across several disciplines and which can be brought together – as I propose here – under the term “geobiographical approaches.” Identifying and naming this ensemble could help foster dialogue and cross-fertilization among approaches that remain, for now, too scattered within their respective disciplines.
  • Carnets d'enseignement

    • À Madagascar, une cour d'école pas ordinaire avec des élèves extraordinaires - Jean-Pierre Chevalier accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Un peu partout dans le monde la cour d'école sert presque exclusivement aux jeux libres des élèves pendant les récréations et à des mises en rang lors des déplacements pour les entrées et sorties des salles de classe. À Madagascar, comme dans de nombreux pays du Sud, la principale différence avec les cours des pays d'Europe est le mât où flotte le drapeau national, un haut lieu au pied duquel se déroulent des cérémonies. Mais durant une journée d'école c'est, comme souvent en Europe, un espace vide. À l'inverse, nous présenterons ici une école où la cour et son préau servent sans discontinuité à des activités. Certes les conditions climatiques des hauts plateaux malgaches y sont favorables, mais ce sont surtout les choix de l'équipe pédagogique qui déterminent ces usages variés et simultanés de la cour et du préau au long de la journée scolaire.
      Everywhere in the world, the schoolyard is used almost for free play by students during recess and for lining up when moving to and from the classrooms. In Madagascar, as in many countries of the South, the main difference with the schoolyards of Europe is the pole where the national flag is hoisted, a high place around which ceremonies are organized. But during a school day it is, as often in Europe, an empty space. Conversely, here we will present a school where the courtyard and its covered courtyard are used continuously for activities. Certainly, the climatic conditions of the Malagasy highlands are favorable, but it is above all the choices of the teaching team which determine these varied and simultaneous uses of the courtyard and the playground throughout the school day.
    • Le corps dans la recherche : vers une heuristique et un prendre-soin - Andrea Mathez, Lise Landrin, Leila Chakroun, Soufiane Guerraoui accès libre avec résumé avec résumé en anglais
      Malgré la prise en compte croissante de la politique des corps et de leur centralité dans les recherches, en particulier celles portant sur les luttes contre les systèmes d'oppression (feminist studies, gender studies, decolonial studies, subaltern studies), le corps de chercheur·euse·s peine à être problématisé et a fortiori à être visibilisé dans ses vulnérabilités. La corporéité des chercheur·euse·s est, au mieux, niée, au pire sacrifiée, pour des questions d'objectivité ou d'efficacité. Pourtant, d'autres approches et méthodologies émergent pour prôner une véritable prise en compte du corps dans ses rythmes et ses limites. Le corps pourrait-il être un partenaire de recherche, un allié ? Dans cette mouvance, une petite équipe transdisciplinaire entre sciences humaines et sociales, géographie et arts de la scène a organisé un atelier résidentiel à destination de doctorant·e·s, afin de les aider à développer une heuristique de la corporalité dans leur thèse. Sous l'intitulé « Le corps le grand oublié ? Exploration des épistémologies incorporées », cet atelier proposait d'explorer collectivement et sur trois jours, différentes modalités d'intégration du corps/de leur corps dans le processus de recherche.
      Despite the growing attention paid to the politics of bodies and their centrality in research, particularly in fields engaged in resistance against systems of oppression (feminist studies, gender studies, decolonial studies, subaltern studies) — the researcher's body still struggles to become an object of problematisation and, even more so, to be made visible in its vulnerabilities. The corporeality of researchers is, at best, denied and, at worst, sacrificed in the name of objectivity or efficiency. Yet other approaches and methodologies are emerging that call for a genuine consideration of the body, its rhythms, its limits, and its epistemic potential. Could the body itself become a research partner, even an ally? In this spirit, a small transdisciplinary team spanning the social and human sciences, geography, and the performing arts organised a residential workshop for doctoral students, designed to support them in developing a heuristic of corporeality within their doctoral research. Entitled “The Body: The Great Forgotten? Exploring Embodied Epistemologies”, the workshop proposed a three-day collective exploration of different ways to integrate the body/their own bodies into the research process.
  • Carnets de soutenance

  • Carnets de lecture