Contenu du sommaire : Prix des jeunes auteurices 2024
| Revue |
Sociologie du travail |
|---|---|
| Numéro | vol. 67, no 2, avril-juin 2025 |
| Titre du numéro | Prix des jeunes auteurices 2024 |
| Texte intégral en ligne | Accessible sur l'internet |
In Memoriam
- In Memoriam Pierre Tripier (1934‑2025) - Pierre Desmarez

- In Memoriam Pierre Tripier (1934‑2025) - Pierre Desmarez
Prix des jeunes auteurices
- Éditorial - La rédaction

- Sur la chaîne de production de l'intelligence artificielle. Une sociologie du travail algorithmique - Camille Girard-Chanudet
Cet article traite du travail de conception de l'intelligence artificielle (IA). À partir d'une enquête ethnographique menée au sein d'un service spécialisé de la Cour de cassation, il montre que la fabrique algorithmique mobilise de multiples acteurs qui, au-delà des seules professions techniques, participent au travail des données qui sous-tend l'IA. Magistrat·es, annotatrices et data scientists concourent, selon des configurations et des temporalités distinctes, à l'effort d'encapsulation du contenu des décisions de justice, nécessaire à l'automatisation de leur traitement. Iels réalisent un travail constant d'articulation, visant à faire coïncider les éléments hétérogènes et imprévus contenus dans les décisions de justice avec un système rigide de classification. L'article identifie trois étapes structurantes de ce travail : la mise en classe, la mise en calcul et la surveillance algorithmique. Loin de se succéder de façon linéaire, celles-ci sont caractérisées par des doutes, des allers-retours et des ajustements, par lesquels les travailleureuses de l'IA cherchent à pallier la résistance que les données opposent à leur catégorisation. Les activités et choix opérés collectivement donnent corps, progressivement, au dispositif algorithmique et aux résultats que celui-ci produit. Cet article participe ainsi à l'édification d'une sociologie du travail algorithmique attentive aux acteurs engagés dans le développement et la maintenance de l'IA.This article examines the work that underpins the development of artificial intelligence (AI). Based on an ethnographic study of the AI department at the French Supreme Court, it demonstrates that the production of algorithms involves a variety of actors who, beyond the technical professions, play a role in the data work that supports AI. Judges, annotators and data scientists contribute to encapsulate the content of court rulings, enabling their automated processing. They engage in constant articulation work as they seek to reconcile the unpredictable and varied elements of judicial decisions with a rigid classification system. The article identifies three key stages in this process: classification, calculation, and algorithmic surveillance. These stages are characterised by uncertainties, revisions, and iterative adjustments, as AI workers attempt to overcome the resistance that data presents to categorisation. This article contributes to the development of studies on algorithmic work by focusing on the actors involved in developing and maintaining AI. - À la recherche de la coopération patronale. Les stratégies relationnelles de l'inspection du travail - Anaïs Bonanno
Cet article analyse une dimension fondamentale du travail de contrôle de l'inspection du travail : les stratégies relationnelles que développent les agent·es de contrôle pour faire en sorte que les directions d'entreprises se conforment au droit. À partir de séquences ethnographiques et d'entretiens, l'article montre qu'il est essentiel, pour ces professionnel·les du droit, de s'assurer de la coopération des directions d'entreprise. Ces stratégies passent à la fois par l'usage de leurs pouvoirs juridiques et par leur positionnement dans les conflits au travail. Iels peuvent chercher à garantir leur propre respectabilité en cultivant leur distance aux répertoires d'action jugés violents des salarié·es. Lorsque la direction leur semble être « de mauvaise volonté » et que les représentant·es du personnel peinent à constituer un contre-pouvoir jugé efficace, les agent·es ont, en revanche, davantage recours aux moyens de coercition et de sanction. Iels expriment également leur colère vis-à-vis de la direction pour l'inciter à se conformer au droit. Dans un contexte d'austérité budgétaire accroissant les contraintes temporelles, ce travail est toutefois difficile à maintenir dans la durée.This article analyses a fundamental dimension of labour inspection work: the relational strategies developed by inspection officers to ensure that company management complies with the law. Through a combination of ethnographic sequences and interviews, the article shows that it is essential for these legal professionals to maintain the cooperation of company management. This strategy involves both the use of their legal powers and their positioning within workplace conflicts. They may seek to guarantee their own respectability by cultivating their distance from repertoires of action deemed violent by employees. On the other hand, when management seems to them to be “unwilling”, and employee representatives are unable to act as an effective counter-power, they have greater recourse to coercion and sanctions. They also express their anger at management, urging it to comply with the law. However, in a context of budgetary austerity and increasing time constraints, this approach is difficult to maintain in the long term. - Quel travail mérite chômage ? L'activation des chômeuses à l'aune des rapports sociaux de classe et de race - Angel Louis-Baraud
À partir d'une enquête ethnographique dans un quartier populaire francilien, je m'intéresse aux relations qu'entretiennent des femmes, chômeuses et « inactives », avec Pôle emploi ainsi qu'avec d'autres institutions du champ de l'insertion. Plus précisément, je cherche à établir dans quelle mesure ces femmes sont exposées à la norme de « l'emploi à tout prix » qui guide les politiques de gestion du chômage depuis les années 1990. Cette recherche s'inscrit dans la continuité des travaux en sociologie du chômage tout en entendant renouveler ces approches, qui ont peu intégré à leurs analyses la question de l'imbrication des rapports sociaux. L'enquête montre que ces femmes des classes populaires, souvent immigrées, mères dans des familles hétérosexuelles, ne font pas principalement face, dans leurs relations avec différentes institutions de l'État social, à des injonctions à l'emploi. Leur accès au statut de « demandeuse d'emploi » ou même de « chômeuse » est entravé de multiples manières. En revanche, elles sont particulièrement exposées à divers processus de gratuisation de leur travail. Finalement, il apparaît que la gestion du chômage en France est non seulement socialement différenciée mais également genrée et racialisée.This article examines the relationships that unemployed and “inactive” women maintain with the French public employment service and other institutions operating in the field of social integration. Based on an ethnographic study conducted in a working-class neighbourhood in the Île-de-France region, it seeks to analyse the extent to which these women are subject to the normative imperative of “employment at all costs”, which has underpinned unemployment policy in France since the 1990s. Building on existing sociological research on unemployment, this study aims to renew these approaches by foregrounding the intersectionality of social relations —a dimension that has often been insufficiently addressed. The findings reveal that women from working-class backgrounds —often immigrants— and mothers in heterosexual families are not primarily confronted with pressure to enter the labour market in their interactions with various welfare institutions. Their access to the formal status of “job seeker” or even “unemployed” is often obstructed through multiple mechanisms. At the same time, they are particularly exposed to various forms of encouragement to engage in unpaid work, especially in parenting roles and voluntary activities. Ultimately, the research shows that the management of unemployment in France is not only socially differentiated, but also profoundly shaped by gendered and racialised logic.
- Éditorial - La rédaction
Comptes rendus
- Danièle Linhart, L'insoutenable subordination des salariés - Capucine Mouroux

- Pauline Seiller, Un monde ouvrier en chantier. Hiérarchies ouvrières dans l'industrie contemporaine - Xavier Vigna

- Martine D'Amours, Louise Briand, Guy Bellemare, Frédéric Hanin et Leticia Pogliaghi, De l'entreprise à la configuration productive. Travail, emploi, régulations - Magali Croese

- Stéphane Le Lay, Jouez ! Le travail à l'ère du management distractif - Mara Bisignano

- Simon Cottin-Marx et Baptiste Mylondo, Travailler sans patron. Mettre en pratique l'économie sociale et solidaire - Fanny Darbus

- Emmanuel Renault, Abolir l'exploitation. Expériences, théories, stratégies - Katia Genel

- Karel Yon (dir.), Le syndicalisme politique. Questions stratégiques pour un renouveau syndical - Jean-Marie Pernot

- Laurent Godmer, Le travail électoral. Ethnographie d'une campagne à Paris - Michel Catlla

- Safia Dahani, Estelle Delaine, Félicien Faury et Guillaume Letourneur (dir.), Sociologie politique du Rassemblement national. Enquêtes de terrain - Nonna Mayer

- Olivier Alexandre et Monique Dagnaud (dir.), Numérique : le travail réinventé ? - Marie Benedetto-Meyer

- Mohamed Dendani et Fabienne Soldini (dir.), Lectures et écritures numériques. Nouvelles formes, nouvelles pratiques ? - Emmanuelle Guittet

- Vincent Dubois (dir.), Les structures sociales de l'action publique. Analyser les politiques publiques avec la sociologie des champs - Lorenzo Barrault-Stella

- Sophie Béroud, Anne Dufresne, Corinne Gobin et Marc Zune (dir.), Sur le terrain avec les gilets jaunes. Approche interdisciplinaire du mouvement en France et en Belgique - Aldo Rubert

- Estelle Deléage, Paysans alternatifs, semeurs d'avenir - Madeleine Sallustio

- Jean-Baptiste Comby et Sophie Dubuisson-Quellier (dir.), Mobilisations écologiques - Julie Blanc

- Sophie Orange et Fanny Renard, Des femmes qui tiennent la campagne - Laure de Verdalle

- Solenne Jouanneau, Les femmes et les enfants d'abord ? Enquête sur l'ordonnance de protection - Hélène Buscail

- Janine Barbot et Nicolas Dodier, Des victimes en procès. Essai sur la réparation - Maud Gelly

- Kevin Mellet, Sociologie du marketing - Valérie Boussard

- Fanny Charrasse, Le retour du monde magique. Magnétisme et paradoxes de la modernité - Fanny Parent

- Muriel Mille, Le travail de la fiction : dans les coulisses d'une série télévisée - Marie Buscatto

- Danièle Linhart, L'insoutenable subordination des salariés - Capucine Mouroux


